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Par JULIEN AUDEMARD Doctorant en sciences politiques, université de Montpellier-I, DAVID GOUARD Doctorant en sciences politiques, université de Montpellier-I

Des électeurs à Paris, au deuxième tour de la primaire. (Photo Julien Mignot. Eté 80)
 

A bien des égards, la primaire socialiste constitue un événement politique majeur. Il s’agissait d’une première dans la vie politique française, où demeure encore une réticence à l’idée de confier à d’autres qu’aux membres des bureaux nationaux ou aux militants la tâche de choisir les candidats à la magistrature suprême. Cette primaire élargie représentait donc un pari osé. La mobilisation électorale a montré que celui-ci a été réussi. Près de 3 millions de personnes se sont ainsi déplacées dans les bureaux de vote mis à leur disposition par le Parti socialiste. Certains soulignent que cette mobilisation n’a concerné en réalité qu’un peu plus de 6% du corps électoral français. D’un autre côté, la tentation est grande de brandir ce chiffre comme la preuve ultime du succès de l’opération, tant ce type de scrutin fait figure d’exception.

 

Un premier portrait de la base électorale

Ces résultats se prêtent donc à merveille à la spéculation quant à l’ampleur de la mobilisation suscitée par le PS. Reste à s’interroger sur la nature de cette mobilisation. D’un point de vue sociologique, cette élection s’apparente à un «laboratoire d’analyse» pour comprendre qui sont les électeurs de la primaire. L’événement offre ainsi l’occasion de dresser un premier portrait des bases électorales du Parti socialiste à six mois de l’élection présidentielle. Il était difficile de passer à côté de cette opportunité, notamment à Montpellier, une ville où le PS bénéficie d’un ancrage territorial fort depuis plus de trente ans. Les dimanches 9 et 16 octobre, nous étions donc placés à la sortie de deux bureaux de vote où nous avons distribué des questionnaires aux électeurs ayant déposé leur bulletin dans l’urne. Ces deux bureaux, situés dans des quartiers à forte mixité sociale (Assas et Croix-d’Argent), comptent traditionnellement parmi ceux où la participation électorale est la plus élevée dans la ville et où le vote socialiste est le plus important. Les résultats du premier tour n’ont pas démenti ces régularités. Le scrutin y a enregistré des taux de participation très élevés (en moyenne 12,5% sur les deux tours), bien au-dessus de la moyenne nationale, mais également au-dessus du taux montpelliérain, déjà très important (10% environ). Ces deux bureaux, au-delà du contexte local, apparaissent donc comme les témoins d’une mobilisation portée avant tout par les principales villes françaises de gauche.Les résultats que nous avons obtenus sont d’autant plus généralisables que les taux de participation à notre enquête sur ces deux bureaux sont très élevés, puisqu’ils atteignent en moyenne 75%.

 

Une population à l'écart des scrutins

L’analyse des électorats de ces deux bureaux montre qu’en dépit d’une mobilisation somme toute importante, certaines franges de la population sont restées à l’écart des scrutins. En un sens, cette primaire ne fait que confirmer les logiques censitaires à l’œuvre pour la majorité des élections depuis près de trente ans. Au bureau de vote de l’école maternelle Mozart, la participation a essentiellement été le fait des populations les plus diplômées. Au premier tour, 75% des votants étaient d