Giland sur LE POST

10/07/2011 à 13h57 - mis à jour le 10/07/20 11 à 14h00 

 

 

Ce spectacle de discorde ici sur Le Post de sympathisants de Gauche qui ne cessent de s'étriper, à QUOI est-il dû ?

Comment les militants du PS en sont-ils arrivés là ?

Celui qui est capable de bonne foi et d'un minimum d'honnêteté intellectuelle trouvera facilement la réponse .

Je vous propose la mienne :
En 2007, voilà une candidate, première femme à pouvoir accéder en France à la magistrature suprême.
Issue d'un milieu modeste, elle a eu à se battre toute sa vie pour gravir les marches de l'ascension sociale.  Pour faire des études, elle a dû se contenter d'une bourse et à l'époque dans les années 70 (aujourd'hui je ne sais pas), c'était, en pouvoir d'achat, l'équivalent d'un demi-RSA d'aujourd'hui. J'ai personnellement vécu cette situation et, malgré tous mes efforts et ma bonne volonté, j'ai dû à un certain moment jeter l'éponge en cours de route et trouver un vrai job parce que cumuler les petits boulots et la bourse pour "survivre" dans une chambre de bonne au 7° sans ascenseur vous mène directement à l'échec universitaire, parce que les jours n'ont que 24 heures et les semaines n'ont que 7 jours ! Vous arrivez, selon votre constitution physique à tenir 2 ou 3 ans jusqu'à la licence mais pas plus, et de toutes les façons au bout du compte l'épuisement finit par avoir raison de votre volonté. Et le plus dur à supporter dans ces moments-là, c'est de voir d'autres étudiants qui font les mêmes études que vous et qui, bien que moins doués, ont la chance d'avoir des soutiens financiers qui leur permettent non seulement de ne se concentrer que sur leurs études mais qui, en plus, peuvent sortir pour se divertir, ont tout le confort de vie, peuvent prendre une douche tous les jours, et certains arrivent même en bagnole à la Fac ! Fabius, lui, arrivait carrément en Ferrari, c'est dire le décalage ...

Vous comprenez le respect (et l’admiration) que m'inspirent ceux qui, dans une telle situation, ont réussi à sortir la tête de l'eau. Alors oui, je confirme que ces épreuves forgent non seulement le caractère mais permettent surtout de mieux ressentir (quasiment dans sa propre chair, dans ses tripes) ce que signifie l’expression « égalité des chances » , bien au-delà que ne le fait la capacité humaine d'empathie, si grande soit-elle.

Voilà donc, une femme qui a le « caractère et la force morale » pour se hisser aux plus hautes fonctions et qui est bien placée pour y arriver. Et que font ses petits copains du Parti ? Ils bousillent sa campagne ! L’un va faire peur aux classes moyennes supérieures en parlant d’augmenter les impôts et en les traitants de « riches » (Hollande), l’autre (Dominique Strauss-Kahn) part en vacances aux Seychelles ou au Maldives ou au Canada ou j’en sais rien … en tout cas il déserte en pleine campagne, donnant ainsi un signe clair à ses supporters qu’il ne faut pas soutenir cette « femme », (on ne comprendra que bien plus tard qu‘il a un problème avec la gent féminine), d’autres enfin ne feront que le minimum syndical pour le cas où …

Résultat, contre vents et marées, contre un adversaire soutenu par tous les médias, contre un camp qui se bat donc comme un seul homme, contre la lâcheté et l’hypocrisie d’un centre mou incapable de prendre ses responsabilités MAIS aussi et surtout contre les caciques de son propre camp, voilà que cette femme venue du peuple fait 47 % des suffrages. Ce qui veut dire qu’il n’y a que 3 points plus une voix pour que la victoire soit garantie 5 ans plus tard à condition que des enseignements en soient tirés.

Quels enseignements auraient dû être tirés de cette défaite ? Tout simplement que ce score obtenu dans de si épouvantables conditions désignait de facto Ségolène Royal légitime pour remporter l’élection de 2012 si le parti voulait bien mettre de côté les égos de ses apparatchiks. Le Congrès de Reims a prouvé que le Parti n’avait retenu aucune leçon de la défaite de 2007 et que les pontes de ce Parti préféraient risquer une nouvelle défaite plutôt que de permettre une élection assurée à Ségolène Royal. Pourquoi une telle haine ? Tout simplement parce que Ségolène Royal n’est pas du même monde que Fabius, Strauss-Kahn, Aubry, Hollande et certains autres. Et aussi et surtout parce qu’elle n’obéit pas aux règles des « élites », parce qu’elle s’en affranchit, parce qu’elle sait qu’en politique on ne peut être efficace et tenir ses promesses que si on est suffisamment indépendant des lobbies et que pour cela il ne faut rien leur devoir.

Sans ces basses manœuvres, ces triches, ces jalousies, ces dysfonctionnements intellectuels (sinon maladifs), Ségolène Royal aurait été désignée au Congrès de Reims et, au lieu de se battre entre eux, les militants seraient tous aujourd’hui sur le pont pour assurer la victoire en 2012.

Ne récompensons pas ceux qui, par leur déloyauté, ont mis toute la Gauche dans cette situation, remettons les choses là où elles en étaient en novembre 2006, et cette fois « ça ira ! ça ira ! Ça ira ! » à la Bastille en 2012 !