21/05/11

DSK : Ce qu'il disait à « Marianne » il y a trois semaines

Marianne N° de la semaine du 21 au 28 mai 2011

Une tragédie française

Alors favori dans la course à l'Elysée. Dominique Strauss-Kahn évoquait en «off» le 29 avril dernier, devant la direction de notre journal, sa décision d'être candidat, sa future campagne, ses handicaps. Des déclarations qui prennent un relief inattendu à la lumière des derniers événements.

 

Par Denis JEAMBAR

 


Vendredi 29 avril 2011.13 heures. Un salon particulier d'un restaurant dans le XVIIe arrondissement de Paris.  Dominique Strauss-Kahn boucle dans ce trois-étoiles un ultime tour de chauffe médiatique français avant de se lancer officiellement dans la bataille de la primaire socialiste à la fin du mois de juin prochain.

 

Au cours de la semaine, il a déjà rencontré les rédactions du Nouvel Observateur et de Libération. Ce jour-là, DSK déjeune avec quatre journalistes de Marianne : Maurice Szafran. Jacques Julliard, Nicolas Domenach et l'auteur de ces lignes. Anne Hommel l'accompagne.

 

Cette ancienne collaboratrice de l'un de ses proches, Jean-Christophe Cambadélis, est chargée de ses relations avec la presse en France avec Stéphane Fouks, Ramzi Khiroun et Gilles Finchelstein, tous sous contrat de l'agence de communication Euro RSCG.

DSK est souriant et détendu. C'est encore le temps des jours heureux et des certitudes. Par rapport au reportage que Canal + lui a consacré quelques semaines plus tôt, il paraît aminci.

 

Affûté. Comme un signe de maîtrise de lui-même, il ne commandera d'ailleurs pas de dessert et ne goûtera qu'à peine  le grand cru de bordeaux.

 

Le but de ce déjeuner est évident : sans se déclarer, il entend afficher sa détermination à se présenter à l'élection présidentielle. Pour autant, il fixe les règles du jeu. Un off complet. L'engagement est pris autour de la table de ne rien dévoiler des échanges qui vont avoir lieu. Il sera respecté. Evidemment, les événements de New York délivrent notre parole et rendent même nécessaire de publier la teneur de cette conversation pour mieux éclairer la personnalité de DSK.             

 

Le directeur général du FMI avait insisté sur ses contraintes. Si paraissait le moindre propos de sa part. il serait obligé d'abandonner ses fonctions dans l'heure car le règlement du FMI ne lui laisse aucune marge de manœuvre. Or il devait encore participer à plusieurs grandes échéances avant de dévoiler publiquement ses intentions électorales. Notamment, une réunion des ministres des Finances de la zone euro, le lundi 16 mai à Bruxelles, pour entériner les prêts accordés à la Grèce et au Portugal, et le G8 qui doit se tenir à Deauville les 26 et 27 mai sous la présidence de la France.

 

Au passage, il souligne le rôle qu'il a joué au printemps 2010 quand l'Europe s'est portée une première fois au secours de la Grèce en faillite.

Angela Merkel y paraît alors peu favorable. Nicolas Sarkozy fait ouvertement pression sur elle et donne le sentiment d'emporter sa décision. Sans nier le rôle de l'Elysée, il le minimise.

 

DSK précise que la chancelière n'était pas, elle-même, bloquée sur ce sujet mais qu'elle devait alors affronter un climat politique électoral allemand très défavorable à cette assistance financière. Il explique qu'il s'est rendu à Berlin afin d'aider Angela Merkel à trouver les arguments pour convaincre son opinion. Avec succès. De toute évidence, il n'entend laisser le seul mérite à Nicolas Sarkozy.

 

L'Europe est au centre de sa réflexion. Il dessine les lignes de sa future campagne et suggère que le futur européen sera au cœur de son programme. Son souhait est de réconcilier les Français avec l'Union car, s'il est convaincu de l'avenir du pays, il l'est tout autant de la nécessité d'utiliser l'Europe pour y parvenir. Il esquisse un slogan : « Pas d'Europe sans la France, pas de France sans l'Europe ».

 

Au passage, il égratigne les gouvernements français successifs qui, à ses yeux, ont envoyé des représentants médiocres à Bruxelles.      

 

II enchaîne sur la question de l'immigration relancée à la fois par l'arrivée de boat people dans l'île de Lampedusa en Italie et par le débat orageux que la majorité a ouvert sur la laïcité et  l'islam. Là encore, son point de vue est forgé : le respect des principes traditionnels de la République est plus  que jamais nécessaire. Il  souhaite un retour aux   sources, notamment à la loi   de 1905 pour régler le problème de l'islam en France.  

 

II ne juge pas nécessaire la modifier, contrairement aux intentions prêtées alors au chef de l'Etat et à l'UMP.

 

La conversation est libre, ponctuée de rappels souriants, et pleins de sous-entendus, à ses obligations de directeur général du FMI. Mais il est parfaitement à l'aise dans cet exercice de funambule.

 

Au passage, il montre son intérêt pour la fonction qu'il exerce et son inquiétude devant la situation de la Grèce. Tout en soulignant les difficultés économiques de la France, il précise qu'elle n'est pas sous la menace du FMI et dans une situation qui n'a rien à voir avec celles, dramatiques, de la Grèce et du Portugal. Pour l'avenir, il souligne que les marges sont faibles mais que le redressement est possible. D'un jugement tranchant, mais sans recourir à des mots blessants, il met en cause la politique de Nicolas Sarkozy dont il dit ne pas voir le sens ni la cohérence. Toujours avec prudence, et sans imaginer alors l'effet boomerang de son propos, il égratigne le chef de l'Etat et l'image qu'il donne de la France sur la scène internationale. Ce n'est pas encore un combattant déclaré mais on comprend qu'il affûte ses armes et n'hésitera pas à donner des leçons de maintien à son futur adversaire.

 

Avec une surprenante agressivité et un ton soudain plus impératif, il retourne à Maurice Szafran les interrogations sur le chef de l'Etat et lui demande crûment si Marianne souhaite bien que la France soit débarrassée de « ce type-là » [Nicolas Sarkozy] en 2012.

 

Avec un sourire amusé, Sans imaginer alors l'effet boomerang de son propos, il égratigne le chefde l'Etat et l'image qu'il donne de la France sur la scène internationale.

 

Le président de Marianne ne répond pas mais DSK ne s'en tient pas à sa question. Il insiste et dit que Marianne n'a pas d'autre choix que de le soutenir dans ce combat.

 

Il se découvre, peu soucieux à cet instant précis de l'indépendance des médias, pas menaçant, mais pressant.  Il est clair  son Propos est délibéré et pas du tout improvisé. Ce déjeuner devient, durant quelques instants une opération électorale, une préparation de terrain. Le masque est tombé. Plus de propos allusifs. Si la requête est choquante, elle a le mérite d'être claire et de montrer la conception qu'a Dominique Strauss-Kahn de la presse : c'est un rapport de soumission qu'il sollicite, un engagement militant.


Le déjeuner avançant, sa prudence initiale se relâche sa candidature devient une évidence. Son calendrier est arrêté. Fin juin, début juillet, il se déclarera. Il avoue qu'il aurait préféré que la primaire survienne plus tard, fin novembre, pour pouvoir demeurer à la tête du FMI jusqu'au G20 qui se tiendra à Cannes les 3 et 4 novembre prochain sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il ne le dit pas mais on comprend qu'il aurait pu alors apparaître, comme lui, au milieu des plus grands dirigeants de la planète et mettre en valeur devant les Français son propre rayonnement sur la scène internationale.

 


 

« C'est vrai, moi, depuis l'âge de 15 ans, je ne pense pas à l'élection présidentielle. Je pourrais vivre sans être président de là République. »

 

Ses mots manifestent une tranquille assurance et trahissent, par moments, une certaine arrogance. Il souligne le sacrifice que représente son renoncement à la direction du FMI. Il suggère, en quelque sorte, qu'il s'apprête à faire don de sa personne à la France alors qu'il pourrait rester dans un poste prestigieux et passionnant où il réussit parfaitement.

 

Son registre change légèrement, comme si tout lui était dû, comme s'il devait être plus nommé qu'élu. Son approche de la présidentielle paraît plus esthétique que charnelle et habitée. Elle est dionysiaque au sens nietzschéen du terme. On devine un homme plus déterminé que guerrier, peu disposé à dilapider ses forces et son talent dans des batailles secondaires : « C'est vrai, moi, depuis l'âge de 15 ans, je ne pense pas à l'élection présidentielle. Je pourrais vivre sans être président de la République. »

Dans l'arène socialiste, il n'imagine donc guère d'autres gladiateurs. Chacun doit comprendre que son statut de favori rend, selon lui, inutile une vraie primaire face à d'autres combattants. Il y perdrait du temps, des forces, et la gauche aussi.

 

Il passe alors en revue la liste de ses rivaux. Il n'a aucun problème avec Martine Aubry puisqu'un pacte les unit.

 

Ségolène Royal, à ses yeux, n'est plus un obstacle. Il ne tarit pas de compliments sur elle, souligne ses progrès. Il affirme même que la femme politique qu'elle est devenue en 2011 l'aurait emporté face à Nicolas Sarkozy en 2007. L'éloge est si appuyé qu'affleure l'arrangement secret et qui, semble-t-il, devait être définitivement scellé au cours d'un rendez-vous qui avait été fixé au mardi 17 mai avant que le château de cartes ne s'écroule à New York.

 

DSK sait sans doute par l'un de ses plus proches lieutenants, qui a été témoin de la conversation, que Ségolène Royal a confié à Martine Aubry : « En tout cas, il y en a un qui ne sera jamais président, c'est François ! »               

 

De fait, le ton est différent dès lors qu'il évoque la candidature de François Hollande. En préambule, il précise qu'il s'est toujours bien entendu avec lui et qu'ils n'ont pas de contentieux.

