Sur le blog de Gaëtan Gorce

24 novembre 2011

La cacophonie de ces derniers jours, qui a fragilisé le début de campagne de François Hollande, est d'abord l’illustration des faiblesses et des défaillances de notre organisation. Et si l’on peut se réjouir (comme je l’ai fait la semaine passée) de l’accord avec les Verts, on ne peut que déplorer les carences démocratiques qui l’ont accompagné. Et qui expliquent, pour une large part, le désordre qui s’en est suivi !

 

Qui a négocié avec les Verts ? Le candidat ou le parti ? Un peu des deux, semble-t-il, ce qui s’est traduit par les atermoiements que l’on sait ! Et sur quel mandat ? Délivré par qui ? Est-on jamais revenus dans nos instances, pour la trancher, sur la contradiction entre les orientations de notre Première secrétaire et celles du candidat élu ? Et qui a jamais évoqué la question du Mox ? Quant aux concessions électorales, à quel moment en avons-nous débattu, y compris avec les intéressés ?


Le déficit démocratique est un mal en soi. Il est aussi facteur de désorganisation : débattre puis voter, c’est aussi clarifier ! Quelle est la légitimité d'un Bureau national constitué sur la base de courants qui ont tous éclaté ? Nulle ! Et j’ajouterai au vu des ratés des derniers jours : non avenue !

Aussi, je demande une convocation de notre Conseil national qui n’a pas été réuni depuis des lustres. A voir la manière dont on traite notre Parlement en interne, on peut s’inquiéter de notre future pratique des Institutions. L’ordre du jour de ce Conseil national devrait être consacré à l’examen de la situation politique, mais aussi économique et financière, pour préciser notre feuille de route. Ce serait bien le moins !

 

François Vignal
Le 24.11.2011 à 16:38
gorce - AFP
© AFP

 

Le sénateur PS de la Nièvre Gaëtan Gorce demande une convocation du conseil national du PS après l’accord entre PS et écologistes. Il regrette un manque de « démocratie ». « Il ne faut pas que le PS fonctionne comme un club fermé de quelques dirigeants », affirme l’ex-député qui avait voté pour Ségolène Royal à la primaire. Aujourd’hui, il ne se réclame d’aucun courant. Entretien.

Vous demandez sur votre blog la convocation du conseil national du Parti socialiste. Pourquoi ?
Lorsqu’il y a de grands débats politiques à quelques mois d’une présidentielle, il me paraît logique que ces débats puissent avoir lieu dans le cadre le plus large : le conseil national, soit le parlement du parti. Il regroupe tous ceux élus aux congrès, les premiers secrétaires et parlementaires, environ 300 personnes. C’est l’instance qui prend normalement les grandes décisions politiques. Malheureusement, il se réunit à des dates de plus en plus aléatoires et l’ordre du jour est de plus en plus vague. Il serait utile qu’on ait avant Noël un Conseil national pour faire le point de la situation politique : celle créée par la cacophonie avec Les Verts, la stratégie de campagne, les thèmes qui seront abordés et la préparation législative et les choix qui ont été faits.

Vous soulignez la carence démocratique de l’accord…
Je me suis réjoui de l’accord, mais je suis surpris qu’on puisse le conclure quelques heures après avoir fait état de difficultés majeures. On a conclu l’accord tout en laissant persister une ambiguïté ou une incertitude sur une question importante comme le Mox. Il fallait donner à nos négociateurs, via le Conseil national, un mandat clair qui traduise la position du PS.

Selon vous, le candidat, comme le parti, n’avaient pas mandat pour négocier avec Europe Ecologie-Les Verts ?
Un mandat pour négocier si, mais pas de mandat sur le fond. Les positons n’avaient pas été arrêtés clairement par le PS sur la question de l’EPR, le Mox et d’autres sujets. Aux primaires, deux points de vue se sont exprimés, celui de Martine Aubry pour la sortie du nucléaire et celui de François Hollande pour une réduction progressive, qui me paraît plus raisonnable, mais la question n’a jamais été clairement tranchée. Il y a le résultat de la primaire, certes, mais il serait logique que le conseil national arrête la position, qu’il se réunisse pour débattre et évaluer la pertinence de l’accord. C’est la dernière occasion après l’autoroute de la présidentielle.

Il ne faut pas qu’on néglige le parti dans cette affaire. La manière dont le parti fonctionne sera déterminante sur la manière dont on va gouverner demain. Soit on a un parti godillot, pas adapté à la situation économique et sociale, soit on a au contraire un parti où on débat et délibère. Pour ça il faut une rénovation politique au sein du parti, une rénovation du Parti socialiste dans ses modes de fonctionnement.

Il y a un manque de débat au PS ?
Non, il y a un débat à l’intérieur d’un petit groupe. Je conteste qu’il soit limité à quelques interlocuteurs, ou au mieux au bureau national, dont la légitimité, depuis le congrès de Reims, me paraît très discutable. Il est constitué sur la base d’un congrès dont plus personne ne se reconnaît !

L’accord PS/EELV a été passé dans le dos du parti ?
Je ne dirais pas dans le dos. C’est une question de méthode et de principe. Il est normal que ça se fasse avec un mandat. Or on l’a fait en petit comité, ce qui explique les erreurs et les approximations qui l’ont accompagné.

Mais remettre le couvert, après une séquence difficile pour le PS et son candidat, ne sera-t-il pas pire ?
Non. C’est plutôt une façon de rappeler à ceux qui dirigent le parti que la démocratie est le meilleur remède à la confusion. Je le dis à Martine Aubry et à François Hollande. Il ne faut pas que ce parti fonctionne comme un club fermé de quelques dirigeants qui pourraient considérer qu’à eux seuls ils puissent diriger la campagne. Il faut que le PS reste un club ouvert, où un maximum de parlementaires et de militants restent associés. Il faut le faire avant qu’on soit en pleine campagne. Mais en amont, il y eu une façon de faire qui n’est pas satisfaisante.

Vous dites qu’« à voir la manière dont on traite notre Parlement en interne, on peut s’inquiéter de notre future pratique des Institutions ». N’avez-vous pas peur de jouer contre votre camp par ce genre de déclaration ?
Si je le faisais à quelques jours de la présidentielle, on pourrait s’interroger. Là, je le fais assez tôt pour que ce soit possible de le faire. Et que cela serve d’avertissement plutôt que de pénalité. C’est maintenant qu’il faut le dire. Après, ce ne sera plus possible.

Les contradictions entre les orientations d’Aubry et Hollande sur le nucléaire sont-elles l’unes des causes de la cacophonie sur l’accord avec les écologistes ?
Oui, il y a eu des difficultés. J’ai eu du mal à comprendre les conditions dans lesquelles cet accord a été conclu. Il y avait un désaccord et brusquement les choses se sont éclaircies au prix d’ambiguïtés.

Et au prix de circonscriptions pour Europe Ecologie-Les Verts ?
Ça, c’est encore pire. J’ai un peu de mal à comprendre l’intérêt politique pour le PS de conclure dans ces conditions l’accord, compte tenu aussi des remerciements qu'on a pu faire. Car nous nous sommes faits agressés par Eva Joly.