DISCOURS DE SEGOLENE A NEW YORK.......le 22 Juin 2010
Intervention de Ségolène Royal
devant le Conseil de l'Internationale socialiste à New York
siège des Nations Unies
Vice-Présidente de l'Internationale socialiste
Chers amis de l'Internationale socialiste,
Cher George Papandreou
Je suis heureuse de conduire la délégation française et d'être
accompagnée par Jean-Christophe Cambadelis et Guillaume Garot,
parlementaires. Nous voici de nouveau dans ce lieu symbolique,
l'enceinte des Nations Unies à New York, où nous nous étions déjà
retrouvés en septembre 2009, autour de notre Président, George
Papandreou, qui était alors engagé dans la dernière ligne droite d'une
campagne électorale couronnée, quelques jours plus tard, par une belle
victoire dont nous tous, les socialistes, avons été heureux et fiers.
Merci de ta présence malgré la lourdeur de ta tache.
1.- Tout a
recommencé comme avant : la récidive
Que s'est-il passé depuis le début de la crise ? Tout a recommencé
comme avant. Quelques réformettes mineures, plus cosmétiques que
réelles, ont touché ici quelques paradis fiscaux, là quelques
rémunérations excessives.
On a promis des règles qui tardent à venir or, plus elles tardent,
plus elles seront difficiles à mettre en place car les lobbys financiers
ont, très vite, repris des forces.
On a renfloué les banques : 2.000 milliards de prêts et garanties
dans l'espoir d'éviter le blocage complet du crédit et l'effondrement de
l'activité économique.
Et qu'ont-elles fait ? Elles ont récidivé, recommencé à spéculer
grâce à l'argent public, à encaisser de super-profits et à se distribuer
de super-dividendes. La quantité actuellement en circulation dans le
monde de produits financiers dérivés, dont on a vu l'extrême toxicité,
est plus importante qu'au moment de la chute de Lehman Brothers ! Les
hedge funds devaient être encadrés avant la fin 2009, conformément aux
recommandations du G 20 de Londres : il n'en a rien été et les actifs
qu'ils gèrent ont explosé ces derniers mois, frôlant le record absolu de
2007.
Selon le patron d'Euronext, l'opacité des transactions financières
s'est accrue depuis 2008. Quant aux agences de notation (dont un
document de 580 pages récemment remis au Sénat américain détaille
l'aveuglement et les turpitudes), leur chiffre d'affaire 2009 a été au
zénith, ce qui leur a permis de débourser 3 millions de dollars pour que
les meilleurs lobbyistes plaident leur cause à Washington. En France,
le responsable d'une grande organisation syndicale, la CGT, les a taxées
de « milices privées » du capitalisme financier : le mot est juste.
L'Europe réfléchit à la création d'une Agence publique de notation :
cela va dans le bon sens mais il y a urgence.
Le marché financier mondial est 10 fois supérieur au PIB mondial :
il ne peut donc fonctionner que par bulles et enrichissement artificiel.
C'était vrai avant 2008 et ça l'est plus que jamais aujourd'hui. A côté
des moeurs inchangées du système financier mondial, l'escroquerie de
Madoff passe pour un aimable bricolage !
2.- L'arrogance vite retrouvée des banques
« Circulez, il n'y a rien à voir » : tel a été, très vite, le
message des banques à l'égard des Etats qu'elles avaient appelés au
secours et qui leur avaient sauvé la mise, nationalisant hélas les
passifs plutôt que les actifs et n'assortissant guère leurs largesses
d'une prise de contrôle correspondante.
Dans mon pays, dès le mois de novembre 2009, le directeur général
d'une des plus grandes banques de la place déclarait avec aplomb : « la
crise financière est terminée ». Mensonge : un nouveau coup de grisou
était déjà en gestation dans un système remis à flot mais inchangé. On
avait bien sécurisé mais oublié de réformer.
3.- Spéculation : de la dette privée à la dette publique
Alors, après les spéculations calamiteuses sur la dette privée, sont
venues celles sur la dette publique des Etats. Ahurissant scénario où
les fauteurs de la 1ère crise, dont les conséquences récessives ont
amputé les recettes fiscales des Etats et creusé leurs déficits, se sont
rués sur un nouveau terrain de jeu : les dettes souveraines.