 

Il ne lui veut que du bien et lui promet un bel avenir à ses côtés. Puis il met les points sur les « i ». Certes,   les qualités d'Hollande le   promettent à de beaux postes, mais, s'il se maintient dans la course élyséenne au-delà du 13 juillet, date de clôture des candidatures à la primaire, alors « sa vie politique s'arrêtera et il n'aura Rien. Il insiste sur  la sanction qui tombera,  il évoque même l'âge de François Hollande, qui lui interdira tout rebond par la suite. Une véritable fatwa.

 

S'il ne s'élève pas, le ton de la voix est brutal, impératif. La perfidie affleure : « On sait que François s'est lancé dans la présidentielle pour une raison matrimoniale. » Ou encore : « C'est le candidat de l'Elysée parce que, pour Sarkozy, il est plus facile a battre. »

 

L'homme de pouvoir apparaît alors à l'état brut. Dur, impitoyable. Moment révélateur car il dévoile la face cachée du convive enjoué et charmeur. Attention à ceux qui voudraient se mettre en travers de son chemin ! Menaçant, le propos sonne comme un message à transmettre à François Hollande lui-même. Un avertissement sans frais qui ne semble guère, à ce moment, frappé par la loi du off.

 

Pour la primaire qui se profile, toutes ces confidences, parfaitement dosées, sont autant de cartouches d'information dans notre besace de journalistes. Nous ne les tirerons que le jour de l'ouverture de la chasse. Pas question, néanmoins, de laisser les questions dérangeantes de côté. La première concerne ses convictions socialistes dont doute une partie de la gauche qui commence, d'ailleurs, à le harceler.

 

Est-il socialiste ? Il maîtrise son agacement et décline ses arguments avec vivacité. Sa vie, dit-il, témoigne pour lui. Il avance des origines sociales modestes. Sans forcer le trait, cependant, car son père était tout de même conseiller juridique et fiscal et sa mère, journaliste. Ensuite, il rappelle que, malgré ses diplômes, il n'a pas choisi le monde des affaires, préférant enseigner à l'université. Sous- entendu : je ne suis pas un homme d'argent. Enfin, il évoque son rôle au FMI. Un plaidoyer pro domo. Grâce à lui, explique-t-il, la ligne du Fonds monétaire international, traditionnellement ultralibérale, a changé. Sa gestion de la crise en est la preuve : il a défendu la régulation, contribué à réhabiliter le rôle des Etats, démontré les vertus oubliées ces dernières années du keynésianisme.

 


 

«Les femmes? J'en ai sans doute fait un peu trop dans le passe mais cette page tournée. Et les Français ne sont pas choqués par cette question. »

 

II nous prend alors de court et lance : « Bon, il faut aussi parler de mes Handicaps dans cette campagne. » La suite sent l'argumentaire bien rodé : «J'en ai trois : l'argent, les femmes et la Judaïté.»

 

Justement, nous allions en parler mais il ne nous laisse pas placer un mot car ses réponses sont prêtes. L'argent : «Je ne vais tout de même pas m'excuser parce que ma femme est riche. Cela ne veut pas dire que je suis un homme d'argent, mon existence le montre. Par ailleurs, le fait d'avoir de l'argent peut devenir un bon argument : je ne suis pas corruptible et je ne risque pas d'être tenté de profiter du pouvoir pour m'enrichir. » Les femmes : « C'est vrai que j'en ai sans doute fait un peu trop dans le passé mais cette page est tournée. Et puis les Français ne sont pas choqués par cette question. » Le judaïsme, enfin : « C'est, sans doute, sur ce terrain que je serai le plus attaqué. » Autours de la table, certains ne le suivent pas sur ce terrain, d'autres si. Il insiste : «Je serai attaqué là-dessus. »

 

 

L'heure avance. Il est près de 15 heures. Dominique Strauss-Kahn a d'autres rendez-vous dans l'après-midi. Il doit respecter son agenda car il repart le lendemain pour Washington. Anne Hommel le lui rappelle discrètement. Ultime aparté entre lui et Jacques Julliard pour s'expliquer sur les différends politiques qui ont pu les opposer au cours des derniers mois et rétablir des relations normales entre eux. Tout le monde se sépare sur le seuil du restaurant. DSK est rayonnant, sûr de lui, sans doute heureux des messages divers et bien préparés qu'il a pu faire passer à deux mois de son entrée dans la mêlée présidentielle française. C'était il y a trois semaines. Une éternité...

 

 MISE A JOUR LE  03/06/ 2011

 

Déjeuners secrets  avec la presse : l’autre scandale de l’affaire DSK ?

Des rédactions « convoquées » en secret dans de grands restaurants parisiens. Un candidat qui se déclare devant des journalistes dont il réclame le soutien… mais qui n’en piperont mot jusqu’à sa chute. Et si l’autre scandale de l’affaire DSK tenait aux indéfectibles soutiens politiques dont il bénéficiait auprès des médias français ?

 

 
Quelques journaux qui titrent sur l'affaire DSK.

Quelques journaux qui titrent sur l'affaire DSK. Crédit Reuters

Vue d’Amérique, l’information est plus que dérangeante. Elle est pourtant passée presque inaperçue dans le flot ad nauseum de nouvelles sur l’affaire DSK... Quelques semaines avant son arrestation, le champion socialiste, le Jedi du FMI censé rétablir l’équilibre dans la Force après un quinquennat de stupre sarkozyen, organisait des déjeuners secrets avec la crème des journalistes politiques parisiens.

Quel était le concept de ces rencontres pour « happy-few » médiatiques ? DSK disait tout… mais les journalistes, eux, ne pouvaient rien en dire ! Curieuse dialectique médiatico-politique. Enfin… jusqu’au crash new-yorkais et à la mort politique de l’intéressé, qui a brisé de facto le vœu de silence des journalistes. Des journalistes qui ne pensaient vraisemblablement pas à mal en acceptant de taire les informations qu’ils recevaient, puisque c’est un des leurs (Denis Jeambar de Marianne), qui a raconté par le menu, et avec une candeur désarmante, le contenu de l’une de ces rencontres secrètes.

Pas encore officiellement candidat mais déjà en pré-campagne (notamment en vue des primaires socialistes), Dominique Strauss-Kahn avait invité fin avril les pontes des rédactions de Marianne, du Nouvel Obs et de Libération, pour trois déjeuners « off » dans de grands restaurants parisiens. Une façon informelle et pleine de tact d’anticiper la mue du directeur-général du FMI en candidat socialiste et de dévoiler en primeur aux heureux élus (et à mots à peine couverts) son intention de se porter candidat à la présidentielle… tout en exigeant encore une fois de ses convives qu’ils demeurent bouche cousue.

 

Un travail de désinformation ?

Et tant pis si le travail des journalistes présents consistait justement à assurer au quotidien la couverture de la campagne électorale… Tant pis surtout pour leurs lecteurs qui ont pu lire dans leurs colonnes, et jusqu’à l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, des informations tronquées sur la primaire socialiste. Ce petit cirque aurait eu d’ailleurs toutes les chances de perdurer quelques semaines encore sans l’intervention de la police new-yorkaise…

Le doute sur les intentions de DSK, savamment entretenu par ses proches, était indéniablement un acte politique, qui jouait en sa faveur tant il faussait la campagne interne au parti socialiste, handicapait les challengers (Royal, Hollande) et faisait monter un « désir » artificiel auprès de l’opinion. Mais la connivence d’une brochette de journalistes avec un politicien en vue posait surtout un sérieux problème de déontologie.

Connaître trois mois à l’avance les intentions d’un homme politique dans une course présidentielle n’a rien à voir avec un banal embargo de quelques heures ! L’alibi du « off » n’est pas recevable face à des éléments et des rencontres de cette importance ! Le « off » journalistique a pour objet d’enrichir et d’humaniser les données recueillies au cours de l’enquête… pas d’opérer de la rétention volontaire.

Manquement au devoir d’informer donc. Mais la portée de ces causeries informelles allait bien au-delà du fameux « atterrissage en douceur » voulu par les proches de DSK. Dans la campagne qui s’annonçait, l’ex-futur candidat socialiste comptait sur « l’engagement militant » de ces trois médias traditionnellement orientés à gauche qui (doux euphémisme) ne portent pas Nicolas Sarkozy dans leurs cœurs.

Reprenons le compte-rendu édifiant du déjeuner dressé par Denis Jeambar. En plein exercice de séduction, DSK demande au patron de Marianne (Maurice Szafran) si son journal « souhaite bien que la France soit débarrassée de ce type-là ». Nicolas Sarkozy s’entend… La réponse de Maurice Szafran semble convenir à Dominique Strauss-Kahn qui poursuit : dans ce cas-là, « Marianne n’a pas d’autre choix que de (le) soutenir dans ce combat ».

Les déjeuners. Les journalistes. Le « off ». Tout s’explique. Même pour l’ingénu Denis Jeambar qui perçoit une demande de « soumission » (qu’il considère toutefois « choquante »). Ces déjeuners, au secret scrupuleusement respecté par des dizaines de journalistes, n’étaient en réalité rien de moins que la mise en branle d’une machine de guerre journalistique contre Nicolas Sarkozy au service du PS.

Pour DSK, les journalistes présents avaient vocation à se transformer en fantassins au cours de la campagne présidentielle. L’auraient-ils déçu sur ce point ? Impossible de le dire, mais leur simple silence sur ces rencontres éminemment politiques en faisait de toute façon des alliés objectifs d’un DSK en lévitation sondagière.

Aux Etats-Unis, les convives de ce genre de déjeuners auraient eu à s’expliquer devant leurs confrères (et le public)… et auraient in fine été renvoyés. En France, le copinage (qui tourne souvent à l’enrôlement partisan) semble demeurer la norme… une zone grise et malsaine de la vie politico-médiatique.

