Par Ariane WALTER sur AGORAVOX

 

 

On l’aura entendue celle-là !

Et chez Marine Le Pen, et chez Soral, son ex-suppôt, et chez toutes les grenouilles de bénitier de leur chapelle…

Sur tous les blogs ils la répètent en coassant : Coa, coa, coa !!! Voiture-balai, voiture-balai, voiture-balai !

 Il n’y a pas plus stupide que cet argument.

Etudions et fermons le dossier.

Mélenchon est donc accusé d’un complot. Engagé par Hollande ou par ses maîtres francs-maçons ou par des juifs puisque ce serait un crypto-sioniste, ou par Goldman Sachs, il lui serait demandé de regrouper toutes les voix de brebis égarées de l’extrême gauche, pour les offrir ensuite à Hollande du marais de la gauche. Et faire passer Hollande et non pas Sarkozy…

 

On imagine la tête des Français si au moment où resteraient en lice Hollande et Sarkozy, Mélenchon demandait à ses troupes de voter Sarkozy !

Et s’il ne demande pas de voter Sarkozy, si j’y vois bien, il ne reste que Hollande.

On ne comprend donc pas pourquoi, vu la simplicité de la situation, Mélenchon se décarcasserait comme Ducros, menant une campagne que tout le monde trouve remarquable, pour simplement faire voter pour un candidat de gauche vers lequel iront naturellement des électeurs de gauche !

Quand Mme Le Pen dit « Vous n’êtes pas un candidat sérieux parce que vous appellerez à voter pour M. Hollande » elle prouve qu’il est gentil en la traitant de semi-démente car elle n’a plus un seul neurone qui va.

Et elle, elle appellera à voter pour qui ? Et tous les autres candidats ? Ceux de gauche n’appelleront-ils pas à voter pour celui de gauche et ceux du centre et du milieu pour celui de droite ?

Quelle manœuvre !

Et même si personne n’appelle à voter pour personne, si cette antique discipline des partis d’antan n’existe plus, il faudra bien que les électeurs votent pour quelqu’un ? Ou l’un ou l’autre !

Par ailleurs, on ne comprend pas trop bien pourquoi il faut monter une telle affaire pour réunir ces extrémistes de gauche. Pourquoi leur faudrait-il un traitement spécial ? Si Mélenchon n’était pas là, ils ne voteraient ni pour Bayrou, ni pour de Villepin, ni pour NDA, ni pour un autre de droite. On les retrouverait chez Joly, ou Artaud ou Poutou. Et au second tour, ils voteraient pour Hollande ou pour Niet.

Pourquoi donc cette débauche d’effets ? Cette impression quand on dit « Il appellera à voter Hollande au second tour » qu’on révèle un secret de la cour des Borgia ?

Alors que c’est du 2-1=1 ! Et pour tous les partis !

Cette affirmation est d’autant plus idiote que Mélenchon, comme ses partisans, est confronté à un problème malheureux et insoluble.

Une tragédie. Puisque est tragique ce qui n’a pas d’issue. Quand le héros se présente sur scène, il est condamné, quoi qu’il fasse.

On peut être sûr d’une chose.

C’est que tous les partisans du front de gauche qui voteront Hollande contre Sarkozy le feront contraints et forcés, pour ne pas revoir l’autre monstre, le jambon de Bayonne, aux affaires.

Et que ce désespoir Mélenchon le partagera.

Il n’y a aucune affinité entre Hollande et Mélenchon.

Depuis quand ? Depuis toujours. Depuis toujours Hollande est un libéral et Mélenchon un rouge. Ils représentent les deux tendances extrêmes du socialisme. Mais plus encore. Humainement, ils ne s’apprécient pas. Leur inimitié, le mot est juste, est ancienne. Elle ne date pas seulement de ce fameux congrès de 2008 où Mélenchon décide de mettre les voiles. Sur la vidéo que je vous propose, il nous donne les raisons de son départ.