Nos amis grecs en ont été, en février dernier, la première cible.
D'autres pays suivent et nul ne sait, aujourd'hui, où s'arrêtera l'effet
domino. L'Europe, cette fois-ci, est en première ligne.
Les 6 et 7 mai derniers, on a frôlé la débâcle généralisée des
marchés financiers, aggravée par les ratés du système de spéculation
automatique ultra-sophistiqué qui travaille au millionième de seconde et
que plus personne ne maîtrise. Le prochain krach financier pourrait
bien être un accident systémique intégral affectant ce High Frequency
Trading (Trading à haute fréquence) qui a traité, en 2009, 73% des
actions échangées sur le marché américain et devrait, en Europe, en
traiter bientôt 60%.
Jamais la déconnexion de la finance et de la réalité n'a été poussée
si loin. Jamais les noces vénéneuses de la mathématique financière et
de la révolution informatique, sous l'égide de la cupidité maximale,
n'ont fait courir au monde autant de dangers.
4.- Plans d'austérité : les marchés financiers dictent leur loi
Plus arrogants que jamais, les marchés dictent aujourd'hui leur loi
aux Etats. On lit dans la presse des phrases surréelles comme « les
marchés exigent... les marchés imposent... les marchés vont contraindre
tel Etat à telle politique ». On y lit aussi que les marchés ont leurs
humeurs : un jour ils sont « nerveux », un jour ils sont « rassérénés »,
un autre ils « s'impatientent ».
Et la planète tremble parce que des financiers sans vergogne voient
dans l'endettement public un nouveau champ d'activités profitables, non
seulement en prêtant aux Etats à des taux parfois usuraires mais en
recommençant à élaborer sur ces prêts de juteux produits dérivés
cependant que l'économie réelle bat de l'aile et s'étouffe. Et les voilà
spéculant à la hausse sur les taux d'intérêt des emprunts d'Etat, les
forçant à des plans d'austérité qui remettent au goût du jour la vieille
rengaine de l'Etat minimal, dont la violence s'abat sur les plus
fragiles et dont on peut déjà pronostiquer qu'ils seront un handicap de
plus pour le retour de la croissance.
On se croirait revenu aux temps du consensus de Washington ! C'est
d'ailleurs pourquoi nos amis d'Amérique latine, brésiliens et argentins
en particulier, n'en reviennent pas : c'est à croire, nous disent-ils,
que l'Europe et le FMI n'ont rien appris, rien compris des années noires
qu'ils ont traversées avant nous, avec leur panique sur la dette, leur
spéculation effrénée sur les marchés financiers, leurs rumeurs
alarmistes des agences de notation, les prêts tardifs du FMI assortis
d'exigences tellement drastiques qu'elles en étaient économiquement
contre-performantes, socialement insupportables et ont favorisé la fuite
des capitaux organisée par ceux qui savaient que ce n'était pas
tenable.
5.- Taxer les banques fauteuses de crise
Une nouvelle régulation doit donc voir le jour sans délai. Et aussi
les projets de taxation des banques fauteuses de crise qui doivent
impérativement être dissuadées de prendre des risques excessifs que
payent ensuite les entreprises, les consommateurs et les contribuables
(je parle là en priorité des banques européennes et nord-américaines car
je comprends bien, comme me l'a dit le Président Lula, que des banques
comme les brésiliennes qui n'ont aucune responsabilité dans la crise
trouvent amer d'être taxées comme celles qui l'ont déclenchée).
Et aussi le projet de taxation sur les transactions financières (600
milliards de dollars s'échangent chaque jour sur les marchés
financiers), né du côté des mouvements altermondialistes et dont les
socialistes doivent être les ardents promoteurs afin que cette taxe soit
universelle. Tout cela est nécessaire et doit être fait sans plus
tarder.
J'espère que le sommet tout proche de Toronto comme l'a dit georges
papendreiy permettra de lever les désaccords et les malentendus qui se
sont exprimés au sujet de ces taxes légitimes.
Mais cela ne suffira pas. Il nous faut agir sur la racine de cette
folie financière si nous ne voulons pas, comme on disait en 1929, «
gâcher une crise » car d'une croise peut sortir le pire ou le meilleur
c'est à dire laisser intacts les germes de nouvelles crises plus
destructrices encore et nous installer dans une grande instabilité
contre laquelle Nouriel Roubini qui, lui, fut clairvoyant, ne cesse de
nous mettre en garde.
