Sur le blog de Pascale Krémer.


Dans les classes préparatoires littéraires du très sélectif lycée Lakanal de Sceaux, des jeunes gens brillants et bûcheurs préparent l’entrée à Normale sup ou Sciences-Po. Et la révolution. C’est Pierre Ouzoulias qui dirige la section PC de Sceaux-Bourg-la-Reine, et mène actuellement campagne pour le Front de gauche, qui a vendu la mèche, enchanté de ce signe hautement révélateur, selon lui, d’un renouveau de l’extrême-gauche. Nous avons réunis dans un café le militant communiste de toujours et ces étudiants qui, en plein examens blancs, sont prêts à sacrifier deux heures pour expliquer leur engagement.

Pierre Ouzoulias, militant PC de toujours, et les étudiants de Lakanal qui se reconnaissent dans les idées du Front de gauche. @ P.K

Guillaume, Coline, Théo et Charlotte ont 19 ans, sont tous en seconde année de classe préparatoire, en khâgne AL (lettres) ou BL (lettres et sciences sociales). D’excellents élèves, issus de milieux sociaux privilégiés : leurs parents sont psychiatres, psychanalyste, éducateurs, ingénieurs, profs etc. « Plutôt de gauche mais pas extrême », résument-ils.

A l’exception des parents de Guillaume, « proches du PC, voire du NPA », dit leur fils qui, est-ce lié ?, est le seul du groupe réellement encarté Parti de gauche – les autres se disent sympathisants Front de gauche. C’est lui qui a su convaincre, autour de lui, une quinzaine d’étudiants de Lakanal d’adhérer aux thèses d’extrême-gauche dans cette campagne. Lui qui menait déjà dans tout Lille, en 2009-2010, la lutte contre la loi Darcos de réforme des lycées, lui qui coordonne désormais le réseau jeunes du Parti de gauche pour les Hauts-de-Seine, qui s’est mis à organiser des cafés-débats et a refondé avec d'autres « L’herbe et le clou », trimestriel créé il y a quelques année par la section Jeunesses communistes de Lakanal. « Au lycée, rappelle-t-il, le prosélytisme est interdit, pas l’expression politique… »

Où l’on découvre qu’au lycée Lakanal, l’engagement communiste ne date pas d’hier. Le réformateur Pierre Juquin y a été professeur d’Allemand. Au début des années 60, nous remémorait il y a peu le communiste scéen Joachim Isidoro, lui-même en classe prépa à cette époque, il y avait même une cellule de professeurs communistes. «Certains professeurs sont proches de mes idées, assure Guillaume. Et globalement, tous les profs sont ouverts. Il n'y a qu'en histoire, quand on parle du bilan de François Mitterrand, que les débats sont un peu plus tendus… » La sociologie, et surtout l’économie « libérale orthodoxe » que ces étudiants disent avoir pour programme, les poussent à la politisation.

Guillaume, jeune homme avenant à l’air doux, explique posément vouloir mener la «révolution citoyenne ». « Le peuple reprend le pouvoir, on passe en sixième république avec de nouvelles institutions. On fait avancer dans tous les secteurs l’économie sociale et solidaire. On nationalise les banques et le secteur de l’énergie ». La «pensée dominante » enseignée à Lakanal l’exaspère. Tous ces cours d’économie qui valident la politique menée par l’Europe ! Pour lui, le Front de gauche, qui s’est construit depuis 2005 sur le non au référendum européen, est la seule alternative crédible au programme PS. Un PS qui a le tort de ne pas envisager de sortir du Traité de Lisbonne.

« Hollande dit combattre la finance, mais seul Mélenchon explique comment on fait pour gouverner face aux banques", remarque le jeune homme, qui apprécie la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. "L’accent mis sur l’éducation populaire, l’implication citoyenne, sa façon d’expliquer les mécanismes, de sorte que les militants puissent s’emparer du raisonnement pour militer à leur tour. Ce n’est pas charabia-langue de bois. Je suis allé au meeting de Sarkozy à Lille, les militants ne s’approprient pas le programme, ils sont dans quelque chose de l’ordre du religieux ».

Son camarade Théo qui, influencé par son entourage familiale, était proche du PS, s’est rendu compte qu’il y avait au Front de gauche un dynamisme, « quelque chose de plus jeune, de nouveau, de moins mou dans le programme du PS». A Coline également, le Front de gauche « donne espoir ». « Un vrai espoir de changer notre façon d’aborder la politique. Mélenchon fait l’effort d’expliquer de façon simple, mais pas simpliste, il ne prend pas les gens pour des ignares. Je trouve que le PS répond aux questions de la droite, alors que le Front de gauche répond aux bonnes questions. Le PS ne remet pas par exemple en cause l’idée même de la dette. Ils partent avec un cadre de pensée légitimé par des années de politique de droite. » ....

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