Institut pour la Diplomatie Culturelle

 

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les Premiers Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,

Vos Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

Je suis heureuse d'être parmi vous ce soir, afin de célébrer le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin.

J'aimerais remercier l'Institut de Diplomatie Culturelle, et plus particulièrement son directeur, Mark Donfried, pour son invitation.

Je perçois trois niveaux principaux de signification de la chute du mur de Berlin : le début de la réunification de l'Allemagne, le début de la fin de la Guerre Froide et le début de la réunification de l'Europe.

Je commencerai par les deux premiers niveaux, mais j’insisterai davantage sur le niveau européen puisqu'étant une femme politique française à Berlin, cela me semble être le point le plus essentiel. Cela me permettra d’insister sur un élément majeur de mon engagement politique : le rêve des États-Unis d’Europe. Même si dans mon pays, voire dans mon propre camp, beaucoup ont été surpris de me voir, pendant la campagne des élections européennes, à Athènes avec mon ami George Papandréou, l’actuel Premier Ministre de Grèce, à Nantes avec mes camarades socialistes français, insister encore et encore sur cette idée, je voudrais profiter de l’occasion qui m’est ici donnée, pour l’approfondir.

Certaines dates seront à tout jamais gravées dans le grand livre de l’histoire de l’humanité. Le 9 Novembre 1989, le jour de la chute du Mur de Berlin, est l’une d’entre elles.

Aujourd’hui encore, je me souviens de ce jour. Quelques images me reviennent.

Des visages heureux, des milliers de Berlinois qui marchent, en scandant « Wir sind das volk » : « Nous sommes le peuple ».

Un slogan qui se transforme, au fil des heures, en «  Wir sind ein volk » : « Nous sommes UN peuple ».

Tout est dans ce glissement, cette cohésion spontanée, cette fraternisation autour d’un mur qui s’effondre pour réunir l’Allemagne en un seul et unique peuple, comme une digue qui aurait cédé pour libérer une eau trop longtemps retenue. Et tout cela sans un blessé, sans une victime.

Je me souviens des mains qui se tendent, des corps qui se serrent, des familles qui se retrouvent, des concerts improvisés, du grand Miroslav Rostropovitch jouant du violoncelle au milieu des gravats, des groupes qui chantent, dansent, brandissent des drapeaux sur des morceaux de pierre tagués de graffitis, des coups de marteaux qui faisaient tomber ce mur, de tous ceux qui en mettaient un petit bout dans leur poche comme on emporte un bout d’histoire.

Je me souviens de ces toasts improvisés, de cette allégresse, des visages des gardes-frontières est-allemands, partagés entre l’étonnement et l’émotion…

Une foule qui rit … Ein Volk… un seul et même peuple.

Je me souviens de ces journées, que nous suivions, heure par heure, de cet évènement qui paraissait encore impossible quelques mois auparavant.

Rares étaient à l'époque les analystes et les experts en soviétologie qui avaient anticipé ce qu'il advint. A quelques exceptions près, ils expliquaient depuis toujours que, de l'autre côté du rideau de fer, rien ne changerait jamais ; qu'à nouveau et comme toujours la répression s'abattrait ; qu'il ne fallait pas être dupes de M. Gorbatchev, disaient-ils encore en 1989, dont la glasnost et la perestroïka n'étaient que des leurres destinés à désarmer l'Occident. Peu importait que le chef du Kremlin parlât de l'Europe comme d'une « maison commune », qu'il ait organisé pour la première fois des élections pluralistes, qu'Andrei Sakharov siégeât au nouveau Parlement : il était acquis pour ces experts que l'histoire était condamnée à se répéter.

Ceux qui ont sous-estimé l'ampleur des changements introduits par M. Gorbatchev et ceux (souvent les mêmes...) qui lui ont reproché d'avoir été l'apprenti-sorcier du délitement involontaire de l'empire soviétique ont sous-estimé le rôle historique et bénéfique de ce grand dirigeant. Lucide sur l'échec du système soviétique et décidé à le réformer, il eut l'intelligence et le courage de refuser la répression. De cela, nous sommes tous redevables à M. Gorbatchev.

Il y a, dans la chute du Mur de Berlin, l’une des plus belles leçons qui soient. Quelles que soient les circonstances, quelles que soient les rôles plus ou moins avérés des dirigeants soviétiques, américains, allemands, français ou britanniques, il n’y a, au-delà du ballet diplomatique souterrain, au-delà des déclarations publiques, qu’une seule vérité  : rien ne peut résister à la force d’un peuple en marche. Aucune dictature, aucun système totalitaire, aucune démocratie dévoyée, ne peut résister à l’élan d’un peuple qui décide, un jour, de dire « NON ».

Tous les régimes pervers s’écroulent grâce à la force et au courage des citoyens.

Tous les régimes démocratiques s’élèvent grâce à la force et au courage des citoyens.

Ce jour-là, j’ai pensé : « Tout est possible. Aucun mur ne peut résister à la détermination d’une poignée d’individus qui sont d’abord quelques gouttes d’eau, puis forment un ruisseau, puis une rivière, puis un océan ».

La chute du Mur de Berlin, précédée, 10 ans auparavant, par la révolte en Pologne du syndicat Solidarnosz, précéda la chute de l’empire Soviétique en 1991.

Le communisme soviétique, cette doctrine détournée, ce dévoiement d’espoir, qui se transforma très vite en tyrannie destructrice de vies humaines, de consciences, de créativité, de liberté, d’égalité, de fraternité, s'écroula en quelques douze années.

Oui, 1989 fut une année mémorable, qui vit le peuple allemand mettre à bas un mur de honte,l'URSS retirer ses troupes d'Afghanistan,la Pologne élire un gouvernement non communiste,l'Afrique du Sud choisir Nelson Mandela pour abattre cet autremur qu'était l'apartheid,Pinochet quitter enfin le pouvoir,le Brésil organiser lui aussi ses premières élections libres depuis 30 ans,la Hongrie ouvrir sa frontière avec l'Autriche et changer de gouvernement,la « révolution de velours » triompher en Tchécoslovaquie,les régimes bulgares et roumains être renversés.

N'oublions pas qu'en Chine aussi, les étudiants et bien d'autres avec eux avaient fait leur cet idéal. Mais là-bas, 1989, ce fut l'instauration de la loi martiale au Tibet et l'écrasement des démocrates de la Place Tien An Men, que nous n'oublierons jamais.

Aujourd’hui, en 2009, le peuple iranien puise aussi son inspiration de la leçon qui nous a été donnée pa