6.- Capital, Travail : rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée
La racine, c'est ce déséquilibre croissant du partage de la valeur
ajoutée au bénéfice des revenus du capital et au détriment systématique
du travail le poison principal. Car, à l'origine du surendettement des
ménages, il y a les salaires écrasés et la précarité généralisée, la
rupture de l'ancien pacte fordiste et le mépris de la valeur travail.
Si les comptes sociaux se sont creusés, c'est d'abord parce que les
destructions d'emplois et le chômage de masse ont réduit la masse des
cotisations. Si les déficits se sont approfondis, c'est aussi parce que
le dogme d'une fiscalité anti-redistributrice l'a emporté.
Et s'il faut, évidemment, maîtriser les dépenses publiques et ne pas
craindre de tailler dans les dépenses improductives, il ne faut pas
suivre les apôtres aujourd'hui requinqués de la réduction aveugle des
dépenses publiques qui ne comptabilisent jamais ses dommages collatéraux
sur la demande intérieure, la croissance et même la compétitivité.
Les plans d'austérité punitifs qui se mettent actuellement en place
sous l'injonction des marchés financiers se trompent de cible. En effet
ce sont les inégalités qui sapent la croissance.
7.- Les inégalités sapent la croissance et appauvrissent l'Etat
Il se trouve aujourd'hui quelques économistes moins conformistes que
la corporation pour tirer la sonnette d'alarme et plaider pour une
croissance soutenue par la consommation intérieure et par un nouveau
partage des revenus incluant un relèvement des salaires. Les salaires,
en effet, ont été excessivement comprimés toutes ces dernières années,
au prétexte d'une course obsessionnelle à la compétitivité dictée par la
concurrence des pays à bas salaires, scandée de délocalisations
brutales et de déstabilisation des contrats de travail.
Leur constat est intéressant car il ne procède pas de raisons
morales ou de justice sociale mais d'un point de vue de pure efficacité
économique : les inégalités, qui ont explosé et défigurent de plus en
plus nos sociétés, tarissent, disent-ils, la croissance faute de
carburant.
James Galbraith le dit lui aussi sans ambages : « les inégalités ne
sont pas les conséquences micro-économiques des déséquilibres ; elles en
sont la cause macro-économique ».
Le directeur général chilien de l'OIT, Juan Somavia, rappelle lui
aussi avec force que ce qu'il nous faut à tous, c'est une croissance
riche en emplois et qu'une rigueur psycho-rigide signifierait en réalité
appauvrissement et non redressement des finances publiques en même
temps que récession économique. « Les normes financières, dit-il,
doivent être des instruments au service de normes sociales et
environnementales qui sont, elles, des objectifs de société ».
8.- 5 clefs pour un nouveau modèle
Permettez-moi d'évoquer brièvement 5 dimensions à mes yeux
fondatrices d'un nouveau modèle de développement et d'un autre monde
possible.
A) Faire de l'efficacité économique et de la justice sociale un couple inséparable
Nos amis brésiliens ont exploré cette voie avec succès. Ils ont
équilibré l'assainissement de leurs finances, l'accélération
volontariste de leur croissance et des bourses pour les familles
politiques sociales fortement redistributrices. La justice sociale
Dilma Roussef que j'ai rencontrée plusieurs fois au Brésil et dont
nous espérons tous qu'elle sera à l'automne prochain la Présidente de la
République brésilienne, parle fort justement de la transformation utile
de l'argent public en qualité de vie et en efficacité économique
réductrice de pauvreté.
B) Réhabiliter le rôle de la puissance publique
N'en déplaise au regretté Président Reagan, l'Etat n'est pas le
problème mais une partie de la solution. C'est à la volonté politique de
reprendre la main pour en finir avec les désordres de la finance
mondialisée. Ce n'est pas d'Etat brancardier mais d'Etat anticipateur,
porteur d'une vision à long terme de l'intérêt général, que les pays
malmenés par la crise ont impérativement besoin pour s'en sortir et
surtout ne pas y retomber.
