Samedi 18 Février 2012 à 15:41 | Lu 5314 fois I 36 commentaire(s)

 

Journaliste politique à Marianne, plus particulièrement chargé de suivre les partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Mardi les députés doivent se prononcer sur le MES, un dispositif de soutien aux Etats européens en difficulté. Sauf que les socialistes sont face à un dilemme : ce texte est lié au traité Merkel-Sarkozy et contient ainsi implicitement les germes d’une règle d’or généralisée à l’échelle de l’Union européenne. Pour l’heure, c’est la simple abstention qui semble l’emporter dans leurs rangs…

 

Le sujet n’intéresse pas les médias. Et pourtant il pourrait intéresser les foules à l’heure où la Grèce sombre dans l’austérité et où le « tout nouveau » candidat Sarkozy prétend effrontément « rendre la parole à [la] France du “non” » ! Ce sujet ignoré et pourtant capital ? Le MES, pour « Mécanisme européen de stabilité ».
 
Il s’agit du successeur du FESF, le « Fonds européen de stabilité financière ». Obscur ? A l’évidence. Pour faire simple, le MES est un dispositif de soutien aux Etats européens en difficulté. Sauf que le texte du MES contient implicitement les germes d’une règle d’or généralisée à l’échelle de l’Union européenne. Car pour pouvoir à terme bénéficier des aides du Mécanisme européen de stabilité, les Etats doivent s’engager à accepter la discipline budgétaire très rigoriste contenu dans le nouveau traité européen appelé traité TSCG ou traité Merkel-Sarkozy. Un traité que François Hollande dit vouloir renégocier, s’il est élu à l’Elysée, pour y introduire « un volet de croissance et d'emploi ». Sauf que le PS va devoir se prononcer sur le MES dès ce mardi, le texte passant ce jour-là devant l’Assemblée nationale avant de rejoindre le Sénat.


Jean-Luc Mélenchon : « On a jamais vu qu’on renégocie quelque chose qu’on a approuvé » !
 
Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche ont saisi très tôt le paradoxe qui consiste à voter en faveur du MES et vouloir renégocier par la suite le traité, les deux dispositifs étant étroitement imbriqués. Dimanche dernier, invité de l’émission politique de Radio France,  le patron du Front de gauche a d’ailleurs vivement interpelé son adversaire du PS : « Quand François Hollande dit “moi, je veux renégocier le traité”, dont acte, je peux l’entendre. Mais alors qu’il commence par voter “non” le 21 février. Parce qu’on a jamais vu qu’on renégocie quelque chose qu’on a approuvé » !
 
Certains au PS ont pourtant bien imaginé, dans un premier temps, approuver le texte du MES, malgré l’évidente contradiction. C’est le cas de la sénatrice socialiste Nicole Bricq qui expliquait il y a quelques jours aux Echos  trouver « malvenu » le lien entre MES et le traité de discipline budgétaire, mais souhaitait quand même le voir ratifié par les parlementaires : « Même si nous trouvons que le MES est sous-dimensionné et qu'il lui faudrait le statut de banque, le Parti socialiste ne souhaite pas fragiliser le retour à la confiance et entraver un instrument qui va dans la bonne direction, à savoir un fonds d'aide pérenne. »
 
Sauf que tous au PS ne partagent pas l’enthousiasme très raisonnable de Nicole Bricq. Les débats ont notamment été animés lors du dernier Bureau national sur le sujet. Les députés européens, à l’image d’Harlem Désir, se sont ainsi prononcés plutôt en faveur du texte sur la base de deux arguments : ne pas prendre ses distances avec cette chère Allemagne et ne pas refaire le match du TCE entre « oui-ouistes » et « nonistes » en pleine campagne, ce que ne manquerait pas d’instrumentaliser Nicolas Sarkozy. C’est finalement l’abstention des députés qui a été décidée.
 
 
Marie-Noëlle Lienemann : « Cette ratification en deux temps est un piège susceptible d’affaiblir la gauche »
Du moins, pour l’instant. Car certains parlementaires socialistes opposent toujours un « non » plein et entier au MES et tâchent de convaincre leurs camarades. Marianne2 s’est par exemple procuré deux documents, un courrier et une note de synthèse (téléchargeables en cliquant sur les liens ou consultables en fin d'article) de la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann adressés à ses camarades du groupe PS au Palais du Luxembourg. Selon l’ancienne ministre de Mitterrand et Jospin et animatrice de l’aile gauche du parti, « cette ratification en deux temps d’un pacte global d’austérité » est un « piège susceptible d’affaiblir la gauche ». Et pour Marie-Noëlle Lienemann de prévenir ses voisins d’hémicycle : « Ce serait une grave erreur que de sous-estimer la défiance qu’une partie de notre électorat peut avoir à notre endroit sur les choix européens. Nous ne devons pas négliger l’exigence d’un changement majeur et rapide dans les politiques européennes, qui s’exprime au plus profond de notre peuple. C’est pourquoi le vote que nous émettrons sur ces deux premiers textes, constitutifs du “pacte d’austérité Merkel-Sarkozy”, aura une grande importance, lors de l’élection présidentielle et après. »
 
Dans sa note, ses arguments sont convaincants. « Il n’y a pas urgence à ratifier, écrit-elle, d’une part parce ce MES n’est pas l’outil qui permettra l’aide à la Grèce, d’autre part parce qu’il ne sera opérationnel qu’après l’adoption du traité TSCG. » Plus loin, elle explique qu’« une abstention et, pire encore un vote positif, donnerait le sentiment que la renégociation souhaitée n’est qu’un ajustement à la marge des propositions actuelles, alors que chacun voit bien  — et le déroulement de la situation en fait chaque jour la preuve — que c’est réellement un nouveau cadre qui doit être mis en place. » Et de conclure de façon implacable : « Nos électeurs et, de façon plus générale, les Français ont besoin d’un signe clair : ce qui se passe en Grèce est inacceptable et ce qui se prépare à travers les accords Merkel-Sarkozy est également inacceptable. Il faut que cela change vraiment. Nous voulons de réels mécanismes de solidarité européens adossés à une sortie de crise qui refuse l’austérité et la régression. »
 
Les Français, justement. Jean-Luc Mélenchon les a appelés à vérifier le vote de leurs députés sur le MES. Car même si la gauche refusait finalement le texte au Sénat où elle est majoritaire, il pourrait être adopté par la seule Assemblée nationale. Il faut donc peut-être s’attendre, comme lors de l’adoption du traité de Lisbonne, de voir rapidement publié la liste des députés de gauche qui auront voté « oui » ou se seront contentés de s’abstenir sur le MES. Et Internet a de la mémoire. Tout comme les Français. Voilà peut-être qui devrait convaincre les députés de s’opposer au MES. Les législatives approchent