Intervention de Ségolène Royal
devant le Conseil de l'Internationale socialiste à New York

siège des Nations Unies

Vice-Présidente de l'Internationale socialiste





Chers amis de l'Internationale socialiste,
Cher George Papandreou


Je suis heureuse de conduire la délégation française et d'être accompagnée par Jean-Christophe Cambadelis et Guillaume Garot, parlementaires. Nous voici de nouveau dans ce lieu symbolique, l'enceinte des Nations Unies à New York, où nous nous étions déjà retrouvés en septembre 2009, autour de notre Président, George Papandreou, qui était alors engagé dans la dernière ligne droite d'une campagne électorale couronnée, quelques jours plus tard, par une belle victoire dont nous tous, les socialistes, avons été heureux et fiers. Merci de ta présence malgré la lourdeur de ta tache.

1.- Tout a recommencé comme avant : la récidive

 
Que s'est-il passé depuis le début de la crise ? Tout a recommencé comme avant. Quelques réformettes mineures, plus cosmétiques que réelles, ont touché ici quelques paradis fiscaux, là quelques rémunérations excessives.

On a promis des règles qui tardent à venir or, plus elles tardent, plus elles seront difficiles à mettre en place car les lobbys financiers ont, très vite, repris des forces.

On a renfloué les banques : 2.000 milliards de prêts et garanties dans l'espoir d'éviter le blocage complet du crédit et l'effondrement de l'activité économique.


Et qu'ont-elles fait ? Elles ont récidivé, recommencé à spéculer grâce à l'argent public, à encaisser de super-profits et à se distribuer de super-dividendes. La quantité actuellement en circulation dans le monde de produits financiers dérivés, dont on a vu l'extrême toxicité, est plus importante qu'au moment de la chute de Lehman Brothers ! Les hedge funds devaient être encadrés avant la fin 2009, conformément aux recommandations du G 20 de Londres : il n'en a rien été et les actifs qu'ils gèrent ont explosé ces derniers mois, frôlant le record absolu de 2007.

Selon le patron d'Euronext, l'opacité des transactions financières s'est accrue depuis 2008. Quant aux agences de notation (dont un document de 580 pages récemment remis au Sénat américain détaille l'aveuglement et les turpitudes), leur chiffre d'affaire 2009 a été au zénith, ce qui leur a permis de débourser 3 millions de dollars pour que les meilleurs lobbyistes plaident leur cause à Washington. En France, le responsable d'une grande organisation syndicale, la CGT, les a taxées de « milices privées » du capitalisme financier : le mot est juste. L'Europe réfléchit à la création d'une Agence publique de notation : cela va dans le bon sens mais il y a urgence.


Le marché financier mondial est 10 fois supérieur au PIB mondial : il ne peut donc fonctionner que par bulles et enrichissement artificiel. C'était vrai avant 2008 et ça l'est plus que jamais aujourd'hui. A côté des moeurs inchangées du système financier mondial, l'escroquerie de Madoff passe pour un aimable bricolage !




2.- L'arrogance vite retrouvée des banques



« Circulez, il n'y a rien à voir » : tel a été, très vite, le message des banques à l'égard des Etats qu'elles avaient appelés au secours et qui leur avaient sauvé la mise, nationalisant hélas les passifs plutôt que les actifs et n'assortissant guère leurs largesses d'une prise de contrôle correspondante.

Dans mon pays, dès le mois de novembre 2009, le directeur général d'une des plus grandes banques de la place déclarait avec aplomb : « la crise financière est terminée ». Mensonge : un nouveau coup de grisou était déjà en gestation dans un système remis à flot mais inchangé. On avait bien sécurisé mais oublié de réformer.



3.- Spéculation : de la dette privée à la dette publique


Alors, après les spéculations calamiteuses sur la dette privée, sont venues celles sur la dette publique des Etats. Ahurissant scénario où les fauteurs de la 1ère crise, dont les conséquences récessives ont amputé les recettes fiscales des Etats et creusé leurs déficits, se sont rués sur un nouveau terrain de jeu : les dettes souveraines.