 

http://www.youtube.com/watch?v=CuayhtzvQk4

 

 La motion de Ségolène Royal vient de l’emporter et c’est la seule à prôner l’alliance avec le centre. Or, pour Mélenchon, cette alliance est contre-nature. Lui, il veut « rassembler cette énorme énergie de gauche qu’il sent dans le pays et qui veut affronter le capitalisme. » On le découvre sur cette vidéo tel qu’en lui-même. Dans un marbre qui ne bouge pas. C’est sa force :

« Ça suffit comme ça. Je tourne la page et je vais à la rencontre des forces de gauche. »

 Dans une autre vidéo, plus ancienne, il rappelle un des épisodes de sa guerre d’influence avec Hollande. http://www.agoravox.tv/spip.php?page=forum&id_article=33820&id_forum=12713951

C’est au congrès de Brest en 97. Tous deux se sont présentés pour succéder à Jospin à la tête du parti. Hollande a nettement gagné, mais curieusement, il propose de faux chiffres. Comme Mélenchon s’en indigne il lui dit :

-Oh ! Tu ne vas pas discréditer le parti. Tu ne vas pas le salir. Tu aimes le parti .

Et comme Mélenchon dit « oui », il lui propose un accord ; les chiffres seront de 85/15. (Entre parenthèse, quel est ce parti, ce sac d’embrouilles, où l’on n’est pas foutu de donner de véritables chiffres à la suite d’un vote ! C’est une maladie chez eux ?)

En fait Hollande attendra quinze jours avant de donner le résultat et ne tiendra pas parole. Pourquoi ? demande le journaliste. La réponse est cruelle :

-Par jeu. C’est un homme qui aime jouer. Ça l’amusait de me voir fou de rage. Ça le distrayait. C’est un vice de cynique. Je lui ai dit que je ne lui pardonnerai jamais.

 De cette guerre entre les deux hommes Alexis Corbière, son conseiller politique, parle également dans son blog. Après quelques lignes « langue de bois », il en vient au cœur du problème, au cœur de cette lutte d’influence entre deux tendances idéologiques où jusqu’à présent l’une, celle de Hollande, balaie l’autre, celle de Mélenchon.

Hollande s’est attelé à cette tâche, il l'a répété inlassablement : la gauche doit abandonner l’objectif de représenter la classe ouvrière, ses revendications, ses espoirs. D’ailleurs, selon eux, la classe ouvrière n’existe pas (ou plus). Elle a été placée dans l'angle mort d'une représentation médiatique du monde.

 Pour Hollande et ses amis, fini les références à la gauche de combat, au marxisme, au socialisme historique. Place à un « nouvel individualisme ». On a vu le résultat, en France, en Europe, dans le monde. Cette ligne s’adaptera parfaitement à l’évolution blairiste de la gauche européenne. Elle en sera même sa meilleure déclinaison « à la française ». A la différence de la Grande Bretagne, où Margaret Thatcher avait sévi, dans notre pays, il existera toutefois de forts éléments de résistance. Un mouvement ouvrier organisé et combatif, des syndicats debouts, un peuple ayant la passion de l’égalité, un parti communiste encore vivant, des partis trotskystes actifs et … un courant de gauche au sein du PS encore en dynamique.

C’est dans ce cadre là, parce qu'il est porteur de cette orientation bien particulière à gauche, que François Hollande durant onze années va s’affronter à Jean-Luc Mélenchon, principal dirigeant du courant du PS « la Gauche socialiste ». Hollande veut briser ce pôle de résistance. Il le gêne. Il va s’y employer avec constante et opiniâtreté durant les années 90 et au début des années 2000. Et ce n’est pas avec des méthodes de « Flamby » qu’il va le faire, mais avec la poigne de l’apparatchik qui triche et qui méprise. Oui, la triche et le mépris sont aussi une des marques du système hollandais à la tête du PS de 1997 à 2008.

http://www.alexis-corbiere.com/index.php/post/2011/10/18/Entre-M%C3%A9lenchon-et-Hollande-%E2%80%A6un-socialisme-de-diff%C3%A9rence

 

 D’où les pointes assassines du blog de Mélenchon à l’égard de Hollande.

Le caractère improvisé et du coup assez symbolique de la nouvelle tranche 75 % de Hollande se vérifie quand on examine le nombre de contribuables concernés. A peine 0,02 % des contribuables seraient touchés, soit environ 4 000 foyers fiscaux. Cela rapporterait au mieux 1,6 milliard d'euros. Alors que la proposition du Front de Gauche de créer 9 nouvelles tranches progressives jusqu'à 100 % rapporterait plus de 20 milliards d'euros. Et rien que notre dernière tranche à 100 % au-delà de 360 000 euros par an toucherait 0,2 % des contribuables, soit environ 40 000 foyers fiscaux très riches. 10 fois plus que la tranche de Hollande. On est ainsi face à deux logiques différentes. François Hollande affiche une mesure symbolique sans impact majeur sur le plan fiscal. L’intention est louable mais la méthode très hasardeuse !

