I. Qui est Pascal Lamy?, par Raoul-Marc Jennar

 

Extrait de Raoul-Marc Jennar, Europe, la trahison des élites, Fayard, 2004, pp. 21-23. Publié ici même avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

Qui est Pascal Lamy?

 

On ne risque guère de se tromper en observant que l’actuel commissaire européen en charge du commerce international est probablement une des plus brillantes machines intellectuelles de l’institution. Une remarquable puissance de travail et une maîtrise parfaite des dossiers en font un négociateur redoutable. Mais c’est aussi un homme qui possède un aplomb peu commun pour dire, avec un cynisme absolu, la chose qui  n’est pas. La social-démocratie française a trouvé en lui le parfait Janus pour faire triompher le libéralisme intégral. D’où vient ce personnage aussi puissant que méconnu ?

 

Il est né en 1947, dans la banlieue parisienne, à Levallois-Perret, de parents pharmaciens et catholiques. Il milite pendant dix ans à la Jeunesse étudiante chrétienne lorsqu’il fréquente le lycée Carnot, à Paris1. Il fait des études aux Hautes Études commerciales, à l’Institut d’études politiques et à l’École nationale d’administration. Il entame sa vie professionnelle à l’Inspection générale des finances et passe ensuite à la Direction du trésor (1975-1981).

 

Lors de l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1981, il devient directeur adjoint du cabinet de Jacques Delors, ministre de l’Économie et des Finances, qui rassemble autour de lui des catholiques ayant adhéré au PS. En 1983, lorsque Delors réussit à convaincre les socialistes de pratiquer les traditionnelles recettes libérales de gestion de l’économie, Pascal Lamy est envoyé au cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy pour piloter ce « tournant de la rigueur » et veiller à ce que ce ralliement des socialistes aux thèses libérales ne connaisse aucune altération.

 

1985 : Jacques Delors devient président de la Commission européenne ; il choisit Pascal Lamy comme directeur de cabinet et comme « sherpa » (chargé de préparer les réunions du G7). Il le restera pendant les trois mandats de Delors. Durant toute cette période, Lamy siège au comité directeur du PS. Privilégiant, comme son patron, l’Europe économique et monétaire, il va appuyer les démarches de ce dernier afin de réduire les initiatives de la Commission européenne en matière d’environnement, sujet d’irritation grandissante pour le patronat européen.

 

Lorsque Delors quitte la présidence de la Commission européenne, en 1994, Lamy entre au comité de direction du Crédit lyonnais. Il en devient cinq ans plus tard le directeur général et prépare la privatisation de la banque et les licenciements massifs qui l’accom