28 avril 2012
 
 
 
 
 
 
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Alors que l’élection présidentielle devrait être le sommet du rendez vous démocratique en France, il n’en est rien pour ce deuxième tour 2012. Le choix proposé ressemble en réalité, étonnamment à celui de 2002.


Un choix ? Quel choix ?

D’un coté, nous avons le candidat sortant, Nicolas Sarkozy, dont on connaît évidemment les ravages après 5 ans. Essayant de se créer une nouvelle virginité, il renie toutes ses déclarations passées et oriente son discours sur le terrain du front national, conforté par le score de 18% de la candidate nationaliste. Le discours est aussi basé sur la peur avec la menace d’impôts supplémentaires, de déficit abyssal et surtout de méconnaissance de la fonction.

En face nous avons le candidat Hollande qui après avoir brandi le vôte utile au premier tour, véritable confiscation du choix démocratique, et qui a coulé le vote écologiste et du front de gauche par des maneuvres détestables (désinformation dans les médias de gauche, trahison d’un accord écrit) , nous menace maintenant de 5 ans de plus de Sarkozisme avec un virage encore plus droitier du président sortant.

 

La peur face à la peur

Nous avons donc 2 candidats qui basent tout leur programme sur la peur de l’adversaire et non sur l’expression de solutions pour la sortie des différentes crises (oui, il n’y en a pas qu’une ) qui minent ce pays depuis bien des années. Le fait même d’orienter le débat sur le nombre de débat télévisé démontre encore la vacuité de cette campagne. Cela ne vous rappelle rien ? Oui, 2002 avec cette parodie de second tour qui a fait oublier ce pourquoi l’on votait face à la peur du fascisme que représentait alors Jean-Marie Le Pen. Mais depuis, ces idées n’ont fait que progresser, bien aidées par le scrutin de 2007 où au moins 53% des Français ont été dupés habilement par un discours plein de promesses, de mensonges et pourtant empli de haine et de division (souvenez vous du Kärcher, des émeutes qui ont précédé).

 

A-t-on oublié le passé ?

Il faudrait donc oublier la duperie du Traité Constitutionnel voté par Hollande comme par Sarkozy sous sa forme Lisbonienne, le fait que derrière Hollande nous avons toute l’intelligentsia Strauss Kahnienne (Moscovici, Le Guen…) qui a failli passer et dont on connaît les ravages autant dans la politique Européenne qu’au sein d’un FMI qui voulait déjà mettre à genou Grèce, Argentine, Islande, Espagne ou pays africains… Il faudrait donc oublier la duperie de l’accord EELV-PS où l’on a rayé des paragraphes sur l’utilisation des combustibles MOX. Il faudrait oublier le massacre que représente l’aéroport de Notre Dame des Landes poussé par un Jean-Marc Ayrault qui se verrait bien premier ministre. Il faudrait oublier la gestion du PS sous l’ère Hollande, les maneuvres visant à faire perdre Ségolène Royal pour s’en servir comme marchepied pour 2012, la gestion de la Corrèze dont personne n’est capable de donner un atoût pour l’avenir au contraire d’autres régions gérées par des socialistes d’ailleurs.  Et coté Sarkozy, entre affaires de financement, liens passés avec des dictateurs, fausses réformes sociales, augmentation du chomage, de la précarité, division du peuple par la stigmatisation des minorités, la liste est longue comme le bottin. Bref, le passif des deux candidats est lourd même s’il ne s’exprime pas sur le même terrain.

 

Un curieux discours d’entre deux tours

Ajoutons à cela les discours actuels des deux candidats qui visent plus les électeurs du FN, soi-disant perdus, que tous ceux qui ont eu des idées progressistes, modérées ou ont voulu apporter une réflexion en rupture avec cette pensée unique  qui endort la population. Si ces électeurs ont le droit d’être écoutés, les privilégier plus que les autres ne peut conduire qu’à la montée d’idées plus dangereuses et notamment le racisme, la peur de l’autre. On note souvent que ce sont les communes où il y a peu de population immigrée qui votent Front National, par méconnaissance de la réalité des choses, une réalité qui est si peu représentée dans les médias qui préfèrent verser dans le sensationalisme.