Le Président Barack Obama a eu raison de tenir bon face à BP et de
lui imposer la mise sous séquestre de 20 milliards de dollars pour
réparer les dégâts de son irresponsabilité et de son âpreté au gain,
causes d'une marée noire qui est le pire désordre écologique qui ait
frappé les Etats-Unis.
Figurez-vous que les très puissantes compagnies pétrolières sont
d'une telle désinvolture que, dans les rapports qu'elles ont remis aux
autorités américaines pour témoigner de leur « bonne volonté » et de
leur sens aigu de l'intérêt général, BP et 2 autres géants des
hydro-carbures proposaient de protéger... les morses qui ont disparu du
Golfe du Mexique depuis au moins 3 millions d'années !
Le Président Obama a également raison de coupler l'affirmation de la
légitimité et de l'autorité de l'Etat avec sa volonté de promouvoir une
révolution énergétique qui ne fait peut-être pas l'affaire du lobby
pétrolier mais celle, plus importante, du peuple américain.
L'important, contrairement aux justifications actuelles des plans de
rigueur qui s'abattent sur l'Europe, ce n'est pas de savoir si l'Etat
est trop gros ou trop maigre mais s'il remplit correctement ses
missions, épaule efficacement les services publics nécessaires et
n'abandonne pas le bien commun aux intérêts particuliers.
C) Accélérer la croissance verte et cette sociale-écologie qui constitue le gisement d'emplois et de qualité de vie de demain.
A Copenhague dont nous savons bien que les résultats ont été
décevants, c'est le Président Lula qui est apparu comme un leader
prenant la mesure des enjeux, appelant le monde à assumer sa
responsabilité et donnant l'exemple par les engagements pris dans la
foulée par son pays qui a légiféré pour s'appliquer à lui-même les
objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre qu'il
préconise pour la planète.
A nous de porter haut et fort ses propostions que nous partageons :
création d'une Organisation mondiale de l'Environnement et création d'un
fonds de soutien à la conversion écologique des pays pauvres qui sont
les plus vulnérables aux conséquences du changement climatique et les
plus démunis pour y faire face alors qu'ils pourraient, avec l'aide des
pays plus riches, tirer parti de leur potentiel d'énergies
renouvelables, à commencer par le solaire.
D) Définir et protéger nos biens publics mondiaux
La privatisation effrénée des services publics et la marchandisation
de tous les domaines de l'existence n'ont eu nulle part les effets
vertueux que promettaient leurs partisans. Ce sont les altermondialistes
qui, avec Ricardo Petrella, ont les premiers théorisé la notion de «
biens publics mondiaux », applicable par exemple à l'eau, ressource rare
et vitale, à l'éducation ou à la santé, tous domaines justiciables
d'autres logiques que celles de l'appropriation privée.
Le marché prétendait les valoriser au bénéfice du plus grand nombre.
On a vu les résultats : renchérissement, ententes tarifaires, exclusion
de ceux qui n'ont pas les moyens d'acquitter les nouveaux péages.
Les tristes péripéties qui portent depuis plusieurs mois atteinte à
la crédibilité de l'Organisation mondiale de la Santé illustrent, de la
gestion de la grippe A à la recherche jugée non rentable sur les
maladies négligées, que la santé des peuples du monde est une chose trop
sérieuse pour être abandonnée aux intérêts à court terme des
laboratoires pharmaceutiques et aux conflits d'intérêts des experts
qu'ils financent.
Les Ministres de la Santé de l'UNASUR, l'organisation
inter-gouvernementale de l'Amérique du Sud, ont eu raison de sonner
l'alerte et de s'insurger contre la mise au rencard des propositions de
taxation des bénéfices des industries pharmaceutiques ou de découplage
du financement de la recherche d'avec le prix des médicaments. 9
millions d'enfants meurent chaque année de maladies qui pourraient être
prévenues ou guéries et 400.000 femmes enceintes succombent à des
complications durant leur grossesse : bref l'accès aux traitements fait
partie des droits fondamentaux à garantir à tous, qui ne doivent pas
s'apprécier à l'aune de la rentabilité marchande et d'une conception
restrictive de la propriété industrielle.
