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Par Anne-Sophie Jacques le 19/03/2012

"L’argent des riches ne sert à rien - qu’à s’augmenter lui-même" : partant de ce constat, Frédéric Lordon invite les grosses fortunes à s’exiler, et pour de bon. Cette sommation est l’objet du dernier billet paru sur le blog de l’économiste, la pompe à phynance, en réaction à l’annonce de Hollande visant à taxer les riches à 75%.

Souvenez-vous : Hollande a fait s’évanouir plus d'une grande fortune avec son 75%, dont quelques footballeurs. Pensez, si on assassine les riches fiscalement, ils vont s’exiler !

Tant mieux répond Lordon, "d’autant que leur fortune est inutile à l’économie." Parmi les arguments avancés dans ce long et savoureux billet, il en est un qui fait mouche : les plus riches investissent finalement peu d'argent dans l'économie réelle. Pour le prouver, l’économiste compare l’activité du marché primaire, "guichet de l’émission de nouvelles actions, c’est-à-dire lieu exclusif où s’opèrent les transferts réels de fonds (propres) des épargnants vers les entreprises", et le marché secondaire, "marché de l’occasion où ne s’échangent que des titres déjà émis", qui met "en rapport non pas entreprises et apporteurs de fonds nouveaux, mais les investisseurs financiers entre eux."

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Résultat: il y a finalement très peu d'achat d'actions sur le premier marché, donc très peu d'investissement productif : "Le total des émissions nettes d’actions cotées (1650 sociétés) pour 2010 est de... 13 milliards d’euros. Pour qui n’a pas les ordres de grandeur en tête, le caractère dérisoire de cette «performance» s’apprécie en la rapportant par exemple au volume total de l’investissement des sociétés non financières : 193 milliards." Conclusion : "Les riches ne font donc pas autre chose que d’alimenter, à fin de plus-value sans rapport avec le soutien de l’investissement productif, la gigantesque machine dissipative."

Non seulement il se crée peu de nouvelles actions mais, "paradoxe suprême : c’est le capitalisme actionnarial lui-même qui ne veut pas des émissions d’actions !" En effet, moins il y a d’actions, plus les actionnaires toucheront des dividendes. Autrement dit, mieux vaut couper le gâteau en trois plutôt qu’en douze. Voilà pourquoi depuis quelques années déjà, les grands groupes rachètent massivement leurs propres actions.

Et l’évasion fiscale qui menace ? Pour l’économiste, les exilés n’appartiennent plus à la nation : "Il faudra expliquer le principe simple de la corrélation entre la nationalité et l’impôt. Et puis les inviter à faire leur choix — mais pour de bon. Qu’ils fuient sous d’autres cieux à la recherche des taux d’imposition qui accroissent encore un peu plus leur fortune, c’est leur affaire. Mais prière en partant de déposer passeport, carte d’électeur, carte de sécu, et d’aller définitivement se faire pendre ailleurs."

Vous n’avez jamais vu Frédéric Lordon ? Alors retrouvez-le dans nos émissions avec Maja Neskovic ou en compagnie de Judith Bernard. Bon à savoir : Judith a mis en scène la pièce de l’économiste D’un retournement l’autre, elle est à voir par là.