 

Des candidats autoproclamés par une élite

Nous nous sommes déjà fait l’écho de ces maneuvres qui ont visé à privilégier deux candidats qui auraient dû être tout autre si la courageuse Nafissatou Dialo n’avait pas été présente au Sofitel de New York. Entre la primaire baclée et le matracage, nous nous retrouvons avec deux candidats qui n’ont aucunement convaincu par leur programme respectif.  Tout nous permet de dire que ce deuxième tour est un piège dont il est délicat de se sortir.

 

D’autres options ?

Les autres options possibles sont donc l’abstention ou le vote blanc. Le vote blanc est bien comptabilisé dans les résultats mais n’est pas présent sur les tables des bulletins et peu médiatisé ce qui rend cette solution caduque. Il ne reste donc que l’abstention, vaste melting pot réunissant les déçus de la politique, les protestataires, des extrémistes opposés, des modérés…. Une force silencieuse en fait qui n’a pas trouvé de réponses dans le peu qu’on lui donne et qui reste tout de même la 3ème force dans ce premier tour. La question est : Que se passerait-il si l’abstention était la première force de ce pays ? Le satisfectit recherché par les deux candidats pour imposer une politique validé par à peine 20% ( 28% de 80% d’inscrits représentant 44 millions sur 65 millions de français ) de la population n’aurait plus de sens.

 

Le troisième tour

Et puis il reste surtout un troisième tour maintenant : Les législatives. Ce sont elles qui sont le réel objectif du Front National si toutefois la droite perdait ces élections. Ce sont elles qui devraient permettre localement de peser sur la politique mais sans proportionnelle, il y a peu de chance de changer le paysage politique français durablement…. quoique.

 

Et l’avenir ?

Le piège tendu aux électeurs est bien pire que cela en réalité. Si le PS remportait ses élections, il serait prisonnier de ses promesses pour 5 ans et la désillusion causée par l’échec très probable de sa politique de centre gauche social-libéral ne fera que causer une montée plus durable encore de extrème droite jusqu’à son aboutissement : la prise de pouvoir d’une manière aussi démocratique que celle observée en Allemagne en 1933 après…. la crise de 29 et la République de Weimar. La défaite de la droite créera sans aucun doute de nouvelles cissions dont espère profiter la leader du front national à travers la refondation de son propre parti et son élargissement à la droite de l’UMP, tandis que la politique pratiqué par un PS enfin au pouvoir discréditera celui-ci à nouveau pour de nombreuses années.

La victoire de la droite userait encore celle-ci aux yeux de l’électorat jusqu’à convaincre les plus récalcitrants d’aller voir du coté de l’extrème. Nul ne sait prévoir si tout cela n’aboutirait pas à une révolte ou bien à une victoire d’une gauche réellement refondée. Car une nouvelle défaite de la gauche entraînera une n-ième refondation factice d’un PS dont le discours complexe ne peut convaincre une population qui a besoin de résultats immédiats et visibles, seuls remèdes aux extrèmes.

 

L’enjeu est bien d’empécher notre pays de sombrer dans un chaos et/ou une dictature dont nous avons pu voir un exemple à Orange par exemple lorsque l’extrème droite avait pris la mairie. Mais surtout il faut se garder de reproduire les erreurs du passé. Paradoxalement, c’est donc sur une autre peur que nous pouvons baser cette troisième voie. L’abstention pourrait représenter la seule force encore capable de peser et de refonder une opposition, une réelle opposition, hors d’un système électoral et médiatique gangréné et permettant de proposer une autre république. Elle illustrerait un refus des candidats autoproclamés par une élite en dehors des réalités, tout autant qu’un refus de l’extrème droite et de ses idées qui s’insinuent d’ailleurs dans notre société. Mais elle s’accompagnera également d’une prise de pouvoir de l’un ou l’autre des candidats, deux candidats qui n’ont jamais accepté d’écouter d’autres voies/voix que la leur.

Aucune des solutions proposée n’est sans risque mais chacun doit décider en connaissance de cause. Souvenons nous juste que les résistances sont souvent longues, comme celle d’Aung San Suu Kiy qui après 20 ans s’est faite élire mais refuse malgré tout de donner son aval à une constitution antidémocratique*. Nous ne sommes pas encore la Birmanie mais si nous n’y prenons pas garde, c’est ce qui nous guette.

 

* mise à jour : Anung San Suu Kiy a finalement prété serment avec l’aval de toutes les forces d’opposition pour revoir cette constitution, et sous la pression occidentale.