 

NOTE : Une malencontreuse erreur nous a conduit à publier une première version de cet article sous une signature qui n'était pas celle de l'auteur. La rédaction d'Atlantico.fr s'en excuse auprès de ses lecteurs, ainsi qu'auprès de M. Denis Tillinac et de M. François Tillinac.

 

ATLANTICO

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La Hongrie dit non au FMI

Extrait: (...)  l’institution présidée par Dominique Strauss-Kahn demande à la Hongrie de réduire son déficit budgétaire pour 2010 de 3,8 à 3% du PIB et le gouvernement, récemment élu sur un programme de fin d’austérité, s’y oppose.

Ces chiffres peuvent paraître surprenants étant donné que les déficits tournent entre 5 et 12% du PIB dans les grands pays occidentaux. On peut donc comprendre la position du gouvernement Hongrois, d’autant plus que la demande intérieure est en recul de 5%. De nouvelles mesures d’austérité pénaliseraient encore la croissance. Pire, le FMI s’oppose à une taxe de 650 millions d’euros sur les banques, qu’il juge potentiellement préjudiciable pour la croissance. On croit rêver quand on constate cette immixtion dans la politique du pays, qui devrait pourtant pouvoir choisir qui il fait payer ! (...)
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Ségolène Royal : "La Créateuf, résultat d'une volonté culturelle constante"

 

 

Aujourd'hui a lieu en la 6ème Créateuf de la Région Poitou-Charentes, le festival des talents lycéens imaginé dans le cadre du Budget Participatif des Lycées (BPL). Depuis 2006, cet événement pour les jeunes est de plus en plus populaire : plus de 6 500 lycéens participants l’année dernière, et 8 000 attendus cette année. (...) 

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Netanyahou inflige un camouflet à Obama

Extrait: ..."un haut responsable israélien a affirmé que Benyamin Netanyahou avait voulu dire "au monde entier, de la façon la plus claire possible (...), qu'(ils) ne reviendr(aient) pas aux lignes de 1967, ne négocier(aient) pas avec le Hamas et n'accueiller(aient) pas un seul réfugié" palestinien. Ce responsable, sous le couvert de l'anonymat, a affirmé que le discours d'Obama jeudi avait posé le problème de "créer des attentes déraisonnables". Ce désaccord ouvert avec Benyamin Netanyahu, à 18 mois de la présidentielle de 2012 à laquelle il est candidat, fait prendre à Obama le risque de ne pas être accueilli avec enthousiasme au congrès annuel du principal lobby pro-Israël aux États-Unis"...  

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Affaire DSK: ce qu'en pense le courant communiste révolutionnaire

La bourgeoisie vient de griller un de ses meilleurs serviteurs


de : Courant Communiste Revolutionnaire
samedi 21 mai 2011 (15h15)

 

A force de trop fréquenter les hauteurs Dominique Strauss-Kahn a fini par dévisser. La presse « progressiste » européenne voudrait nous faire croire qu’avec DSK tout s’effondre, que ce serait la grande machine du centre-gauche qui se gripperait d’un coup d’un seul. Tout serait compromis : la victoire annoncée – ou en tout cas possible - contre Sarkozy. Mais aussi la possibilité de sortir l’euro de la crise, de sortir de la dette également. Voilà qu’n perdrait celui qui aurait pu être le président capable de redresser l’équilibre européen en contrant Berlin, non pas en bombardant Tripoli comme le fait Sarkozy actuellement, mais en négociant pied-à-pied avec Merkel. Que le séisme qu’entraîne la mise hors jeu de DSK dépasse les frontières hexagonales et les calculs politiques français est indéniable. Que cela vienne perturber les savants calculs de la bourgeoisie et d’un de ses partis en particulier, c’est avant tout le problème de la bourgeoisie. Cela ne change rien pour les travailleurs, la jeunesse, les classes populaires qui seront attaqués sur toute la ligne si c’est un président du PS ou de l’UMP qui est élu en 2012, qu’il s’appelle DSK, Hollande, Royal, Fabius ou Sarkozy.

Pourtant, pour faire penser que le sort des classes populaires ou du « peuple de gauche » serait solidaire de celui de DSK on nous matraque, depuis dimanche, à coup de sondages d’opinion pour savoir si oui ou non DSK est un honnête homme et s’il n’est pas l’objet d’un affreux complot. Le principal des complots à l’heure actuelle c’est celui qui se trame au grand jour contre les travailleurs grecs, irlandais et portugais (la liste risque de s’allonger d’ailleurs) que le FMI et la bourgeoisie s’apprêtent à saigner. La seule et unique victime de cette affaire et par laquelle le scandale est arrivé c’est la femme qui accuse DSK de tentative de viol : une travailleuse immigrée qui gagne sa vie en quittant tous jours son domicile du Bronx new-yorkais pour aller nettoyer les chambres à plusieurs centaines d’euros la nuit du Sofitel de Manhattan. Dans ces chambres descendent des gens que le « peuple de gauche » (si tant est que concept ait une quelconque validité politique) devrait considérer avec aversion et dégout, comme de véritables ennemis de classe.

Il faudrait donc, au nom de l’Union sacrée anti - sarkoziste, pleurer sur le sort de DSK ? Qu’on n’attende aucune solidarité des travailleurs à l’égard du patron, soi-disant de gauche, d’une des principales institutions du capital international. Ni solidarité politique donc, ce à quoi se risquent de moins en moins ses amis de la rue de Solferino, en sentant que cette fois-ci le scandale est trop gros. Ni solidarité nationale comme le déclaraient Baroin et Copé au nom du gouvernement et de la majorité, car avec DSK ce serait « l’honneur de la France » qui serait éclaboussé. La France n’a jamais eu besoin de qui que ce soit pour se trainer dans la boue. Dernièrement les blindés légers de l’armée française en opération coloniale à Abidjan, ou les mirages de Monsieur Dassault, ont suffisamment bien illustré ce que valait « l’honneur de la France », pays des « droits de l’homme ».

 

L’étrange paradoxe de l’affaire DSK

Étrange paradoxe que DSK : un homme aussi avare en deniers publics lorsqu’il était à la tête de Bercy, sous Jospin, chef d’orchestre d’un programme de privatisation au nom de la gauche plurielle plus ambitieux que ceux de tous les gouvernements de droite précédents, adepte du régime sec (pour les smicards et les travailleurs), aussi généreux cependant quand il s’agissait de son confort personnel. Ce monsieur se pavanait en Porche en sortant de son pied-à-terre de la Place des Vosges pour dîner en ville, il y a peu. Mais généreux aussi en caresses non consenties et en droit de cuissage médiéval version socialiste. La presse fait désormais état, à mots couverts, des comportements avérés de DSK. Ce qui est en cause c’est son penchant invétéré semble-t-il pour le harcèlement sexuel.

On aurait donc cloué au pilori un homme sans jugement s’insurge l’ancien ministre de la Justice de Mitterrand, Robert Badinter, conscience morale de la gauche française. Il faudrait être solidaire de la « souffrance » d’un homme qui n’a pas encore eu « droit à la parole » déclare Royal à la sortie du Conseil National de crise tenu par le PS le 17 mai.

Inutile de revenir sur la manière dont DSK a lui-même cloué au pilori des peuples entiers sans autre forme de procès que l’accusation portée par la froide logique du capital, par la voix des marchés et des agences de notation. Le droit à la parole, les travailleurs irlandais, grecs et portugais l’ont pris en descendant dans la rue et en se mettant en grève. La bureaucratie syndicale, largement liée aux PS locaux d’ailleurs, a cru bon de la leur reprendre pour éviter que la colère populaire ne déborde le cadre fixé par les confédérations : les plans d’austérité sont administrés en Grèce comme au Portugal par deux premiers ministres « socialistes » (Papandréou et Socrates jusqu’à la chute de son gouvernement il y a quelques semaines). DSK serait passé devant un tribunal comme un vulgaire délinquant ? Il est vrai que DSK est un habitué des salles d’audience mais que dans les affaires précédentes où il avait trempé, la presse ne s’était pas bousculée au portillon pour voir un peu plus clair là où la justice de classe française l’avait systématiquement blanchi [1].

On lui aurait refusé sa mise en liberté sous caution, contre le paiement d’un million de dollars, soit 42 années de salaire d’un smicard! Scandale encore s’insurge la presse française, encore un complot de la juge américaine.

Heureusement nous dit-on, DSK a pu passer sa première nuit dans une cellule individuelle et ne sera pas mélangé aux dangereux délinquants du pénitencier de Rikers Island où il est détenu. On a l’impression qu’il n’y a qu’aux Etats-Unis que les prisons sont surpeuplées et les matons violents!

 

A qui profite la chute de DSK ?

Le décor ressemble tellement à un mauvais feuilleton que certains dans la presse ou dans l’entourage de DSK comme Jean-Christophe Cambadélis [2] s’empressent de parler de « complot ». Ce qui est sûr, c’est que DSK a bel et bien trébuché et qu’il mettra du temps à se relever. Complot ou non, certains en tireront profit.

Le séisme touche d’abord le PS. Comme nous le soulignions dans un précédent article « si d’un point de vue social le climat ne change pas radicalement au cours des prochains mois il est fort probable qu’à moins que le PS ne traverse une nouvelle période de paralysie, avec une guerre des éléphants qui délégitimerait son candidat, 2012 soit une victoire de la gauche bourgeoise. Le PS devrait l’emporter en s’appuyant sur une resucée de la gauche plurielle, avec Europe Ecologie comme béquille verte et le Front de Gauche comme façade réformiste. Cette victoire serait cependant davantage le fruit de la crise du sarkozysme que du renforcement du PS [3]. La guerre des éléphants, qui semblait évitée, pourrait se relancer de plus bel avec l’éviction de DSK lors de la primaire du PS.

