Crise de la dette en zone euro

Pourquoi et comment les marchés financiers menacent l'union monétaire européenne.
Économie Aujourd'hui à 15h38
Alexis Tsipras, leader de la formation de gauche radicale Syriza, le 6 mai 2012 à Athènes au soir des législatives
Alexis Tsipras, leader de la formation de gauche radicale Syriza, le 6 mai 2012 à Athènes au soir des législatives (AFP)
 
 
Recueilli par Dominique Albertini

Rena Dourou, porte-parole du SyrizaLe parti de gauche radicale Syriza a créé la surprise en arrivant deuxième aux élections législatives grecques, dimanche dernier, avec 16,7% des voix. Rena Dourou, députée du parti, explique ce succès par l'exaspération provoquée par les mesures d'austérité imposée au pays. 

A quoi attribuez-vous votre succès aux dernières élections ?

La société grecque a lourdement souffert de deux ans d’austérité imposés par les gouvernements Papandréou et Papademos, politiques voulues par les créanciers du pays. En effet, et ce n’est pas un avis partisan, mais bien établi par des économistes de tous bords, le remède a tué le malade ! La cure d’austérité, suivant la logique néolibérale, a créé une récession profonde, un chômage massif et a conduit la société grecque à une paupérisation inédite pour les données européennes. Nous, Syriza, avons su répondre à la colère, mais également aux espoirs des électeurs.

Quelles sont les propositions du Syriza pour résoudre le problème de la dette et relancer la croissance en Grèce ?

Nous dénonçons le mémorandum signé par le Pasok [socialiste] et la Nouvelle Démocratie [droite], nous demandons un audit pour rejeter la dette illégitime, puis un moratoire sur le paiement du reste de la dette suivant le niveau de la croissance – comme l’a fait l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale.

Nous souhaitons aussi restructurer l’économie, en mettant l’accent sur la redistribution des richesses, en faisant payer ceux qui ne paient jamais - armateurs, grandes fortunes... -, en nationalisant indirectement les banques par recapitalisation, en protégeant les plus faibles : chômeurs de longue durée, retraités, mères célibataires...

Quel a été le résultat des consultations menées par le chef du Syriza, Alexis Tsipras, chargé de constituer un gouvernement ? 

M. Tsipras vient de rendre au président de la République le mandat pour former un gouvernement, après y avoir échoué. En raison d’une loi électorale antidémocratique qui accorde une «prime» arbitraire de 50 députés au parti arrivé premier, nous n’avons pas pu former un gouvernement qui aurait annulé les mesures exigées du pays, les baisses de salaires et de pensions.

Il s’agissait pour nous d’un moment crucial, d’un défi : à travers ce mandat, nous avons essayé de créer une nouvelle confiance avec la société pour obtenir son soutien à un gouvernement de gauche, en rencontrant les représentants des syndicats et des mouvements sociaux. Car une majorité parlementaire ne suffit pas pour mener le combat contre les politiques de rigueur : il faut avoir le soutien solide de la société.

Un compromis avec le Pasok sur les mesures d’austérité est-il définitivement hors de portée ?

Le Pasok doit faire son examen de conscience, car ses responsabilités sont évidentes dans la situation dramatique de la société : un million de chômeurs, une récession galopante, la multiplication des sans-logis, des pauvres, l’effondrement des systèmes de santé et d'éducation. Ce sont les socialistes grecs, dont le président de l’Internationale socialiste en personne, Giorgos Papandréou, qui ont ouvert la porte à l’Europe et au FMI en avril 2010 ! Et on sait bien quelles sont les conséquences sociales et économiques de leur programme : catastrophiques !

Nous ne pouvons donc envisager aucun compromis avec un parti qui a appliqué, en connaissance de cause, les politiques qui font des Grecs des parias en Europe ! Le leader actuel du Pasok, M. Vénizelos a demandé pardon. Mais vous conviendrez que c’est très insuffisant vu la catastrophe humaine et sociale provoquée par son parti.

Si aucune majorité ne se dégage dans les prochains jours, de nouvelles élections dans les prochaines semaines sont-elles inévitables ? 

Les chances sont grandes, effectivement, pour qu’un nouveau scrutin ait lieu au moins de juin. Mais il faut prendre en considération les fortes pressions de la part de l’establishment européen ainsi que des ex-grands partis, Pasok et Nouvelle Démocratie qui ont peur d’une nouvelle sanction de la part des électeurs. Ils feront pour tout pour l'éviter, en essayant de former un gouvernement «d’unité nationale», tout en essayant de ne pas suivre le message des électeurs : on ne veut plus de cette politique de rigueur ! Mais les citoyens enverront le même message, et de façon encore plus claire, en cas d'élections au moins de juin.

Si les engagements de la Grèce vis-à-vis de l’Europe sont déclarés caducs, le pays a-t-il un autre choix que la sortie de l’euro ?

Sortir de l’euro n’est pas une option pour nous. Il est, en revanche, nécessaire de sortir de l’actuelle politique de l’euro fort menée par la Banque centrale européenne, l’Allemagne et la France de Nicolas Sarkozy. C’est justement cette politique qui mène vers l’effondrement de l’eurozone, pas les propositions du Syriza, le Parti de la gauche européenne, ou de Die Linke en Allemagne.

Nos propositions visent à la construction d’une Europe solidaire, de l’emploi, de la croissance. Il ne s’agit pas que de la Grèce. Il s’agit d’un problème systémique qui demande une solution au niveau européen. Il faut changer les statuts de la BCE, abroger le pacte de stabilité, annuler le pacte budgétaire. Pour ce qui concerne la Grèce, nous avons des propositions bien concrètes, basées sur le budget national, qui garantissent le fonctionnement de l’Etat, des services, le paiement des salaires et des pensions, sans recours aux prêts internationaux.

Pensez-vous que le nouveau président français, François Hollande, souhaitera et parviendra à modifier la politique économique européenne ?

François Hollande, au cours de sa campagne, s’est engagé à renégocier le pacte budgétaire, en y ajoutant un chapitre sur la nécessité de la croissance. Si cela se confirme, c’est un premier pas vers la bonne direction. Mais c’est loin d’être suffisant. Il faut procéder à un changement significatif de la philosophie qui régit la politique européenne. C’est-à-dire rompre avec la logique néolibérale du capitalisme financiarisé, mettre l’accent sur l’emploi, la croissance, la solidarité. Sur ce point, je pense que le rôle du Front de Gauche est crucial car il peut presser François Hollande sur sa gauche. En tout cas, sa victoire change la donne, en cassant l’axe Merkel-Sarkozy.