Lepoint.fr - Publié le 18/02/2009 à 15:52 - Modifié le 19/02/2009 à 12:0

Face à la débâcle de ses banques, l'Allemagne a décidé mercredi de recourir aux grands moyens. Elle pourra si besoin les nationaliser en expropriant les actionnaires, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Un projet de loi a été adopté en conseil des ministres par le gouvernement de la chancelière conservatrice Angela Merkel, et doit être présenté rapidement aux députés du Bundestag. Il prévoit de pouvoir lancer une "procédure d'expropriation" des actionnaires en échange d'indemnisations, une mesure qui court jusqu'au 30 juin 2009. Cette idée n'a pas été sans faire grincer des dents dans un pays marqué par l'expropriation des biens des Juifs sous le régime nazi dans les années 1930, et par les nationalisations forcées dans l'ancienne République démocratique allemande.

La mesure vise à sauver la banque Hypo Real Estate, justifie le ministre des Finances Peer Steinbrück. HRE, spécialisée dans le secteur immobilier, est en effet au bord de la faillite, malgré des dizaines de milliards d'euros de garanties publiques. Sa chute aurait des conséquences énormes, semblables, selon certains, à la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, qui avait provoqué à l'automne un séisme sur les marchés boursiers. Sa nationalisation est une "solution de dernier recours" et n'est que transitoire, souligne le ministre social-démocrate (SPD). Ce cas devrait toutefois rester l'exception. "Il n'est pas prévisible" que d'autres banques soient nationalisées en expropriant au besoin leurs actionnaires. "Il n'y a pas d'alternative", fait valoir pour sa part Angela Merkel. Des indemnisations sont prévues pour les actionnaires. Le fonds américain JC Flowers, grand actionnaire de HRE, pourrait ainsi toucher 70 millions d'euros, alors qu'il avait investi plus d'un milliard pour acquérir environ 25 % du capital en juin 2008.

Plus de 480 milliards déjà mobilisés

Berlin, dont le secteur bancaire a été particulièrement touché par la crise financière qui a éclaté à l'été 2008, n'est pas resté inactif depuis le début de la crise. Mais malgré toutes les mesures prises et les dizaines de milliards d'euros investis, le pays n'a pas réussi à endiguer les difficultés rencontrées par ses banques. En octobre dernier, le gouvernement avait mis sur pied un fonds public d'aide au secteur bancaire (Soffin) doté de 400 milliards d'euros de garanties publiques et 80 milliards d'euros de recapitalisation. La durée de ces garanties va être à présent portée de trois à cinq ans.

L'Allemagne n'est pas le seul pays à devoir nationaliser ses banques pour éviter leur disparition. La Grande-Bretagne ou encore l'Islande ont déjà eu recours à cette solution. D'autres pays européens et même les États-Unis évoquent à présent la possibilité d'une nationalisation, au moins partielle, de leurs instituts financiers.

Ceci n'est pas sans soulever des critiques. L'association des petits actionnaires allemands DSW, à peine le projet de loi connu, est immédiatement montée au créneau, menaçant de porter plainte. Quant au président du parti libéral FDP Guido Westerwelle, il qualifie l'expropriation de "socialisme".