L’éviction de DSK rend également un fier service également à gauche, comme à droite. Sarkozy tout d’abord, tout en étant prudent et en donnant ordre à ses ministres et proches de faire profil bas, s’est débarrassé de son meilleur concurrent pour 2012. DSK avait été l’objet en 2007 de sa stratégie « d’ouverture » par le soutien qu’il lui avait apporté dans la course à la présidence du FMI. Sarkozy pensait l’avoir écarté durablement de l’échiquier politique français. C’était sans compter sur la pugnacité et le réseau de l’ancien ministre de Jospin. Cette fois-ci, sans que cela ne soit prévu ni voulu, DSK est définitivement hors-jeu. Il sera facile à Sarkozy désormais de faire passer son troisième mariage et son goût du bling bling pour de l’eau bénite au regard des comportements de celui que la gauche encensait jusqu’à dimanche dernier comme son homme providentiel. Sarkozy peut laisser pendant ce temps ses porte-flingues et les sites internet liés à l’Elysée, face auxquels France Soir passe pour un journal de qualité, le soin de remuer l’affaire et trainer, par DSK interposé, le PS dans le caniveau [4].

L’affaire DSK tombe à pic également pour Mélenchon et le Front de Gauche. Le chef du Parti de Gauche plaçait au premier rang des « sociaux-libéraux » de Strauss-Kahn qui avait pourtant été son ancien collègue alors que lui aussi en tant que ministre validait toutes les infamies « social-libérales » du gouvernement PS-PC-Verts entre 2000 et 2002. L’éviction de DSK de la course à la présidentielle résout bien des problèmes pour Mélenchon. Le FdG ne peut pas envisager de ne pas appeler à voter PS au second tour en 2012 sans risquer de voir carbonisée sa représentation parlementaire à l’Assemblée (notamment celle du PC). Comme le notait Libération, si c’est Aubry ou Hollande qui y vont, Mélenchon aura toute latitude pour rentrer dans le rang au second tour, dans l’hypothèse assez probable d’un affrontement PS/UMP et négocier son soutien au gouvernement de centre-gauche [5]..

 

DSK du côté des travailleurs européens ou du côté de l’euro ?

L’arrestation et la démission probable de DSK à la tête du FMI ouvre une période d’incertitudes importantes pour les bourgeoisies européennes, notamment en raison du retour du FMI sur le devant de la scène depuis l’explosion de la crise financière internationale et de son implication dans les dossiers européens. A moins d’être peu ou prou partisan d’une sorte de régulation des marchés dont DSK se faisait l’apôtre et de croire que les potions administrées par le FMI en Grèce, Irlande ou Portugal, auraient été moins pire pour les classes populaires que le scénario de la cessation de paiement, force est de constater que le rôle joué par DSK à la tête du FMI a été d’assurer une cohésion des marchés internationaux. La presse voudrait nous faire croire que sans lui ça aurait été pire ? Pire pour la fraction actuellement hégémonique au sein des bourgeoisies européennes sans doute. Les travailleurs, eux, se sont retrouvés la tête sous l’eau et c’était DSK qui la leur tenait. Ça a été là son rôle, dans un premier temps face aux turbulences traversées par l’Islande, le Pakistan et l’Ukraine notamment, par la suite afin d’éviter une fissure peut-être irrémédiable qu’aurait signifiée la sortie de la Grèce ou de l’Irlande de la zone euro.

Comme le note le Financial Times « les programmes les plus importants du FMI concernent aujourd’hui l’Europe. La crise de la zone euro, potentiellement contagieuse, représente la principale menace pour la stabilité financière internationale. (…) La taille de ses programmes remise au second plan les autres actions du FMI [6] C’est en ce sens que le Financial Times plaide pour un européen pour remplacer DSK dans la mesure où son successeur aura a assumer un rôle avant tout politique (plus que technique) dans les négociations entre les différentes bourgeoisies européennes dont les intérêts sont toujours plus divergents alors que s’approfondit la crise et cela bien que Paris, Berlin et les autres capitales n’aient pas d’autres choix jusqu’à présent que de se s’unir pour parer au plus pressé. Cela ne veut pas dire par exemple que Berlin soit disposé à participer de bon cœur à la rallonge de 60 milliards d’euros destinés à la Grèce afin d’éviter qu’Athènes ne dépose le bilan. C’est en ce sens que « l’importance primordiale du FMI au cours de la crise de la zone euro a été politique : dans une situation marquée par un manque de leadership politique de la zone euro, le FMI [en l’occurrence DSK]a rempli le vide [7] ».

C’est sans doute pour cela que même Washington n’est pas favorable à ce que le poste soit occupé par un non européen. Remplacer DSK, défini par certains comme « un Metternich à BlackBerry [8] », ne sera cependant pas une mince affaire. Le fait que certains puissent penser à Christine Lagarde (qui a beau causer couramment l’anglais mais a sur le dos une procédure en cours dans le cadre de l’affaire Tapie-Crédit Lyonnais) peut faire sourire. C’est le parti des dirigeants des économies dites « émergentes », Inde et Chine en tête, qui voudraient placer un des leurs à la tête de l’institution. En fait ces pays entendent tirer profit des difficultés actuelles des économies impérialistes pour négocier en position de force et faire pression sur les grandes capitales en vu des négociations importantes qui auront lieu dans le cadre du G20 cette année. Les dissensions internes au sein de l’Union Européenne ne permettent pas d’assurer cependant que Bruxelles réussira à faire nommer un de ses représentants à la tête du FMI afin d’éviter que la crise de la zone euro ne s’approfondisse. Une chose est sûre en tous cas : quelle que soit la nationalité de l’argentier mondial, les travailleurs de tous les pays n’ont rien à en attendre de bon.

 

Le scandale berlusconien de la bourgeoisie française et l’alternative de classe

La situation de crise politico-institutionnelle que traverse l’Italie depuis l’élection de Berlusconi, suite à la chute du gouvernement Prodi, illustre à échelle réduite un certain nombre de problématiques auxquelles nous aurons à faire face dans les prochains mois. Dans le cas italien l’enchevêtrement des scandales dans lequel trempe le président du conseil témoigne de l’incapacité de la bourgeoisie à mettre de côté Berlusconi. Impossible de trouver, au centre-gauche ou au centre, un axe politique capable de défendre de manière globale ses intérêts. Mais force est de constater que les scandales et la crise politique que traverse le pays n’ont pas été un avantage pour les travailleurs, dans le sens de leurs intérêts, contre les deux blocs politiques qui incarnent les intérêts des différentes fractions de la bourgeoisie italienne. Par manque de débouchés politique et de direction, plus que par manque de luttes, les travailleurs et la jeunesse en Italie n’ont pas réussi à se tirer de la gangue paralysante dans laquelle ils se trouvent, en dépit de luttes souvent radicales et parfois de dimension nationale. C’est là une leçon qu’il faut aussi tirer en France notamment.

Le scandale DSK est un scandale de la bourgeoisie et la bourgeoisie peut le résoudre et en tirer profit, à moyen terme, en petit comité, si aucun autre acteur ne se profile sur la scène politique nationale. Cette nouvelle crise qui s’ouvre pour le PS est loin d’être une crise pour ceux qui souhaitent se débarrasser de la politique pro-patronale que mène Sarkozy. C’est en revanche une crise pour ceux qui souhaitent se défaire de Sarkozy tout en gardant sa politique. C’était le projet de DSK. En témoigne d’ailleurs le vibrant hommage que lui a rendu Laurence Parisot, la patronne du MEDEF. Le scandale berlusconien de DSK pourrait favoriser le renforcement d’un des camps bourgeois à moins que les travailleurs ne réussissent dès aujourd’hui, sans attendre 2012, à se mettre en ordre de bataille pour commencer à faire entendre leur voix, sur les salaires, l’emploi et les droits des secteurs les plus exposés des classes populaires, à commencer par les précaires et les travailleurs immigrés. C’est pour cela qu’il est nécessaire de renforcer une opposition de classe, radicalement alternative à la gauche bourgeoise et à ses alliés mélenchonistes, vociférants mais capables de toutes les compromissions. C’est en ce sens que le NPA ne peut pas apparaître comme une variante gauchie de ce même Front de Gauche et encore moins se refonder pour mieux pouvoir s’y diluer. Nous sommes persuadés qu’il est non seulement nécessaire mais possible que le parti n’apparaisse pas comme une variante supplémentaire de l’offre politique française mais comme un parti de luttes des classes, révolutionnaire, radicalement alternatif à ce système. C’est à cette perspective que travaille le CCR-P4.

Par Jean-Patrick Clech,


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[1] On pensera à l’affaire de la MNEF (l’argent de la sécu des étudiants), à l’imbroglio politico-financier ELF (aujourd’hui Total, fleuron des multinationales françaises) et à l’affaire dite de la « cassette Méry » (HLM de la ville de Paris et financement occulte du RPR).

[2] Cambadélis, qui change de courant interne dans le PS aussi régulièrement que DSK s’achetait un costume à 30.000 dollars, c’est-à-dire souvent, est lui aussi un habitué des salles d’audience. Question complot, il en connaît un rayon. Avant d’être porte-flingue du patron du FMI, il a été condamné lui aussi dans le cadre de l’affaire de la MNEF et dans le cadre de l’affaire Agos, une sombre histoire de recel d’abus de biens sociaux. Cambadélis a tout simplement bénéficié d’un emploi fictif dans le cadre de cette société de gestion des foyers de travailleurs immigrés. Le summum du bon goût donc : voler l’argent des jeunes puis celui des travailleurs immigrés. Un véritable « homme de gauche » que ce Camba, à l’image de son ami DSK.

