Comme d'habitude, ses proches ont annoncé la couleur. Invité mercredi 25 novembre du "Grand journal" de Canal+, leur mentor, Dominique Strauss-Kahn ne commentera pas les affaires de politique intérieure française. Les instances du Fonds monétaire international (FMI) qu'il dirige le lui interdisent expressément.   

Les étapes de sa carrière

1949
Naissance à Neuilly-sur-Seine.

1986
Elu à l'Assemblée nationale.

1997
Ministre de l'économie et des finances du gouvernement Jospin. En 1999, démissionne du gouvernement pour assurer sa défense dans l'affaire de la MNEF. Il obtient un non-lieu en 2001.

2006
Devancé par Ségolène Royal dans la primaire socialiste pour la présidentielle de 2007.

2007
Nommé directeur général du FMI après avoir reçu le soutien de Nicolas Sarkozy.

Mais DSK n'a pas besoin de s'exprimer pour que le PS s'agite. Il lui suffit d'apparaître. D'autant que la popularité de Nicolas Sarkozy est en chute libre et que ses concurrents socialistes n'en profitent guère ou s'enferrent dans des luttes intestines.

"J'observe que, ces temps-ci, on compte de plus en plus de strauss-kahniens au PS", relève un député socialiste. Priés de se tenir cois "pour respecter le calendrier de Dominique", les proches de l'ex-candidat à l'investiture socialiste en 2006 assurent être de plus en plus sollicités. "Beaucoup de camarades souhaitent qu'il adresse un signal, même discret. Ils en seront pour leurs frais ; si DSK revient, ce ne sera pas pour être le candidat du PS - ce serait catastrophique - mais pour incarner l'alternance face à Sarkozy", assure l'un d'eux.

Indirectement, le directeur-général du FMI est à l'origine du "clash" survenu le 14 novembre à Dijon entre Ségolène Royal et Vincent Peillon. Quelques jours après la parution d'un sondage tonitruant plaçant Dominique Strauss-Kahn (51 %) devant Nicolas Sarkozy (49 %) au deuxième tour d'une présidentielle, l'ancienne candidate ne pouvait laisser, sans réagir, les dirigeants du courant l'Espoir à gauche se mettre au service du candidat le mieux placé à l'horizon 2012 comme ils en avaient affiché l'intention.

"Martine Aubry est absorbée par les difficultés du PS, Ségolène Royal est à la peine, François Hollande et les quadras n'émergent pas : dans ce paysage, la valeur relative de Dominique Strauss-Kahn est en forte hausse. Cela lui permet de se poser comme un recours", constate Jérôme Fourquet, de l'IFOP. Selon Brice Teinturier (TNS-Sofres), DSK peut faire fructifier deux atouts principaux : "Contrairement aux autres dirigeants socialistes, la question de la crédibilité ne se pose pas pour lui. En outre, il est très apprécié des plus de 50 ans qui se sont éloignés de la gauche."

Bénéficiant également d'une bonne image parmi les cadres mais aussi les électeurs situés à la droite du PS, M. Strauss-Kahn dispose, d'après les instituts de sondages, d'une belle "popularité de second tour".

A contrario, il manque de soutiens parmi les jeunes, les catégories populaires et à la gauche du PS. De plus, si sa prise de distance vis-à-vis de la scène politique française lui profite, l'ancien ministre est encore loin d'avoir totalement convaincu l'opinion.

Selon un autre sondage paru début novembre, 27 % contre 48 % des personnes interrogées considèrent que DSK dispose d'"un vrai projet pour la France", et 34 % contre 49 % jugent qu'il ferait un "bon président de la République".

Pour l'heure, ses partisans arguent de l'impossibilité de sonder les intentions profondes du "patron". "Le FMI l'a complètement libéré. Croyez-moi, son ego est rassasié. Il n'a pas de plan de carrière et il est libre vis-à-vis de lui-même", insiste le député de Paris Jean-Marie Le Guen.

Reste que chaque séjour en France du directeur-général du Fonds monétaire international donne l'occasion d'entretenir les liens au sein de son réseau. Mi-octobre, à Paris, il a été le témoin du mariage du député Jean-Christophe Cambadélis, au milieu du Tout-Parti socialiste. Fin juin, il était venu en grande pompe, et avec deux mois de retard, fêter son soixantième anniversaire aux Buttes-Chaumont. Là encore, les socialistes étaient nombreux à se presser autour de lui.

Les lieutenants de DSK, en dépit de quelques conflits de préséance - "Dominique n'a aucun porte-parole officiel au PS : il n'a jamais rien dit visant à accréditer l'existence d'un canal historique", s'amuse Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère -, s'efforcent de défendre au mieux les intérêts de celui qu'ils désignent parfois, sourire en coin, "l'imam caché". La question qui les préoccupe est l'organisation des primaires. En décidant de confier aux sympathisants la responsabilité de désigner leur candidat pour 2012, les socialistes n'ont pas facilité la tâche des partisans de DSK. Le mandat de directeur-général du FMI venant à échéance en septembre 2012, le calendrier n'était déjà pas facile à gérer : la procédure retenue le complique.

L'idéal, pour un Strauss-Kahn candidat, serait de retarder la procédure de désignation jusqu'à la fin 2011 pour conserver sa popularité intacte le plus longtemps possible. Or le "timing" envisagé par Martine Aubry - qui ne donne pas le sentiment d'avoir renoncé à toute ambition personnelle - évoque la fin du premier semestre 2011. François Hollande, lui, préfère la fin 2010.

La décision sera prise en juin 2010 mais, lors des premières discussions engagées sur cette question, les amis de DSK sont sortis du bois. Ils réclament des primaires concentrées sur quelques semaines avec des "éliminatoires" comprenant un nombre réduit de candidats. Il s'agit d'éviter d'exposer leur favori aux combats internes du PS et aux critiques de la gauche du parti mais aussi de "l'abîmer dans une confrontation face à des candidats qui ne boxent pas dans la même catégorie". Même s'il est loin de se désintéresser de ces considérations, M. Strauss-Kahn reste de marbre. Visiblement, l'heure de monter sur le ring n'a pas encore sonné.

Jean-Michel Normand (LE MONDE)

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