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Olivier Dabène, professeur à Sciences Po, chercheur au CERI
 
LES GRANDES LIGNES :
 
- Il y a consensus, en Amérique latine, pour rejeter le modèle néo-libéral imposé par les institutions internationales dans les années 1980.
 
- La phase actuelle est marquée par le retour de l'Etat et de la politique, mais par des voies différentes, plus parallèles qu'opposées.
 
- L'Amérique latine, riche en matières premières, bénéficie de l'augmentation des cours. La croissance repose sur l'exportation de ces matières premières. Les gouvernements cèdent à la facilité en utilisant la rente de manière clientéliste.
 

- Au Venezuela, les revenus pétroliers (95% des exportations) financent la politique sociale de la révolution bolivarienne de Hugo Chavez.
 
- Au Brésil, l'exportation de matières premières contre l'importation de produits finis chinois fait craindre un début de désindustrialisation.
 
- Sur le plan social, les allocations conditionnées du gouvernement brésilien aux plus pauvres donne des résultats. On manque de données claires sur l'impact des « missions » chavistes ciblant certains secteurs de la population.
 
- Au niveau international, les différences sont très grandes. Anti-impérialiste, antiaméricain, le Venezuela s'allie avec les « Etats voyous » ; soucieux de « tenir son rang » dans le monde, le Brésil mène une politique plus apaisée, notamment vis-à-vis des Etats-Unis.
 
- Sur le continent, le chavisme est en perte de vitesse. Chavez est malade et les voisins du Venezuela n'ont pas de pétrole. La voie brésilienne fait aujourd'hui l'unanimité.
 
EXPOSE
1. Le rejet unanime du modèle néo-libéral
Deux voies s'offrent à l'Amérique latine. Des voies, plutôt que des modèles, car les stratégies de Luiz Inácio Lula da Silva et de Hugo Chavez ne sont ni réplicables ni exportables.
En Amérique latine, il y a toujours eu des modèles de développement économique et politique. C'est un continent assez consensuel de ce point de vue. Au moment où il entre dans la modernité et commence son insertion dans l'économie internationale, à la fin du 19e siècle, prévaut un modèle très libéral, reposant sur le commerce international. Après les années 30, pendant un demi-siècle, l'Amérique latine essaie de s'industrialiser, sous l'égide d'un Etat fort. Cela bute sur la crise des années 1980. Puis, pendant une vingtaine d'années, le « consensus de Washington » se fonde sur une option très néo-libérale, axée sur la promotion du commerce, l'ouverture à la compétition internationale, la démocratie.
Aujourd'hui, on est dans une phase de rejet de cette période. C'est la raison pour laquelle l'Amérique latine est presque totalement gouvernée à gauche. Mais il y a divers degrés de radicalité du rejet. C'est ce qui fait la différence entre les options suivies par les Etats. On observe partout, sur le continent, la volonté de réhabiliter l'Etat comme promoteur du développement et le politique comme régulateur de la société. On est passé du tout marché au tout politique ou au tout Etat. Pour l'Amérique latine, c'est une forme de retour aux années 1950 et 1960.
Le volet social du modèle antérieur a fait l'objet de nombreuses critiques sur le continent.  Même les organismes multilatéraux à l'origine des choix néolibéraux – Banque mondiale, Banque interaméricaine de développement – reconnaissent que les politiques d'ajustement mises en œuvre pendant ces années-là ont eu un coût social important. Pauvreté et inégalités se sont accrues. Il faut donc corriger ces déséquilibres sociaux.