[3] Voir « La permanence de la crise sociale de cet automne sur la scène politique française », 05/05/11, www.ccr4.org »

[4] C’est notamment le cas du site « d’informations » atlantico.fr qui essaie de tirer tout le parti possible de l’affaire DSK, notamment en raison de la plainte pour viol contre DSK que pourrait déposer une de ses « journalistes » pour des faits remontant à 2002. On peut ainsi suivre aux côtés de l’affaire DSK, tout un dossier sur la sécheresse en France (atlantico.fr est contre), les prestations sociales sous conditions (atlantico.fr y est favorable, bien entendu, comme Wauquiez), airbus disculpé dans l’affaire du vol Rio-Paris (atlantico.fr est pour là aussi, patriotisme économique oblige), la grossesse de Carla (inutile de préciser la position d’atlantico.fr) ou encore les résultats de la France à l’Eurovision hélas arrivée quinzième en dépit de l’excellente prestation de notre jeune talent national, Amaury Vassili.

[5] Voir « Jean-Luc Mélenchon. Un second tour simplifié », Libération, 17/05/11

[6] « The IMF needs another European head », The Financial Times, 15/05/11. ».

[7] Id.

[8] DSK lui-même n’était pas peu fier de ce qu’il prenait pour un compliment, cette comparaison avec Metternich, diplomate autrichien, grand artisan de l’équilibre réactionnaire européen ayant présidé à la période postnapoléonienne de la Restauration. L’expression est de Simon Johnson, ancien économiste au FMI, repris dans un autre article du Financial Times du 15/05/11 (« Crisis threatens European rola at IMF ») qui défend également la nécessité de placer un candidat européen à la tête de l’institution face aux velléités des pays dits « émergents » (voir suite de l’article).


De : Courant Communiste Revolutionnaire
samedi 21 mai 2011

sur BELLACIAO

Posté par Jocegaly à 21:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Emmanuelli appelle Aubry : mais c’est quel pacte ?

200px-Emmanuelli.jpgLes militants ont la parole ...

 

Militant socialiste, j’ai de plus en plus de mal à suivre le jeu des alliances au sein du Parti Socialiste ! Pas vous ? Le mode d’emploi me paraît de plus en plus obscur ! Essayons de comprendre, attention il faut suivre …

 

Acte 1
La scène se situe lors du Congrès de Reims en 2008, Martine Aubry s’allie avec Laurent Fabius pour écarter la candidature de Ségolène Royal considérée comme trop réformatrice. C’est le mariage « de la carpe et du lapin », qui unit les « oui » et les « non » à la constitution européenne. Pas facile ensuite de débattre sur le fond pour fixer une ligne politique claire, rôle que devrait en principe se donner un Congrès s’il se voulait vraiment utile. Quelle sera la politique européenne du PS ? Il est préférable de ne pas trop aborder cette question comme d’autres thèmes d’ailleurs … Le Congrès de Reims est une catastrophe. Quant à l’élection qui suivit pour élire la première secrétaire, il est préférable d’oublier !

 

Acte 2
Laurent Fabius, qui ne sait pas tenir sa langue lorsqu’il est en scène, dévoile l’existence du pacte de Marrakech entre Martine Aubry et Dominique Strauss Kahn, auquel il tient à se rajouter pour en faire un pacte à trois, en espérant ne pas se faire oublier. Ce pacte devait préparer la prochaine élection présidentielle de 2012. Tout s’éclaire sur la stratégie du Congrès. Après tout c’est une alliance plus claire que la précédente, puisqu’elle unit en somme ce qu’on peut appeler les « jospiniens » sur une ligne social-démocrate. Aubry tiendra le PS jusqu’en 2012 et DSK se préparera pour la présidentielle… Mais quid de cet accord depuis l’affaire DSK !

 

Acte 3
L’aile dite « gauche » du Parti, sans bien être clair sur le terme, avec pour acteurs principaux Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, appelle à la candidature de Martine Aubry pour la présidentielle. Ca se complique vraiment ! Sur quelle ligne politique défendent-ils cette candidature ? Visiblement pas celle de Marrakech. Il y aurait donc un autre pacte, le pacte secret, ou «plan B» ! Ce pacte serait sur une ligne plus « gauche - gauche », en tout cas dans les termes, avec pour but de faire échouer le premier pacte (celui de Marrakech pour ceux qui ne suivent plus !). Mais Martine Aubry restant toutefois attachée à ses premiers amours, le pacte secret semblait donc voué à l’échec. Benoît Hamon menaçait de présenter sa candidature aux Primaires ! Mais rebondissement avec l’affaire DSK, le pacte de Marrakech est mort et le pacte secret est relancé. Hamon et Emmanuelli appellent, à grands cris, Martine, à déclarer sa candidature.

 

On résume cette triple alliance : Martine Aubry d’abord soutenue par les Non à la constitution européenne soutient le Oui. Elle s’accorde avec Dominique Strauss Kahn sur une ligne social-démocrate tout en s’appuyant pour diriger le parti sur l’aile gauche opposée à la ligne social-démocrate qui réclame sa candidature pour faire tomber Dominique Strauss Kahn l'allié de Martine Aubry ! C’est clair ?

 

Henri Emmanuelli qui a été particulièrement odieux pour les militants soutenant Ségolène Royal, par ses propos de dénigrement, devrait sérieusement méditer sur l’engagement politique. Autant ces petits jeux d’alliances au sein d’un Parti peuvent amuser et sans nul doute beaucoup occuper certains, autant pour gagner une élection présidentielle il faut prendre un peu plus de hauteur. S’engager sur des idées, convaincre pour faire progresser la société c’est tout de même d’une autre portée qu’une balle de trop dans un fusil de chasse !

Philippe Allard MEAG

Posté par Jocegaly à 20:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Ségolène Royal enterre DSK !

La mort politique de Dominique Strauss-Kahn pourrait bien redonner du poil de la bête aux éléphants socialistes.

Sélectionné et édité par Daphnée Leportois dansd le N.OBS

 

Elle avait été une des premières à s’exprimer dimanche dernier sur l’affaire DSK avec un ton très compassionnel, qui m’avait tiré quelques larmes. "DSK a droit comme tout citoyen à la présomption d'innocence tant que les faits ne sont pas prouvés. Ma pensée en cet instant va à sa famille, à ses proches et aussi à l'homme qui traverse cette épreuve…"

 

Aujourd’hui, chassez le naturel, elle change radicalement de musique… Alors qu’elle était ce matin sur RMC/BFM TV et que Bourdin l’invitait à réagir aux images de la libération sous caution de DSK hier, voici ce qu’elle a répondu, agacée : "Je pense surtout qu'il faudrait maintenant passer à autre chose. On ne va pas occulter toute la vie politique française, les problèmes qui se posent à la France et les difficultés que vivent les Français, en vivant ce feuilleton de la justice américaine jour après jour sur la totalité de l'information. Je crois que, maintenant, les choses sont dites [...], qu'on laisse tranquilles les protagonistes de cette affaire et que la vérité maintenant soit attendue avec sérénité…"

 

Paf ! Ah c’est comme cela qu’on l’aime notre Ségo ! En quelques mots, elle vient d’enterrer DSK et de dire ce que tous les socialistes pensent tout bas : Dominique, c’est terminé et il faut passer à autre chose. Quelques secondes plus tard, elle parlera de la victime présumée, qu’elle avait oubliée dimanche, comme de nombreux responsables socialistes. Tiens, le vent tourne, on dirait...

 

On a également eu droit à une tirade ségolienne, style proche des gens, sauce 2007 : "J'étais hier en réunion avec les éleveurs qui souffrent terriblement, certains sont en train de mourir économiquement. [...] Pas un seul paysan hier ne m'a parlé de cette affaire." Pour Ségolène la parenthèse est donc fermée et il faut reprendre le combat. Que l'ours DSK rentre dans sa caverne !

 

Ségolène Royal

 

Vous ne me croyez pas, vous pensiez que Ségo était rentrée dans le club des loosers de la présidentielle avec Lang, Fabius et Delanoë ? Alors réécoutez simplement l’entretien de ce matin. Vous comprendrez que l’affaire DSK n’a fait que la rebooster plus et qu’elle est désormais prête à se battre jusqu’au bout…

 

Exemple avec cette pique adressée à Hollande, son ancien chéri. Quand Bourdin lui demande si au PS ce n’est pas un peu "tout sauf Hollande", elle répond qu’il ne faut pas se faire passer pour une victime. François si tu nous écoutes… Ça promet !

 

On se passionne déjà pour cette primaire socialiste garantie 100% sans DSK, malheureusement retenu en Amérique pour jouer dans la série événement du moment "very bad trique"… Les couteaux sont tirés, c’est parti pour le show !

 

À Dieu mes gueux.

 

Auteur parrainé par Benoît Raphaël

Posté par Jocegaly à 17:04 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

E. Joly: Comment en finir avec l’oligarchie...

Comment en finir avec l’oligarchie, dialogue entre Eva Joly et Hervé Kempf

Par Agnès Rousseaux (18 mai 2011) CASTAMAG

Eva Joly, candidate aux primaires écologistes, et Hervé Kempf, journaliste et essayiste, dressent le même constat : une oligarchie gouverne la France et l’Europe. De « la bande du Fouquet’s » aux banquiers, des dirigeants des grands médias au lobby nucléaire, ils servent d’abord leurs intérêts particuliers. Comment en finir avec cette domination ? Faut-il d’abord nationaliser les banques ou instaurer un tribunal pénal pour les crimes écologiques ? Faut-il instaurer un revenu maximal, ouvrir davantage les grandes écoles ? Réponses.

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Basta : Qu’est-ce que l’oligarchie ? Qui fait partie de cette oligarchie que vous dénoncez ?

Hervé Kempf : L’oligarchie, d’un point de vue sociologique, c’est l’actuelle classe dirigeante, qui mêle pouvoir économique, pouvoir politique, hauts fonctionnaires, dirigeants de grands médias. L’autre façon d’envisager l’oligarchie, c’est comme un système de gouvernement dans lequel un petit nombre de personnes va imposer ses décisions à l’ensemble de la société. Il y a une confusion des intérêts et un va-et-vient permanent des personnes entre les différents cercles. Cette situation n’est pas spécifiquement française.

