Mélenchon : la politique comme un acte héroïque

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! (Corneille)
De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace (Danton)

Ce sont ces belles phrases qui viennent à l’esprit quand on apprend la décision de Jean-Luc Mélenchon de se présenter contre Marine Le Pen.
Henin-Beaumont. Tel est le lieu de la bataille.
Oui, pour être député, il aurait pu se contenter d’être « parachuté ». (Expression que reprend à tort « Libération », qui est pourtant un journal de gauche, non ?) On ne parachute pas sur un champ de mines. On parachute Gaino, par exemple, à Boulogne-Billancourt, que la droite tient depuis quarante ans. Ca, c’est un « parachutage » : un député qui ne prend aucun risque et se pose en terrain conquis.
Pas le genre de Mélenchon.
Mélenchon, à Henin-Beaumont, s’engage non pas dans un petit duel d’egos, une petite rixe régionale où il veut se venger d’un scrutin qui a été plus favorable à elle qu’à lui. Non. Il se lance dans la mère des batailles, l’indispensable combat qui l’oppose non seulement au FN mais aussi à l’UMP, qui la courtise, mais aussi au PS, qui a accepte des représentants qui rendent des comptes à la justice. Tous ses ennemis sont là qu’il peut mettre en échec d’un seul geste. Belle stratégie. Il avait commencé cette partie lors des présidentielles. Elle avait été interrompue sans qu’il puisse l’emporter d’une manière nette. Indiscutable. Il se représente, la traquant elle, ce symbole de notre politique en déroute, sur cette terre ouvrière qu’elle appelle « sa terre », elle qui est l’alliée du Capital.
Mais la meilleure façon d’expliquer cette décision est de donner la parole à Jean-Luc Mélenchon.
Comme toujours, dans ce qu’il écrit, l’énergie de la passion et la justesse de l’analyse garantissent la qualité de la forme et du fond.

Vient la question du Front National.
Elle est évoquée à propos de plusieurs des circonscriptions concernées par notre tour d’horizon. Elle est traitée dans les commentaires de ce blog parfois pour regretter que je donne l’impression d’une « fixation » sur le sujet !
On croit rêver !
C’est l’argument de la Le Pen elle-même !
Quoi ? L’extrême-droite est en progrès partout en Europe et la bonne réponse au problème posé serait de parler d’autres choses, et si possible ailleurs que là où la bête veut faire son nid ! Et ce serait ainsi qu’on ménagerait « l’autorité » des porte-paroles de notre cause ? Quand on n’ajoute pas en plus cette injonction que je ne dois pas être battu !
Les chefs dans les circonscriptions gagnées d’avance, ce n’est pas notre culture. Je suis allé mener combat avec les camarades du grand sud-ouest dans une circonscription européenne où nous n’avions pas d’élu. Si j’avais été battu c’est tout le pari du Front de Gauche naissant qui était atteint. Mais nous l’avons fait. Parce que nous faisons du suffrage universel l’arbitre de nos luttes et de nos choix. La planque et les « pousse-toi de là que je m’y mette » sur le mode de barons socialistes nous paralyseraient. Se ménager, ce n’est pas du tout notre façon d’aborder les problèmes qui s’annoncent. Pas du tout ! Et surtout pas la mienne.
Il n’y a pas d’un côté la lutte contre le Front National et de l’autre la bataille pour le partage des richesses, la protection des travailleurs et la 6ème république. C’est la même affaire ! C’est exactement comme de dire que la lutte contre la droite et pour le partage des richesses c’est la même chose.
Pourquoi ce qui est évident s’agissant de la droite devient moins certain quand il s’agit de l’extrême-droite ? La lutte contre l’extrême-droite serait seulement une lutte « morale » ? Une « fixation » particulière, comme on le dirait d’un thème trop étroit ? L’extrême-droite est le rempart du système quand celui-ci ne parvient plus à se maintenir avec ses forces et moyens traditionnels. L’extrême-droite est en train de fournir les thèmes qui restructurent idéologiquement la droite. Elle n’est donc pas à la marge de la bataille !
La lutte contre le capitalisme et la lutte pour la représentation politique de cette lutte sont une seule et même chose !