Nos amis grecs en ont été, en février dernier, la première cible. D'autres pays suivent et nul ne sait, aujourd'hui, où s'arrêtera l'effet domino. L'Europe, cette fois-ci, est en première ligne.

Les 6 et 7 mai derniers, on a frôlé la débâcle généralisée des marchés financiers, aggravée par les ratés du système de spéculation automatique ultra-sophistiqué qui travaille au millionième de seconde et que plus personne ne maîtrise. Le prochain krach financier pourrait bien être un accident systémique intégral affectant ce High Frequency Trading (Trading à haute fréquence) qui a traité, en 2009, 73% des actions échangées sur le marché américain et devrait, en Europe, en traiter bientôt 60%.

Jamais la déconnexion de la finance et de la réalité n'a été poussée si loin. Jamais les noces vénéneuses de la mathématique financière et de la révolution informatique, sous l'égide de la cupidité maximale, n'ont fait courir au monde autant de dangers.


4.- Plans d'austérité : les marchés financiers dictent leur loi


Plus arrogants que jamais, les marchés dictent aujourd'hui leur loi aux Etats. On lit dans la presse des phrases surréelles comme « les marchés exigent... les marchés imposent... les marchés vont contraindre tel Etat à telle politique ». On y lit aussi que les marchés ont leurs humeurs : un jour ils sont « nerveux », un jour ils sont « rassérénés », un autre ils « s'impatientent ».

Et la planète tremble parce que des financiers sans vergogne voient dans l'endettement public un nouveau champ d'activités profitables, non seulement en prêtant aux Etats à des taux parfois usuraires mais en recommençant à élaborer sur ces prêts de juteux produits dérivés cependant que l'économie réelle bat de l'aile et s'étouffe. Et les voilà spéculant à la hausse sur les taux d'intérêt des emprunts d'Etat, les forçant à des plans d'austérité qui remettent au goût du jour la vieille rengaine de l'Etat minimal, dont la violence s'abat sur les plus fragiles et dont on peut déjà pronostiquer qu'ils seront un handicap de plus pour le retour de la croissance.

On se croirait revenu aux temps du consensus de Washington ! C'est d'ailleurs pourquoi nos amis d'Amérique latine, brésiliens et argentins en particulier, n'en reviennent pas : c'est à croire, nous disent-ils, que l'Europe et le FMI n'ont rien appris, rien compris des années noires qu'ils ont traversées avant nous, avec leur panique sur la dette, leur spéculation effrénée sur les marchés financiers, leurs rumeurs alarmistes des agences de notation, les prêts tardifs du FMI assortis d'exigences tellement drastiques qu'elles en étaient économiquement contre-performantes, socialement insupportables et ont favorisé la fuite des capitaux organisée par ceux qui savaient que ce n'était pas tenable.

5.- Taxer les banques fauteuses de crise


Une nouvelle régulation doit donc voir le jour sans délai. Et aussi les projets de taxation des banques fauteuses de crise qui doivent impérativement être dissuadées de prendre des risques excessifs que payent ensuite les entreprises, les consommateurs et les contribuables (je parle là en priorité des banques européennes et nord-américaines car je comprends bien, comme me l'a dit le Président Lula, que des banques comme les brésiliennes qui n'ont aucune responsabilité dans la crise trouvent amer d'être taxées comme celles qui l'ont déclenchée).

Et aussi le projet de taxation sur les transactions financières (600 milliards de dollars s'échangent chaque jour sur les marchés financiers), né du côté des mouvements altermondialistes et dont les socialistes doivent être les ardents promoteurs afin que cette taxe soit universelle. Tout cela est nécessaire et doit être fait sans plus tarder.

J'espère que le sommet tout proche de Toronto comme l'a dit georges papendreiy permettra de lever les désaccords et les malentendus qui se sont exprimés au sujet de ces taxes légitimes.

Mais cela ne suffira pas. Il nous faut agir sur la racine de cette folie financière si nous ne voulons pas, comme on disait en 1929, « gâcher une crise » car d'une croise peut sortir le pire ou le meilleur c'est à di