29 juin 2009 - 07:00

    

 

Réunion du Conseil de l’Internationale Socialiste – le 29 juin 2009 – Budva (Monténégro)

Discours de Ségolène Royal, Vice-présidente de l’Internationale Socialiste.

 

 

Monsieur le Président, cher George,

 Monsieur le Premier Ministre,

 Monsieur le Président du Parlement,

 Monsieur le Secrétaire général,

 Chers camarades de tous les continents, 

 

 En écoutant, à l’instant, l’ensemble des intervenants, et après le discours de George Papandréou, après ceux du Premier Ministre et du Président du Parlement, que je salue très chaleureusement, après celui de notre camarade d’Haïti, Victor, je me faisais la réflexion que, dans ce chaos mondial, les socialistes ont une responsabilité majeure. Et ils sont attendus par les opinions publiques. Ils sont attendus sur ce qu’ils ont à dire, et sur la façon dont nous pouvons remettre de l’ordre dans ce chaos.

 

Car il y a deux façons de concevoir cette crise. Soit en effet c’est une crise où chacun cherche à tirer son épingle du jeu, où chacun se replie sur les nationalismes, où c’est la guerre de tous contre tous ; soit au contraire nous revenons à la racine grecque du mot crise – « krisis » –qui peut aussi vouloir dire que nous vivons « un moment crucial ».

 

Et chaque fois que, dans l’Histoire, les socialistes et les générations qui nous ont précédés ont traversé un « moment crucial », ils retrouvèrent tout leur rôle, toute leur place. C’est là qu’ils doivent assumer toutes leurs missions, et qu’ils doivent se faire entendre du reste du monde. Car les crises d’aujourd’hui sont multiples. Elles sont considérables.

 Il y a d’abord une crise environnementale. Victor l’a dit à l’instant : une crise environnementale sans précédent qui peut détruire notre planète et qui, déjà, aujourd’hui – on en parle trop peu – tue des dizaines de milliers de personnes à travers le monde. Je veux parler des migrations, des migrations massives de populations dans les pays les plus pauvres, qui fuient la sécheresse, qui fuient la pauvreté et qui meurent sur ces routes des migrations.

 Il y a la crise financière et bancaire bien sûr, d’une ampleur inouïe. Nous n’en avons pas encore subi toutes les conséquences. Il faut avoir le courage de le dire : nous ne sortirons pas de la crise dans le système actuel.

 Il y a la crise énergétique, sans doute la première de cette ampleur depuis le début de l’ère industrielle, parce qu’elle nous oblige à repenser nos modes de production et nos modes de consommation.

 Il y a la crise alimentaire enfin, avec ces émeutes de la faim dans les pays les plus pauvres, très peu couvertes d’ailleurs par les médias du monde : comme si elles étaient devenues finalement une banalité.

 

Et non seulement il y a ces crises, mais il y a en plus, et toujours, les guerres, les maladies qui continuent en de nombreux endroits du monde de charrier chaque jour leur lot de misère. Je tiens à dire aussi que les socialistes doivent combattre la course aux armements qui n’en finit pas, et qui prélève une part gigantesque des ressources qui devraient être consacrées d’abord à la santé, à l’alimentation et à l’éducation, et qui la prélève surtout dans les pays les plus déshérités et les plus pauvres.

 

 La simultanéité de ces crises n’est pas un accident de l’histoire. Pourquoi toutes ces crises adviennent-elles en même temps ? C’est parce qu’il y a une crise de civilisation, parce qu’il y a une crise d’humanité. La civilisation humaine est malade aujourd’hui. Une civilisation qui est incapable de faire prévaloir, sur les intérêts des puissants, les intérêts de notre maison commune, la Terre, est bien une civilisation malade. Une civilisation qui est incapable de faire prévaloir, sur les intérêts des transnationales bancaires et financières, les intérêts fondamentaux du genre humain et de chaque personne humaine, est bien une civilisation malade. Une civilisation qui laisse mourir, au milieu d’un océan de richesses, des centaines de milliers de femmes et d’hommes, est bien une civilisation malade. Et qui d’autre que les socialistes, qui se sont toujours battus et qui se battent encore aujourd’hui pour remettre la personne humaine au cœur de toutes les décisions, l’humain au cœur de tous nos objectifs, qui d’autre que les socialistes peuvent peser pour faire en sorte que nous puissions sortir de cette crise de civilisation ?

 C’est dire l’importance du combat des socialistes qui veulent que la finance soit mise au service de l’économie, et non au service d’elle-même, et l’économie au service des travailleurs, et non au service d’elle-même.

 

 Donc, dans cette logique-là, où on remet chaque chose à sa place, la finance au service de l’économie, et l’économie au service du genre humain, ce sont les socialistes qui ont les valeurs pour porter la mutation de la crise, de ce moment crucial.

 

 Mais pour cela, il y a, je pense, 5 défis à relever, qui s’inscrivent dans le prolongement de ce qu’a dit George Papandréou tout à l’heure :

 Le premier défi, c’est d’imposer des règles à l’économie et des règles pour réduire les inégalités. Souvent on distingue les deux. Je crois quant à moi qu’il ne faut pas distinguer la régulation de l’économie et la réduction des inégalités. Et aujourd’hui d’ailleurs,, et Joseph Stiglitz le redisait encore récemment, la réduction des inégalités est un des premiers leviers pour sortir de la crise économique : les inégalités au sein de chaque pays, les inégalités entre le Nord et le Sud, les inégalités entre les différents continents. La réduction des inégalités est un levier parce qu’elle conditionne la cohésion à l’intérieur de chaque pays. Et c’est cette cohésion qui fabrique de l’efficacité économique. Au niveau mondial, la réduction des inégalités conditionne l’émergence d’une cohésion au sein des organisations internationales, et c’est la cohésion au niveau des organisations internationales qui permettra de trouver les solutions qui vont dans le sens de l’intérêt général. Et c’est pourquoi je crois qu’il est très important d’articuler ensemble les règles pour réduire les inégalités et les règles pour réguler l’économie.

 Le deuxième défi, c’est de créer des sécurités nouvelles. Voyez-vous, il y a eu les élections européennes il y a peu de temps. Des élections dans tous les pays d’Europe, où, à part en Grèce, grâce à notre ami George, vous avez vu que les socialistes et les sociaux-démocrates n’ont pas progressé -  c’est un euphémisme. Et c’est un paradoxe. C’est-à-dire qu’à un moment où justement il y a tous ces désordres, où il y a un besoin de régulation, un besoin du renforcement de l’efficacité de l’Etat, un besoin de réduction des inégalités, un besoin de couverture sociale, un besoin d’éducation, des sécurités au quotidien, là où les socialistes auraient un boulevard, non seulement idéologique, mais en termes d’action publique, c’est la droite qui a progressé. Pourquoi est-ce que la droite a progressé ? C’est parce que, dans un contexte d’insécurité, dans un contexte de chaos, dans un contexte où les gens ne comprennent plus le sens des choses, il y a toujours, dans un premier temps, un repli sur les conservatismes, même si les politiques de la droite sont contraires à ce dont les pays ont besoin aujourd’hui, et à ce dont le monde a besoin aujourd’hui. Voilà le paradoxe incroyable. Et c’est pourquoi les socialistes doivent reprendre à leur compte la question de la sécurité, la question des nouvelles sécurités. La droite n’a pas le monopole de la sécurité, bien au contraire. C’est la droite qui, avec le libéralisme, a créé les chaos et les insécurités et les inégalités