Eva Joly : Ce qui caractérise l’oligarchie française, c’est cette porosité entre les secteurs de la banque, de la politique, de l’industrie, des médias. Les membres de l’oligarchie sont cooptés. C’est un milieu difficile d’accès, plus fermé en France qu’en Allemagne ou dans les pays scandinaves. Ici, le recrutement de l’oligarchie est beaucoup assuré par les grandes écoles. En Allemagne, comme dans les pays scandinaves, vous pouvez diriger une entreprise en ayant commencé au bas de l’échelle.

Hervé Kempf : Aux Etats-Unis, on est plus proche du modèle français. Le nouveau directeur de cabinet de Barack Obama, William H. Daley, vient de l’une des plus grandes banques, J. P. Morgan. Idem en Europe : le futur dirigeant de la Banque centrale européenne (BCE) sera sans doute l’italien Mario Draghi, qui a travaillé pour Goldman Sachs. La BCE devrait être indépendante des grands opérateurs financiers qui nous ont conduit à la crise financière de 2008, et en particulier de ceux comme Goldman Sachs qui ont eu une attitude absolument inacceptable, aboutissant par exemple à la crise de la Grèce. Et il est probable que cet homme devienne directeur de la BCE !

Eva Joly : Ce sont très souvent les grandes banques comme Goldman Sachs qui fournissent les cadres de l’administration, les cadres de la Réserve fédérale aux Etats-Unis, que ce soit sous Bush ou sous Obama. C’est le même recrutement, voilà pourquoi cela ne change pas. Qu’est-il arrivé à ceux qui étaient responsables de la crise financière de 2008 ? AIG, la compagnie d’assurance américaine, a été renflouée par le contribuable américain à hauteur de 180 milliards de dollars. Un de ses dirigeants, Joseph Cassano, considéré comme un « génie » de la finance, a inventé le « credit default swaps » (CDS), une garantie contre la défaillance d’un débiteur. Quand les gens sont venus demander des comptes après septembre 2008, ils ont découvert qu’il n’y avait pas de provisions : ce n’était pas véritablement un contrat d’assurance mais un produit financier. Et 46 % de ces CDS étaient des bonus distribués à ceux qui les avaient conçus. A ma connaissance, il n’y a pas eu de poursuites pour escroquerie. Et lorsque les contribuables américains ont décidé de renflouer les banques, dont AIG, ils ont aussi renfloué les produits spéculatifs.

« Fixer un revenu maximal à 40 fois le revenu médian, soit 500.000 euros  » (Eva Joly)

Cette situation d’impunité de l’oligarchie est-elle nouvelle ? Pourquoi la puissance publique ne reprend-elle pas le contrôle ?

Hervé Kempf : Il y a eu d’autres périodes où régnait l’oligarchie. La particularité de la situation actuelle, c’est que cette oligarchie n’a pour but essentiel que de maintenir son système de privilèges complètement démesurés. On a évité de justesse le passage de la crise financière à une crise économique, qui aurait été catastrophique, grâce à l’intervention de la puissance publique, grâce au soutien de l’épargne publique. On aurait dû remettre en cause tout le système qui avait conduit à cette situation. Et deux ans après, tout se remet en place. On retrouve à nouveau des bonus extravagants. Les patrons des grandes entreprises américaines gagnent plus qu’en 2007 ! 9,6 millions de dollars en moyenne pour les dirigeants des 200 plus grandes entreprises. Cette oligarchie ne prétend pas gouverner mieux que les autres : elle a pour objectif de maintenir une répartition des richesses absolument injuste, et dont le moteur est la destruction de l’environnement.

Eva Joly : En France, Baudouin Prot, directeur général de PNB Paribas, vient d’annoncer une rémunération fixe de près d’un million d’euros, et plus 5 millions de bonus. C’est un scandale ! L’Union européenne a voulu réguler le montant de cette « rémunération variable », qui est à l’origine de la crise financière, car les banquiers ont pris des risques insensés pour toucher ces bonus. Une directive européenne a été votée : les bonus doivent être « en équilibre » avec la rémunération fixe. La France a décidé de ne pas respecter cette directive. Dans sa transcription, ils ont oublié le mot « équilibre » ! Ce n’est pas un hasard. C’est une décision de Christine Lagarde, sans doute sur instruction directe de Sarkozy. Les dirigeants des banques l’ont convaincu d’agir ainsi, sous prétexte de garder en France les meilleurs traders et dirigeants de banques. C’est inadmissible. Rien ne justifie qu’un être humain touche 6 millions d’euros de revenus annuels.

En plus ces banques sont responsables du fait que les pays occidentaux ont tous augmenté leur endettement d’environ 20 points de PIB. Tant que nous n’avons pas rattrapé ces 20 points, nous ne devrions distribuer aucun dividende ou bonus ! Et j’affirme que les comptes de ces banques sont faux. Car les banques françaises sont exposées à hauteur de 200 milliards d’euros dans les pays en difficulté : Grèce, Espagne, Portugal, Irlande. Si la Grèce fait défaut, ces banques vont perdre une partie de leurs actifs. Les banques françaises sont, par exemple, exposées à hauteur de 60 milliards d’euros en Grèce. Or la Grèce va sans doute rééchelonner une partie de son endettement, ce qui aura un impact sur la valeur des titres. Est-ce que cet impact a été provisionné dans les comptes des banques françaises ? Probablement pas. Ces banques n’auraient donc jamais dû distribuer de dividendes ou payer de bonus.

« Réglementer l’usage que les banques peuvent faire de l’épargne » (Eva Joly)

Hervé Kempf : D’autant que la BNP continue ses activités dans les paradis fiscaux et organise la fraude fiscale. J’ai deux questions, Eva Joly : êtes-vous en faveur du revenu maximal admissible ? Est-ce que vous pensez qu’il faut nationaliser certaines banques ?

Eva Joly : Je suis en faveur du revenu maximal. Dans notre programme pour les élections européennes, on a fixé ce revenu à 40 fois le revenu médian. Soit 500.000 euros de revenu par an, ce qui est déjà énorme. Au-delà de ce montant, une fiscalité très forte. C’est une mesure de justice sociale fondamentale. Qui peut croire que les décisions prises par un directeur de banque justifient un tel accaparement de la richesse nationale ? Qu’est-ce qui distingue au fond un directeur de banque d’un expert-comptable, d’un commissaire aux comptes ? Il y a des centaines de milliers de personnes qui peuvent remplir cette fonction à la tête d’une banque.

Sur la nationalisation des banques, c’est plus compliqué. Nous aurions pu nationaliser la BNP en 2008, plutôt que lui prêter de l’argent. Aujourd’hui nationaliser les banques comporte un coût, et les finances publiques ne le supporteraient pas. Cependant, nous pouvons règlementer l’usage que les banques peuvent faire de l’épargne. Et l’épargne française représente 5.000 milliards d’euros, gérés par les banques. C’est la matière première des banques. Sans cette épargne, elles ne sont rien. Le résultat ne sera pas aussi fort qu’une nationalisation, mais sera très positif pour l’économie réelle.

Comment expliquez-vous que toute notion d’« intérêt général » ait disparu ?

Eva Joly : La perte du sens du « bien public » n’est pas récente. Dans l’enquête que j’ai faite sur Elf, j’ai vu un décalage entre certains hauts fonctionnaires qui pensaient réellement servir « l’intérêt énergétique » français, et les génération ultérieures, qui avaient clairement pour objectif de s’enrichir. Dans un procès-verbal du dossier, une des personnes mises en examen décrit une fête, organisée lorsque Loïc Le Floch Prigent est nommé à la tête d’Elf. Les participants voyaient Elf comme une source d’enrichissement personnel. Ce n’est pas une exception. Cela est possible parce que la seule valeur commune partagée aujourd’hui, c’est la fascination envers l’argent. C’est le moteur.

Hervé Kempf : Il faut replacer cette évolution dans l’histoire. Il y a une « poussée oligarchique » au début du 20e siècle, avec un capitalisme fou, qui a conduit à l’horreur de la guerre de 1914-18. Puis les années 1920 ont connu une période d’expansion, avec un désir d’enrichissement effréné et à nouveau une dérive oligarchique. Cela a conduit à la crise de 1929. A partir du New Deal et Roosevelt dans les années 1930, on observe un retour d’une politique fondée sur la recherche de l’intérêt général, et qui s’est généralisé dans les pays occidentaux après la IIe guerre mondiale. C’est par exemple en France la période de la mise en œuvre de la Sécurité sociale et des propositions du Conseil national de la Résistance. Jusqu’aux années 1970, la vie démocratique est intense. Jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan qui marque à partir des années 1980 la remontée de la pensée néo-capitaliste. Sans frein, sans opposition, le capitalisme est devenu fou. Et l’on se retrouve dans une situation structurellement inégalitaire, fondé sur un système de valeurs individualistes, privilégiant la recherche de l’enrichissement matériel et la marchandisation généralisée.

« Reprendre le pouvoir sur les banques, redonner de la liberté aux médias » (Hervé Kempf)

Les institutions françaises de la Ve République favorisent-t-elle la mise en place de ce système oligarchique ? Faut-il changer les institutions pour lutter contre l’oligarchie ?

Hervé Kempf : Les institutions de la Ve République seraient encore pertinentes si les mécanismes n’étaient pas biaisés, pervertis. Plutôt que de créer de nouveaux mécanismes institutionnels, il faudrait déjà appliquer ceux qui existent. Comme les commissions de déontologie, chargées de contrôler qu’une personne travaillant dans un cabinet ministériel ou à la tête d’une administration ne parte pas diriger une banque… Cependant, j’ai fini par me convaincre qu’il y a un tel désordre, une telle dislocation de notre société, qu’une Constituante pourrait manifester le renouveau nécessaire.