E) La démocratie comme condition de l'efficacité politiques
Nos peuples aspirent à autre chose que ces décisions prises sans eux
et du coup mal pensées, mal appliquées, parfois brutales et toujours
verticales. Nous devons, nous socialistes, tirer lucidement les leçons
de ce qui ne marche plus et aussi comprendre de quelles frustrations se
nourrissent les succès des partis qui s'affichent comme anti-système,
alternative aux partis traditionnels et à l'écoute des aspirations
populaires.
Les errements à l'origine de la crise et la manière dont sont
assénés les actuels plans de rigueur renforcent, à l'opposé de ces
méthodes, l'exigence d'une association plus directe des citoyens aux
décisions qui les concernent et au contrôle de leur application. Budgets
participatifs nés en Amérique latine, Jurys Citoyens expérimentés en
Europe, référendum d'initiative populaire, réseaux sociaux militants et
novateurs tirant parti d'Internet, démocratie sociale renforcée, les
voies sont multiples mais une chose est sûre : c'est en faisant de ce
siècle celui de la parole et de l'action citoyennes que nous
restaurerons les conditions d'un leadership légitime et de politiques
publiques efficaces.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Friedrich Hayek, l'un des
inspirateurs de la révolution néo-conservatrice et l'un des théoriciens
de « l'ordre spontané du marché », rêvait d'une « démocratie limitée »
tenant le peuple à l'écart des choses sérieuses auxquelles il était
supposé ne rien entendre.
9.- Ni adaptation forcée, ni repli égoïste : internationalisme concret
Notre monde commun est en pleine mutation et nous sentons bien que
nous sommes à la croisée des chemins : l'un mène vers le chaos,
l'injustice et la violence, l'autre vers une nouvelle politique de
civilisation qui permettra à l'humanité, à une échelle inédite dans son
histoire, de prendre son destin en main. Sous les coups de boutoir de la
crise se dissout l'illusion que les uns puissent s'en sortir sans les
autres ou contre eux.
Je vois bien les tentations de repli qui accompagnent la période
actuelle où l'on perçoit ce qui n'est plus mais où on n'aperçoit pas
encore clairement ce qui pourrait être. Certaines élections européennes
récentes sont à cet égard symptomatiques, avec l'arrivée au pouvoir de
partis xénophobes et populistes.
C'est à nous, socialistes, d'administrer la preuve qu'on n'a pas
simplement le choix entre l'adaptation forcée à une globalisation
financière destructrice des solidarités et des protections auxquelles
chacune aspire légitimement, ou la tentation autarcique des identités au
rabais et de leur fausse sécurité.
C'est à nous, socialistes, de montrer la voie d'un internationalisme
concret capable de fixer et de tenir des objectifs précis dans les
différentes domaines que j'ai évoqués et où, n'en doutons pas, se joue
aussi la sécurité du monde.
10.- Contre la violence des marchés et les hégémonies dépassées : construire un ordre juste à plusieurs voix
C'est à nous, les socialistes, de ne pas céder à l'intimidation des
marchés et de mettre en œuvre une nouvelle feuille de route. Car nous
n'avons pas seulement à atténuer les chocs, à corriger ou adoucir à la
marge, mais à combattre pour un nouveau modèle de société et de
civilisation.
Avec radicalité et avec pragmatisme mais sans en rabattre, comme
cela nous est parfois arrivé, sur l'alternative globale qu'il nous
incombe de porter et de mettre en oeuvre.
A fortiori dans un monde où les cartes sont rebattues, où les
rapports de forces évoluent, où nul ne peut plus prétendre à l'hégémonie
et où, comme le dit Celso Amorim, Ministre brésilien des relations
extérieures, « les centres traditionnels du pouvoir ne partagent pas
gracieusement leurs privilèges ». Un monde, ajoute-t-il, où les pays
considérés comme des acteurs incontournables lors de la Coupe du Monde
de foot ont bien l'intention de faire aussi entendre leurs voix sur
d'autres terrains. C'est dire, au passage, combien les 3,13% de voix
concédés aux pays dits « en développement » et « en transition » à
l'occasion de l'augmentation de capital de la Banque mondiale (contre
52,8% conservés par les pays riches) il y a la aussi beaucoup à faire.
Cette polyphonie du monde multipolaire qui s'affirme, c'est de nous
qu'il dépend qu'elle ne doit pas chaotique mais créatrice d'un nouvel
ordre international juste et sûr pour chacun.
C'est le sens du combat de nous socialistes.
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