Cette stratégie me paraît admirable pour plusieurs raisons.
La première, les joueurs d’échec la comprennent : c’est en son point fort qu’il faut menacer l’adversaire. Or attaquer le FN et sa plus médiatique représentante, c’est dénoncer et vaincre un mode de pensée fasciste qui se banalise. Oui. Fasciste. Même au niveau de l’Etat. Quand on voit en Europe, comment l’Eurogenford traite les manifestants, on sait vers où l’on glisse.
La seconde c’est que, se faisant, il court-circuite tous les medias qui lui auraient laissé la part congrue, donnant la vedette à la si gentille blondinette de service. Là, parlant d’elle, ils ne pourront parler que de lui. Très jouissif de les voir ainsi piégés. Nous n’avons pas fini d’en entendre parler et sur toutes les chaînes ! On ne saura même plus ce qu’Hollande préside ni qui demande à être député et où. C’est l’ère de la politique-spectacle ? Ils vont en avoir du spectacle ! Dès ce soir à 20 heures sur TF1. Non, on ne peut plus cacher Mélenchon à 7 heures du matin sur Itélé.
La troisième c’est de mettre en lumière les dérives du PS. On sait ce qu’il en est de cette circonscription du Nord. Le succès du Fn dans cette région ne vient-il pas du dégoût des électeurs pour une gauche affairiste aux mœurs douteuses ? Les élections présidentielles sont passées. Sarkozy a été éliminé. Une autre partie commence. Hollande n’est plus un concurrent. S’il s’éloigne de la droite-ligne de la morale de gauche, il est un adversaire. Henin-Beaumont, avec Marseille, est un des hauts-lieux de la pourriture dénoncée du parti.
La quatrième, c’est le risque pris. Car même si une étude rapide le donne favori dans cette région, il y a tout de même un risque de perdre. Sur ce risque il s’est expliqué. Il ne le craint pas. Et ce choix lui donne une stature qui dépasse une vie politique mesquine. Seul celui qui ne craint pas la défaite mérite la victoire.
Aurait-on encore des doutes sur l’excellence de cette décision, il suffirait de lire l’édito de « Libération » avec ses éternelles photos le représentant comme un monstre, terminant sur les propos gracieux de Mme Le Pen ou, plus encore, d’écouter Barbier qui regrette que Mélenchon s’attaque au FN négligeant le social ! La vérité qu’il faut répandre. Qu’il est gentil de donner de bons conseils ! Ah ! Barbier ! Ta pauvre mine nous renseigne. Là, il vous a roulés et de belle façon !

Il y aurait donc en politique dans ce monde de compromis et de crimes, une manière de se battre qui serait héroïque.
Car l’héroïsme, ce mode de pensée dont nous sommes si éloignés, ne craint ni la défaite, ni les reproches. Il est un acte solitaire dont dépendent de multiples destinées. Il a ce côté brillant, étonnant, unique qui invente une histoire que l’on se racontera ensuite.
Qui aurait pris cette décision dans ce monde pourrissant où les idées du FN commencent à paraître acceptables ?
A ce sujet, je voudrais dire ceci : certains qui votent le ¨Pen, s’affirment gens de bien, nullement racistes. Souhaitant simplement qu’il y ait moins d’étrangers.
Tuez-les de vos mains, très chers frontistes innocents, ces étrangers. Ce sera le seul moyen de vous en débarrasser. Que vous raconte-t-on ?
Le monde est tel que ces pauvre réfugiés de la misère, autrefois Européens, aujourd’hui arabes et africains, seront chez nous, pays central, de plus en plus nombreux. Qui accueillera tous les réfugiés Japonais, tous les réfugiés des Maldives, tous les réfugiés des catastrophes écologiques qui se préparent puisque seulement 11,11 % de Français veulent une planification dans ce domaine ? Qui créera un monde vivable pour eux, si nous n’avons pas su, dans notre pays même, créer pour nos enfants même, un monde d’équilibre et de respect face à la nature, si nous n’avons pas su chasser les malheurs des mafias qui nous rongent ?
Voilà nos devoirs et remerciez les mains étrangères qui peuvent nous aider à les accomplir. Et cessez de vouloir les couper quand vous embrassez les mains qui vous volent.
Mais qui sait d’où vient le vent du malheur ?
L’ignorance des peuples est bien la cause première de leur défaite. Et ceux qui ne comprennent pas les dangers qui approchent comment pourraient-ils s’en protéger ?
IL faut encore apprendre, expliquer et recommencer cette admirable leçon d’éducation citoyenne qui a été le fonds de la campagne présidentielle. Brillante campagne du Front de Gauche qui a réveillé le goût de l’action et de la justice. Le goût du combat et du don de soi.

Qu’aurait-il fallu faire ? La laisser gagner et parader à l’assemblée Nationale ?
Qu’aurait-il fallu faire ? Laisser l’UMP l’accueillir avec des fleurs ?
Qu’aurait-il fallu faire ? Aller gagner on ne sait quelle circonscription facile ?
Passer deux ou trois fois sur quelque chaîne secondaire quand elle aurait eu tous les hommages d’une presse qui a intérêt à lui donner du poids ?
Baisser la tête ? Accepter l’extrême-droite comme une fatalité de ce temps ?
Non.
C’est peut-être cela être un héros.
Dire « non » quand la faiblesse commune a peur de l’affrontement et de la défaite.
Quand même doutent les alliés.
Toutes les légendes nous les présentent dans des combats difficiles, quand la situation de leur patrie est telle qu’elle est bouleversée et perdue si rien ne se passe qui dépasse tout.
Oui, ils doivent prendre des risques
.
Jean-Luc Mélenchon, nous sommes honorés de votre décision. Elle nous met non pas, au front, le rouge de la honte mais, aux joues, le rouge du courage quand on s’élance sans rien craindre sur le champ de bataille.
Sabre au clair, général Mélenchon !

Et soudain, au sommet de la colline, l’armée que l’on croyait défaite parut dans l’élan de ses chars et de ses cris, un vent humain que l’injustice levait, balayant tout…