Eva Joly : Le régime présidentiel à la française ne fonctionne pas. Il n’y pas de réel contre-pouvoir à celui du président, comme une procédure d’impeachment à l’exemple des Etats-Unis. L’article 20 de notre Constitution précise que c’est le gouvernement qui conduit la politique de la Nation… Ce serait bien de l’appliquer ! La personnalisation est trop forte. Les citoyens n’ont pas de prise sur le jeu démocratique. Je suis favorable à une VIe République.

Hervé Kempf : Mais il ne faut pas trop se focaliser sur l’appareillage politique. L’oligarchie est un système dans lequel le politique n’est pas le pouvoir essentiel. Il faut mettre l’accent sur le pouvoir économique, par exemple avec la nationalisation des banques. Comment pouvons-nous reprendre le pouvoir collectivement sur les banques, au niveau européen ? Comment redonner de la liberté aux médias, qui sont un enjeu essentiel de la délibération démocratique, aujourd’hui contrôlés par des grands pouvoirs capitalistes ? Même si on croit beaucoup à internet, il y a toujours TF1 et de grands journaux qui ont un poids énormes. Et des Français qui passent 3h30 par jour devant la télé.

Eva Joly : Ce sont des appareils de pouvoir, de manipulation de l’opinion, d’occultation des vrais débats. En France, les propriétaires des médias sont des banquiers et des industriels, notamment du secteur de l’armement. En Islande, le plus grand journal a comme rédacteur en chef l’ancien gouverneur de la banque centrale, ancien président du parti des libéraux et ancien maire de Reykjavik. Résultat : au cœur de la crise, il n’y a plus de médias indépendants. Seuls les blogueurs permettent encore une expression démocratique dans le pays. Et l’Islande a privatisé les banques, au profit des amis de cet oligarque.

«  Ouvrir davantage les universités et grandes écoles aux personnes des territoires les plus défavorisés » (Eva Joly)

Face à cette situation, comment peut-on renouveler les classes dirigeantes ? Faut-il souhaiter, comme Jean-Luc Mélenchon, « qu’ils s’en aillent tous » ? Ou comme le suggère Emmanuel Todd tenter de « les ramener à la raison » ?

Eva Joly : Tout le système scolaire est orienté vers la reproduction de nos élites. Le petit pourcentage de personnes d’origine modeste qui y parvienne ne sert que d’alibi. Il n’a pas augmenté en 30 ans. Il y a un enjeu immédiat : ouvrir davantage les universités et grandes écoles aux personnes des territoires les plus défavorisés, aux jeunes des banlieues. Et ne pas lésiner sur les moyens pour réaliser cette mixité sociale. A terme, il faut aussi supprimer les grandes écoles. L’école doit jouer un rôle. Elle peut assurer le renouveau des élites : dans une génération de 800.000 jeunes, il est absurde de croire que seulement 800 sont dignes de diriger le pays.

Hervé Kempf : Il faut aussi enrayer le mouvement de privatisation de l’éducation, des université et des grandes écoles. Car la démocratie repose sur des citoyens formés, instruits. J’ai le sentiment que beaucoup de jeunes de la génération des 20-25 ans veulent mettre leurs talents, leur énergie, leur créativité au service de la société. Il faut aussi une alliance politique pour porter cela. Le pouvoir de l’oligarchie est tellement fort que ceux qui portent le vrai désir des citoyens, dont la parole est aujourd’hui peu audible, doivent chercher l’alliance. Soyez rivaux quand c’est le moment de la rivalité, mais n’oubliez pas que cette compétition politique doit aboutir à une convergence des efforts pour nous faire sortir de l’oligarchie. Il y a des alliances à trouver avec le Parti de gauche, avec la gauche du PS, ceux qui sont les plus sensibles aux thèmes dont nous débattons aujourd’hui.

Les membres de l’oligarchie sont-ils capables de prendre la mesure de la crise écologique et des nécessaires mutations culturelles ? Sont-ils aveugles à la nécessité d’une transition écologique, qui va à l’encontre de leurs modes de vie ?

Hervé Kempf : Je ne pense pas que le système oligarchique puisse évoluer de l’intérieur. Cette classe dirigeante est bornée. On pouvait avoir un vague espoir avant l’hiver 2008-2009. Mais depuis la crise financière, ils sont revenus aux mêmes places, s’enrichissent de la même manière et continuent cette politique folle de marchandisation généralisée, de privatisation, de recherche de la croissance. Il y a énormément de conflits d’intérêts sur les questions écologiques : sur les OGM, le nucléaire et les politiques énergétiques, les produits chimiques... Ce sont les mêmes logiques que celles décrites pour le système financier. Pour maintenir son système, l’oligarchie pousse à une croissance économique qui détruit l’environnement. La croissance permet de maintenir à peu près tout le monde à flot, éventuellement d’augmenter un petit peu le niveau de vie des gens, qui finissent par accepter cette inégalité profonde, même s’ils en sont de plus en plus conscients. La remise en cause de la croissance économique n’est pas possible par l’oligarchie.

Eva Joly : Je crois beaucoup aux réformes qui viennent du bas vers le haut. C’est parce que l’opinion commence à comprendre les enjeux du nucléaire que nous allons sortir du nucléaire. Pareil pour les paradis fiscaux. Sur la question du nucléaire, la résistance va être très importante. Car le nucléaire n’est pas seulement anti-démocratique et anti-écologique : il est piloté par une « oligarchie nucléaire », issue des mêmes écoles, avec la même façon de penser. Une oligarchie technocratique. C’est un combat que je vais mener, car c’est sans doute le plus important dans les mois à venir.

« Un tribunal pénal international chargé de juger les catastrophes écologiques » (Eva Joly)

On parle de « délinquance » financière, de « crimes » écologiques de grandes entreprises. Est-on encore ici dans le débat politique ? Les comportements de cette oligarchie ne relèvent-t-ils pas du droit, de la justice ?

Eva Joly : Tepco, qui exploite les centrales de Fukushima, avait obtenu la prolongation de l’exploitation des réacteurs, sans investissement supplémentaire. Cette entreprise demande aujourd’hui 9 milliards aux contribuables japonais. Les dirigeants de Tepco n’ont-ils pas mis les habitants du Japon et des pays voisins en danger ? Une centrale vaut 4 ou 5 milliards, ils ont préféré les premiers jours après l’accident tenter de sauver la centrale. N’est-ce pas une « mise en danger d’autrui », telle que définie par notre code pénal ? Dans le golfe du Mexique, on a découvert que BP a fait des économies sur le béton utilisé. Alors que la marée noire a tant coûté à l’environnement ! Il faut un tribunal pénal international chargé de juger les catastrophes écologiques. C’est un projet à 20 ans, mais il faut commencer les négociations dès maintenant.

Un rapport de l’Onu, sorti en 2010, évalue le coût des catastrophes naturelles causées par des multinationales à 1500 milliards de dollars. C’est probablement plus que ce que les multinationales paient en impôts. Ce sont les contribuables du monde qui paient pour les catastrophes écologiques. Même en terme financier, ce n’est pas rentable ! Les dégâts sur l’environnement sont tels que cela va impacter le niveau des retraites aux États-Unis. Mais l’oligarchie s’en fiche. C’est un pillage de la nature, un pillage des caisses publiques au profit des caisses privées. Les multinationales exploitent par exemple des mines d’Afrique, détruisent le cadre de vie des habitants, offrent des boulots d’esclavage, laissent des tonnes d’arsenic ou de cyanure. Puis elles partent. Et utilisent le système des paradis fiscaux et les niches fiscales que notre gouvernement a gracieusement créées. Le groupe Total fait 10 ou 12 milliards de bénéfices et paie zéro euro d’impôt !

Hervé Kempf : Je suis assez sceptique sur les tribunaux écologiques. On ne peut pas attendre 20 ans. La catastrophe écologique, on y est déjà, même si je n’aime pas ce terme car je ne suis pas catastrophiste. Qui voulez-vous condamner ? Tepco, d’accord. Et BP pour la marée noire. Mais pour les sécheresses en Chine et en Europe ? Les inondations aux États-Unis ? Qui est responsable ? Il faut mener en priorité les batailles que l’on a citées : sur la régulation financière, les banques, le respect des règles environnementales et nucléaires.

Eva Joly : C’est une course de vitesse. Il faut plusieurs mécanismes. Je vais rencontrer Luis Moreno-Ocampo, Procureur de la Cour pénale internationale. Nous voulons voir s’il existe un moyen pour que les « méga-catastrophes » écologiques puissent être assimilées à des crimes contre l’Humanité. Et en France, il faut assurer l’indépendance de la justice. Nous avons un parquet qui passe son temps à essayer d’éteindre les incendies et faire en sorte que des affaires ne sortent pas. Si je suis associée au pouvoir, je donnerai, par une réforme constitutionnelle, l’indépendance au parquet en France.

« L’oligarchie en France, ce n’est pas seulement M. Sarkozy et sa bande. C’est aussi une large part du Parti socialiste » (Hervé Kempf)

L’image symbolique de ce système oligarchique est sans doute celle de la « bande du Fouquet’s », réunie par Nicolas Sarkozy au soir de son élection. En cas de victoire de la gauche en 2012, ce système sera-t-il remis en cause ? Ou les intérêts centraux de l’oligarchie seront-ils selon vous entièrement préservés ?

