Avec ses frites, Sarkozy fait avaler Power 8 aux syndicats d’EADS...

...mais les jités ne le diront pas.

samedi 19 mai 2007. sur Big Bang Blog: Daniel Schneiderman

 

Allez, tentons de mettre en pratique. Tentons de regarder ailleurs que là où on veut nous faire regarder. D’abord, courtoisement, saluons le feu d’artifice. Dati : très bien. Ah la belle rouge ! Le réchauffement, en numéro deux : parfait, promesse tenue. Ah la belle bleue ! Et la bougeotte présidentielle. Jogging, Betancourt (à propos, à quoi joue Uribe ? On dirait t’y pas qu’il se moque un peu de notre président tout neuf ?) : génial. Ah la belle verte ! Une seule réserve : personnellement, l’appellation du plat de lentilles d’Eric Besson me semble un peu courte. "Secrétaire d’Etat chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques", ça ne rend pas justice à ses mérites. Moi j’y aurais rajouté "infrastructures", ou "internationales". Mais passons.

Et ce voyage éclair à EADS, à Toulouse. Magnifique ! Visite de l’usine, plateau-repas avec les délégués syndicaux, prise en main directe des problèmes : ah le beau bouquet ! Ah cette poignée de main avec la caissière de la cantine, cette assiette de frites, montrées par France 2 en pâmoison ! Ah comme on est loin, du Fouquet’s et du Paloma !

Ce voyage à Toulouse, justement. Et si on s’y arrêtait deux secondes.

Car oui, les images sont belles. Mais qu’est-il allé faire à Toulouse, justement, toutes affaires cessantes, qui justifiât ce déplacement dès le deuxième jour de son quinquennat ?

Les jités, pâmés d’aise, ont gardé l’extrait dans lequel il annonce sa prochaine loi contre les golden parachutes. Très bien. Comme on est loin de Lagardère et de Bolloré.

Mais sinon ?

La réponse est dans les dépêches. Il suffit de se décoller de l’écran du 20 Heures, et de partir à la pêche.

Prenez le plan de suppressions d’emplois Power 8, par exemple. Qu’avait dit le candidat, le 12 avril dernier ? "Je ne me sens pas tenu par Power 8".

Que dit le président aujourd’hui à Toulouse ? "J’ai toujours dit qu’un plan social était nécessaire" mais "ce n’est pas à l’actionnaire de gérer le plan social", "c’est aux dirigeants de l’entreprise de créer les conditions du dialogue social sur la rémunération, sur les primes, sur Power 8", a-t-il dit. M. Gallois "a la confiance des actionnaires, ce sont ses décisions, je n’ai rien à en dire".

Autrement dit, moi Sarkozy, je n’ai rien à dire sur Power 8. La dépêche d’AP semble voir là, à raison, une reculade.

Quant au site de Meaulte, apparemment, Sarkozy souhaite y associer le sous-traitant Latécoère, externalisation à laquelle les syndicats sont opposés (seule France 3 a diffusé l’extrait du syndicaliste de FO émettant des réserves). "Faut pas prendre les gens pour des cons" a même confié un syndicaliste, off, à l’envoyé spécial de Libé.

Mais les dépêches ne titrent pas là-dessus. Mais les jités préfèrent montrer les assiettes de frites et des syndicalistes reconnaissants. Ca va être comme ça pendant cinq ans. Plus les images seront belles, plus il faudra se demander ce qu’elles cachent. L’information existera. On n’est tout de même pas tout à fait en Russie. Mais ce sera à vous d’aller la chercher tous seuls, comme des grands.

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Mon commentaire: rien à rajouter aux 3 dernières lignes