PARIS — Le PS, que certains jugent déjà "mort", a encore "quelques mois" pour se redresser avant les régionales de mars 2010 et la présidentielle 2012, mais les socialistes ne s'en sortiront pas tant qu'un "vrai leader" n'aura pas émergé, estiment des experts.  

 

    "On ne peut pas garder un parti tombé dans le formol", assène Arnaud Montebourg, secrétaire national PS à la     Rénovation. Pour Bernard-Henri Lévy, "le PS est mort".  

 

    "Si on veut dire que le parti est au terme d'une phase de son histoire, qu'il doit s'il veut continuer à jouer un     rôle et accéder aux fonctions nationales, se transformer en profondeur, y compris changer de nom,     alors oui, il est mort", explique le politologue Dominique Reynié.  

 

    "En 1969, la SFIO était exsangue, elle s'est refondée et élargie dans un autre parti en 1971" lors du Congrès d'Epinay, "il peut y avoir des phénomènes de même nature", tempère l'historien Alain Bergounioux (PS) pour qui le congrès du PS prévu en 2011 "pourrait être avancé".  

 

    "Epinay, c'était François Mitterrand", rappelle M. Reynié qui ne voit "pas aujourd'hui qui pourrait rassembler tous     les socialistes".  

 

    "Ce parti est malade", assure Gérard Grunberg, mais la courte défaite de l'alliance PS-Modem-Verts à Aix-en-Provence     dimanche dans un bastion de droite "montre bien que les socialistes ne sont pas morts".  

 

    "Cela va dans le sens de ceux qui sont pour une rénovation en ne s'interdisant pas de réfléchir au renouvellement des alliances et en arrêtant de dire que c'est affreux si on ne s'allie pas avec l'extrême gauche", poursuit le chercheur. Manuel Valls, sommé par Martine Aubry de rentrer dans le rang ou partir, s'est lui déjà prononcé pour une "large coalition avec les Verts et le MoDem" aux régionales.  

 

    Alors que le PS dirige 20 régions sur 22, "le principal adversaire des présidents PS sortants, c'est le PS", analyse     Roland Cayrol, pour qui il reste aux socialistes "quelques mois" pour redresser la barre.  

 

    En pleine crise de leadership, Bertrand Delanoë, qui décroche ce mois-ci la première place des leaders politiques, a     apporté son soutien à Mme Aubry et déploré "le gâchis de personnalités" au PS.  

 

    Marylise Lebranchu, voulant éviter une guerre des chefs "mortifère" à La Rochelle fin août, a demandé aux "donneurs     de leçons" de venir "dans la salle des machines" pour oeuvrer au "projet de société".  

 

    Pour M. Grunberg, "dire +il faut d'abord avoir un projet clef en main avant de choisir notre candidat+ est une façon contre-productive de faire dans nos sociétés politiques présidentialisées", les socialistes font cela "parce qu'ils n'ont pas de vrai leader".  

 

    Mais, relève M. Cayrol, si le PS "est plus divisé que jamais, avec des haines recuites", il reste "le parti ayant le plus d'élus locaux, avec un réseau militant et une forte présence dans les mouvements associatifs" : "le cadavre bouge encore".  

 

    Ce que veulent savoir les Français, c'est ce que le PS "propose comme solutions différentes de Nicolas Sarkozy" et     "qui est le leader", juge-t-il, mais le PS est dans "l'impossibilité de résoudre ce problème".  

 

    Mme Aubry, dont Julien Dray a dénoncé "l'amateurisme et l'incapacité à entendre", fait des "crises d'autoritarisme plus qu'elle n'exerce d'autorité", souligne M. Cayrol. Selon lui, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et François Hollande "ne peuvent pas sortir du bois" et les "quadras n'ont pas gagné leur galon de leader".  

 

    Pour M. Reynié, les socialistes au Congrès de Reims ont "eu tort de se débarrasser de Ségolène Royal dont la     dimension étrange était l'élément qui aurait permis de tout remettre à plat".

Source: DA 76