 

Quand il parle du MES :

Nicolas Sarkozy vient de signer le nouveau traité européen. Il a infligé aux dirigeants socialistes la mordante ironie des maîtres face aux excès de servilité. Il compte sur l’abstention habituelle de ces opposants en peau de lapin pour faire passer ce traité au parlement comme est passé le précédent.

 

Il n’hésite pas à mettre Sarkozy et Hollande sur un même plan :

Dans l'immédiat, la signature de la France est engagée. Mais le traité n'est pas pour autant ratifié. Il est insupportable que Nicolas Sarkozy et François Hollande refusent de soumettre la ratification à référendum ! Pourquoi le font-ils ? Parce qu’ils savent que les français ne veulent pas de cette Europe. Ils le savent ! Leur préoccupation est de passer outre ce qu’ils savent être la volonté populaire.

 

Sa conclusion est on ne peut plus claire :

Pour nous commence donc une lutte sans répit. Quoi qu’il arrive, la résistance face à ce coup de force est désormais un devoir

Bon. On comprend dès lors pourquoi cet argument « voiture balai » est soit faux, car Mélenchon ne risque pas de vouloir être le serviteur de Hollande, soit juste si on veut l’ interpréter comme un train lancé à toute vitesse et qui veut balayer Hollande. « Ouste, du balai ». Là, OK.

Ainsi Mélenchon avait raison. Il y a dans ce pays un énorme réservoir de forces de gauche qu’il est en train de toucher. Terra Nova dans sa snobinitude infinie s’est complètement planté. Le socialisme, quand il cherche le centre pour gouverner, se prive du peuple de gauche qui s’abstient et le laisse se noyer.

Le côté putassier de ce parti socialiste que Mélenchon a fui, on l’a vu à l’œuvre lors des dernières élections. On se souvient du soutien qu’ils ont accordé à Ségolène Royal. Mélenchon l’a dit à une autre occasion : cette gauche là, elle préfère voter à droite. Et de citer plusieurs exemples dont celui qui nous a torturé cinq ans. Ne doutons pas de cela, ce sont les guerres intestines du PS qui ont mis Sarkozy au pouvoir. Merci.

Certains disent et supplient « Ne recommencez pas ! Respectez Hollande ! Votez Hollande ! Sinon vous donnerez le pouvoir à Sarkozy ! »

A ces mots la réponse de Mélenchon est claire. Si Hollande, qui est l’ennemi le plus virulent de sa cause, veut les voix de la vraie gauche, celles du Front de gauche, il faudra qu’il change son programme. S’il ne le fait pas, les électeurs jugeront. 

Le 18 mars, à Paris, les partisans de Mélenchon se retrouveront pour une manifestation festive : ils viendront reprendre la Bastille. On ne compte pas les bus et les trains qui sont prêts à rejoindre Paris.

Quel triomphe pour Mélenchon, ce peuple levé à côté de lui, cette vision politique qui est la sienne et dont il a à présent confirmation.

Ce malheureux Mélenchon, être brillant, qui se fait fouler aux pieds par les cours du pouvoir est en train de prendre une revanche éclatante. Il a pour lui ce dont tout le monde rêve en entrant dans la carrière politique. Tout un peuple se lève à ses côtés, enthousiaste. Ce qui n’a plus existé dans ce pays depuis des lustres, naît à nouveau.

Quelle jouissance, pour lui, de voir Hollande qui boite derrière lui et colle à son discours.

 

Ce matin dans Libé, Pierre Marcelle signe un article très favorable à Mélenchon. Oui. Vous avez bien lu. Dans Libé . Je vous en donne un extrait :

Encore Mélenchon ? Ben oui… C’est sa « séquence », non ? Depuis la rentrée de septembre, le candidat du Front de gauche, alors appelé à figurer dans la catégorie « fera-t-il les 5% qui permettront le remboursement de ses frais de campagne ? », a changé de statut. Son objectif de « score à deux chiffres », qui tant faisait alors s’esclaffer dans les rédactions, commence à affoler les spécialistes du Mélenchon’s bashing, à mesure que les instituts de sondages, ces agences de notation de la campagne présidentielle, « mesurent » sa lente mais inéluctable progression vers le « seuil psychologique » des 10% de suffrages.

