par Chine Labbé et Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - Jean-Luc Mélenchon met François Hollande en garde contre la tentation de courir derrière les 6,4 millions d'électeurs du Front national pour laisser Nicolas Sarkozy, dont le camp va selon lui "exploser", s'enfoncer seul dans ce "piège".

Le candidat du Front de gauche, qui a recueilli 11,11% des voix au premier tour, a également déclaré dans une interview à Reuters qu'il se plaçait dans une "stratégie d'autonomie conquérante" face au Parti socialiste, dont il exige des gages pour obtenir l'adhésion de ses quatre millions d'électeurs.

L'électorat du Front national, la plus importante réserve de voix pour le second tour de l'élection présidentielle, s'impose comme l'épicentre du duel entre François Hollande, qui entend "convaincre" les partisans de Marine Le Pen, et Nicolas Sarkozy, dont le salut réside dans ce vote crucial.

Le FN est en mesure de se maintenir dans plus de 350 circonscriptions aux législatives de juin et l'UMP sera tentée de conclure avec le FN des "arrangements", a dit Jean-Luc Mélenchon en allusion aux appels du pied de Nicolas Sarkozy.

"Cette réalité va faire exploser la droite", a-t-il dit dans son bureau au siège du Parti de gauche. "Vous allez voir sous vos yeux, pouf, la droite partir en poussière, en petits morceaux."

Il a exhorté François Hollande, qui a dit lundi vouloir "entendre" les 17,9% d'électeurs qui ont apporté leurs voix à Marine Le Pen, à ne pas s'engager dans une voie restrictive, par exemple en matière de sécurité et d'immigration.

"Je ne pense pas que François Hollande fera la bêtise de se faire happer sur ce terrain", a-t-il déclaré.

JUDO POLITIQUE

Pour Jean-Luc Mélenchon, le candidat socialiste doit reconquérir le vote ouvrier, qui s'est porté à plus de 20% sur Marine Le Pen, et rallier à sa cause les électeurs du Front de gauche en leur adressant un message démontrant qu'il a pris la mesure de la colère montante dans la crise économique.

"Je pense que François Hollande a intérêt à situer le vote du 6 mai dans son contenu social", a-t-il dit en parlant des salaires, des minimas sociaux et de la situation européenne.

"Que veulent faire les autres? Parler du Front national, et si vous parlez du Front national, terminé, au revoir les questions sociales", a estimé l'ancien socialiste qui ne veut pas dire pour l'instant ce que le Front de gauche fera, lors des législatives, en cas de duel entre un candidat UMP et un FN.

Le front de gauche a appelé le PS à négocier pour les circonscriptions où un candidat FN risque d'être élu.

Il ne se place pas dans une logique d'union programmatique avec le Parti socialiste ou de participation à un gouvernement de gauche si François Hollande est élu, mais dans une concurrence avec la formation qu'il a quittée.

"C'est une stratégie d'autonomie conquérante", a-t-il dit en parlant de l'obligation de faire "du judo politique".

 

PRENDRE LE LEADERSHIP À GAUCHE

"Le Front de gauche doit à chaque étape trouver son point de passage entre une sorte de gauchisme sans perspective, une espèce de bourdonnement autour du mouvement socialiste et puis la récupération et l'alignement qui anéantirait immédiatement notre force", a-t-il ajouté sans cacher son objectif.

"Le but c'est de prendre le leadership à gauche" parce qu'il n'est d'après lui "pas possible" de changer la politique du PS de l'intérieur. "Il ne peut pas gagner sans nous, nous ne pouvons pas gagner sans lui."

L'Europe sera un test important et Jean-Luc Mélenchon met François Hollande au défi de respecter sa revendication d'un rôle plus grand de la Banque centrale européenne (BCE) pour soutenir la croissance dans une Union engagée sur la voie de l'austérité par le pacte de discipline budgétaire.

"Il faut qu'il enfonce le clou sur une position à laquelle il s'est rallié avant le premier tour, la BCE doit prêter directement aux Etats", a-t-il expliqué. "Je ne lui demande pas de se convertir à mon hostilité au traité de Lisbonne."

Une telle intervention est actuellement interdite par les traités et catégoriquement rejetée par l'Allemagne, même si la BCE a assoupli sa position en octroyant des prêts aux banques.

Si François Hollande suit son conseil, d'autres pays européens, comme l'Italie et l'Espagne, se rallieront selon lui à la position française.

Le député européen dit toujours réfléchir à ce que sera son rôle futur et, notamment, s'il se présentera aux législatives.

"Mon statut est à cette heure un peu incertain", a-t-il dit. "Je vois bien que la bataille, elle a lieu là", a-t-il toutefois ajouté, en faisant référence à l'Assemblée nationale.

"Toute ma hantise, c'est de ne pas me laisser enfermer dans un coin."

 

 

Avec Daniel Flynn, édité par Yves Clarisse