Eva Joly : Aujourd’hui l’oligarchie a directement le pouvoir, Nicolas Sarkozy est leur représentant. C’est ouvert, assumé, sans vergogne : on sert les copains. Nous pouvons avoir un gouvernement qui mette l’intérêt général au centre de son action. C’est un travail de longue haleine. Mais il faut commencer la révolution écologique : adapter l’appareil industriel à la conversion écologique, abandonner les projets pharaoniques, les constructions de nouveaux aéroports, de nouvelles autoroutes. On peut le faire tout de suite. Ce serait déjà énorme. On peut commencer la sortie du nucléaire : abandon de la construction de l’EPR, fermeture des centrales les plus anciennes, grand programme d’économie d’énergie, montée en puissance des énergies renouvelables. Imposer ces réformes sera un combat, car l’oligarchie sera toujours là. Le lobby du nucléaire, de l’armement sont extraordinairement forts. Et l’écologie n’est pas consensuelle.

Hervé Kempf : Vous ne répondez pas à la question ! En tant que candidate, vous devez sans doute ménager le parti socialiste… Mais l’oligarchie en France, ce n’est pas seulement M. Sarkozy et sa bande. C’est aussi une large part du Parti socialiste. Les tenants de la social-démocratie européenne ont depuis 20 ans baissé les bras devant le capitalisme, dans leur système de valeur comme dans leurs trajectoires professionnelles. Dominique Strauss-Kahn, représentant le plus éminent de ce courant, est tombé. Mais le PS n’a pas viré sa cuti. Ce sont d’éminents socialistes qui mènent le projet fou de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, poussé par Jean-Marc Ayrault. Les projets d’autoroutes sont très souvent soutenus par des socialistes, avec en plus des logiques de privatisation par le biais des partenariats public-privé. On a là un vrai problème politique !

Eva Joly : D’où l’importance que le candidat de l’écologique politique fasse un bon score.

Hervé Kempf : Sans doute. A condition qu’il ait les idées claires. Mais c’est une autre question ! En Allemagne, l’enlisement de la social-démocratie dans la compromission avec le néo-capitalisme a conduit à une déception totale des gens. Si on veut éviter le recours populiste, qui est stimulé de manière évidente par l’oligarchie, on doit avoir recours à une réelle alternative. Et les écologistes peuvent être cette alternative.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

A voir en vidéo :

- Pourquoi la puissance publique ne reprend-elle pas le contrôle ?

- Pour sortir de l’oligarchie, faut-il une VIe République ?

- Faut-il créer un tribunal pénal international pour les crimes écologiques ?

À lire : Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Éditions du Seuil, 14 euros. Le site d’Hervé Kempf : www.reporterre.net

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Les fouines passent à l'action

 

Le Point.fr - Publié le 20/05/2011 à 20:43 - Modifié le 20/05/2011 à 23:18

Avocats américains et détectives travaillent en étroite collaboration. Dans l'affaire DSK, les voilà déjà à l'oeuvre. Pour le meilleur et pour le pire.

Les fouines passent à l'action

© Richard Drew / AFP

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On les imagine coiffés d'un feutre, en imperméable, la cigarette au bec échangeant des infos avec un indic devant un Johnny Walker. Richard "Bo" Dietl n'est pas exactement Humphrey Bogart. Mais cet ex-policier barbu, un peu rond et très exubérant, est un privé célèbre qui a fondé à New York l'agence Beau Dietl & Associates. Dans le système américain, les avocats travaillent en étroite liaison avec des détectives. Et les avocats de DSK ont déjà dû embaucher une agence pour aller fouiller dans le passé de Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui accuse DSK de viol.

Le procureur l'a présentée comme une mère qui élève seule une adolescente et travaille dur dans un hôtel depuis trois ans. La défense va essayer de démolir cette bio modèle. Par tous les moyens. Cela veut dire plusieurs détectives sur le terrain qui vont interroger tous les gens qui la connaissent, ses voisins, ses collègues de travail, sa famille - y compris en Guinée, d'où elle est originaire, si c'est nécessaire. "Ils vont tout faire pour essayer de saper les arguments du procureur, chercher tout type de renseignements, si elle a dans le passé inventé des choses, si elle a menti, commis une infraction... Les détectives ont des contacts partout, avec les gens de la sécurité des hôtels, des immeubles...", explique Bo Dietl.

Course contre la montre

Et s'ils ne trouvent rien qui puisse ternir la réputation de la victime présumée ? Bo Dietl éclate de rire : "Ils trouveront quelque chose", assure-t-il. "Que ce soit vrai ou faux. Si je fais une enquête sur vous, je vais aller interroger l'un de vos anciens petits amis qui va raconter devant les jurés que vous le tabassiez lorsque vous faisiez l'amour. C'est faux, mais il a témoigné." Et cela risque d'avoir un impact sur les jurés.

Tout cela revient cher. Il faut compter entre 175 et 250 dollars de l'heure pour chaque détective. Mais le jeu en vaut la chandelle, comme l'explique un avocat new-yorkais qui préfère rester anonyme. "C'est une course contre la montre. Il faut rassembler autant d'infos que possible sur la victime présumée, soulever toutes les pierres pour avoir un profil complet de cette femme. Quand on a une idée de qui elle est vraiment, on décide alors si on va au procès ou pas." DSK sera entendu le 6 juin par la justice américaine. À cette audition, l'accusé devra plaider coupable ou non coupable. S'il opte pour le second choix, un procès sera mis en route.

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Les anglo-saxons écoeurés par ces intellectuels qui défendent DSK

Le Nouvel Obs

 

21/05/11 à 14:14

 

De BHL à Robert Badinter, les observateurs étrangers raillent les intellectuels français qui dépassent selon eux les bornes.

Bernard Henri-Lévy s'est fendu d'un plaidoyer pour son ami DSK qui a fait bondir les éditorialistes anglais. (AFP) Bernard Henri-Lévy s'est fendu d'un plaidoyer pour son ami DSK qui a fait bondir les éditorialistes anglais. (AFP)

"Hypocrisie", "nausée", "ridicule"…. Les éditorialistes et les commentateurs de la presse anglo-saxonne n'ont pas de mots assez forts pour dire leur stupeur face à l'attitude des intellectuels français qui soutiennent Dominique Strauss-Kahn.

Leurs foudres s'abattent surtout sur Bernard-Henri Lévy, auteur d'un plaidoyer pour DSK traduit en anglais dans le Daily Beast. "Je ne sais pas ce qui s’est réellement passé (...) dans la chambre du désormais fameux hôtel Sofitel de New-York", écrit le philosophe français.

"En revanche, il serait bon que l’on puisse le savoir sans tarder – comment une femme de chambre aurait pu s’introduire seule, contrairement aux usages qui, dans la plupart des grands hôtels new-yorkais, prévoient des brigades de ménage composées de deux personnes, dans la chambre d’un des personnages les plus surveillés de la planète", ajoute-t-il.

Et d'affirmer qu'il sait qui est vraiment son ami Dominique Strauss-Kahn, "séducteur", "charmeur", mais certainement pas "l'homme des cavernes que l'on nous décrit désormais un peu partout".  Bernard-Henri Lévy met enfin en cause le système judiciaire américain, et le traitement infligé à l'ex-patron du FMI lors de son incarcération.

"Mauvaise foi"

"Si un écrivain ne sait pas, la meilleure chose qu'il ou elle peut faire est de se taire et d'attendre une audience judiciaire pour entendre les faits", raille Nick Cohen, éditorialiste à l'hebdomadaire britannique The Observer. Et de s'insurger contre "l'hypocrisie" et la "mauvaise foi" de BHL.

Malgré "sa déclaration d'ignorance", "Lévy laisse fortement entendre que la femme [la victime présumée, ndlr] ment", relève ainsi le journaliste. Et de se moquer de l'argument déployé par l'intellectuel français : sa "vaste expérience" des grands hôtels.

"Sa sympathie va à son ami (…) et à la femme de son ami", mais "Lévy n'a pas de larmes pour la victime présumée, une pauvre immigrée venue d'Afrique, qui a eu besoin d'un traitement hospitalier après l'agression présumée selon la presse", dénonce enfin Nick Cohen.

"Irrationalité"

L'actrice américaine Amy Davidson fustige elle l'"irrationnalité" de Bernard-Henri Lévy en matière de droit américain dans le New Yorker. Lévy "est supposé être très éduqué, mais il se trompe complètement sur le système judiciaire américain, en laissant entendre qu'il n'y a pas de présomption d'innocence", écrit-elle.

"(...) les défenseurs de Strauss-Kahn, dont l'éminent Bernard-Henri Levy, apparaissent non comme des humanistes raffinés, mais comme les membres d'une clique de personnalités narcissiques dotés d'un sentiment démesuré de ce qui leur est dû", lance pour sa part Michelle Goldberg dans Newsweek. [A lire en français sur le site du Nouvel Observateur]

La journaliste américaine s'insurge aussi contre les critiques de BHL sur le traitement de Strauss-Kahn : " Si notre système de justice criminelle refuse effectivement d'accorder un traitement de faveur à un officiel étranger riche et puissant accusé d'avoir agressé une femme de ménage, cela doit être porté à son immense crédit", lui répond-elle.

L'élite française "va trop loin"

Les éditorialistes anglo-saxons ne manquent pas non plus de rappeler que Bernard-Henri Lévy a âprement défendu Roman Polanski, accusé d'avoir violé une mineure aux Etats-Unis dans les années 1970 : "Comment Bernard-Henri Lévy peut-il excuser le viol et toujours être pris au sérieux ?", s'interroge ainsi le jeune éditorialiste Asher Smith dans l'Huffington Post.

Le reste de l'intelligentsia française n'est pas épargnée par cette fronde. De façon générale, pour David Rieff de The New Republic, "De Bernard-Henri Lévy à Jean Daniel, l'éditorialiste du Nouvel Observateur, en passant par l'éminent avocat des droits de l'homme Robert Badinter", en estimant que "Dominique Strauss-Kahn lui-même (..) est la vraie victime de ce drame"", les intellectuels français "vont trop loin". 

 

Laura Thouny - Le Nouvel Observateur

 

Mon commentaire: les américains, encore sauveurs des Français... Merci.

Posté par Jocegaly à 15:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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