Tout doucement, à bas bruit médiatique, se remet en cause l’image bruyamment fabriquée du « populiste » qui osa traduire le Que se vayan todos ! des peuples sud-américains en explicite Qu’ils s’en aillent tous ! et en faire le titre d’un ouvrage manifeste dont la publication annonçait à sa façon, et les révolutions arabes, et l’universalité potentielle du mouvement dit des « Indignés », lequel couve encore sous la cendre.

L’hiver venu fit proprement litière de cette grossière et détestable qualification de « populiste », malgré le sursaut embrouilleur et un peu désespéré d’une une du Monde assez mal torchée (lire No Smoking, Libération du 10 février). Mélenchon, bien servi par la visibilité d’une prestation télévisée remarquée sur France 2, devenait ce « concurrent » que François Hollande se prit à considérer avec moins de morgue hautaine et d’arrogante ironie ; jusqu’à enfin daigner réhabiliter publiquement la règle du désistement réciproque, à gauche, pour le candidat le mieux placé avant le second tour.

 

Mais laissons les mots de la fin à Jean-Luc Mélenchon lui-même.

Ce sont les première pages de « Qu’ils s’en aillent tous : »

« Qu’ils s’en aillent tous ! » 

Ce sera demain le slogan de millions de gens. Ils iront prendre aux cheveux les importants parce qu’ils sont excédés de les voir piller et saccager notre pays, gaspiller les efforts des travailleurs, dilapider les savoir-faire, solder nos innovations et condamner la population de la cinquième puissance économique du monde à une misère croissante, au recul de tous les acquis sociaux arrachés en un siècle et demi d’Histoire. Ils le feront, révulsés par les moeurs arrogantes des amis de l’argent, écœurés par les modes de vie égoïste qu’ils imposent, indignés par les attrape-gogos du genre « travailler plus pour gagner plus », j’en passe et des meilleures. C’est clair ? Les belles personnes, les satisfaits, leurs griots, leurs donneurs de leçons qui tiennent le haut du pavé peuvent s’étrangler d’indignation. Ils peuvent brandir leur misérable carton rouge : « Populisme ! Dérapage ! » J’assume.

Il y a en ce moment une déplorable ambiance de nuit du quatre août, » redoute M. Copé. Ca vient Monseigneur ! Je suis amusé de voir comment les tirages de l’auto-collant « Casse-toi pov con » sont épuisés à mesure qu’ils sont livrés . J’en déduis qu’en phase active « Qu’ils s’en aillent tous », sera un feu d’artifice mille fois plus large. Car la consigne ne visera pas seulement ce président, roi des accointances et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s, elle concernera aussi toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel.

« Qu’ils s’en aillent tous ! », les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Et pendant que j’y suis, qu’ils s’en aillent aussi ces anti-héros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude !

Du balai ! Ouste ! De L’air !

Le pays regorge de talents bloqués derrière le mur de l’argent. Les partants seront remplacés en vingt-quatre heures par meilleurs qu’eux, plus soucieux des autres, plus inventifs, moins addicts au fric, plus loyaux avec leur patrie républicaine. Partout où je suis passé, ateliers, bureaux, haute administration, établissements bancaires, grands medias et tutti quanti, j’ai vu l’enthousiasme de la relève possible, débordante de vitalité. Pas de crainte à avoir. Il n’y aura pas de manque !

Oui ! Du balai ! Ouste ! De l’air !

Bon le sens du mot « balai » est-il clair, à présent, en langage Mélenchonien ?

Une langue que l’on parle, il me semble, en pays basque !

Ah ! Quel pied cette corrida de Bayonne !

Peuple de France quand tu donnes de la voix, c’est si bon…

Oui, reprenons la Bastille !



Mon commentaire: tout s'éclaire... LES HOMMES AU VOLANT, LES FEMMES AUX FOURNAUX. Je comprends enfin pourquoi c'est Royal qui a été envoyée ds les quartiers chauds de Marseille tandis que Hollande va au Bourget, à Dijon, etc. Et en Corrèze signer son livre pendant le G20. etc...