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| 11.07.2012 à 17h48 • Mis à jour le 11.07.2012 à 18h05

Par Sylvia Zappi

Benoit Hamon et Henri Emmanuelli, lors du congrès de Reims en 2008.

L'annonce les a surpris puis mis en colère. La décision de Martine Aubry de rédiger une contribution commune avec Jean-Marc Ayrault pour le congrès du PS, prévu du 26 au 28 octobre à Toulouse, a pris de court la gauche du parti. Le courant "Un monde d'avance", codirigé par Benoît Hamon et Henri Emmanuelli, entendait bien y faire entendre sa petite musique. Elle hésite sur la manière de s'y prendre.

L'espace est désormais étroit pour cette aile remuante qui a fait 18,5 % au congrès de Reims, en 2008. La première secrétaire et le premier ministre ont balisé - voire cadenassé - le terrain laissé au débat du congrès. En affichant leur volonté de "tracer les perspectives d'avenir pour le Parti socialiste et la gauche au pouvoir", leur texte assure que le PS doit "soutenir le gouvernement dans la mise en œuvre des 60 engagements du programme présidentiel".

Lors de sa présentation, mardi 10 juillet en bureau national, les deux signataires ont précisé qu'ils appelaient "l'ensemble des dirigeants du PS, comme les membres du gouvernement, de soutenir de façon exclusive" leur texte. 

"VERROUILLAGE DU CONGRÈS"

La méthode en a énervé quelques uns dans l'entourage de Hamon et Emmanuelli. Première à réagir mardi, Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris, a ironisé sur le "verrouillage" du congrès. Ses amis lui ont emboité le pas. "Le caractère exclusif est pour le moins étonnant. Le dialogue dans le parti doit exister", note Pouria Amirshahi, député des Français de l'étranger. "Ils sont en train de fermer le rideau sur l'étape des contributions, rare moment de liberté intellectuelle où on se renifle", peste Jérome Guedj, conseiller général de l'Essonne qui tweete son énervement.

Henri Emmanuelli, l'autre animateur du courant, est plus mesuré. "Je suis surpris. Je ne connais pas de précédent, même sous un gouvernement de gauche", souligne le député des Landes pour qui la contribution Aubry/Ayrault est "manifestement annonciatrice d'une motion commune". Aux yeux du ténor de la gauche du PS, "le congrès ne peut être achevé avant d'avoir commencé". Ses amis et lui travaillent à une contribution qui sera déposée avant le 18 juillet. Pour la suite, "nous allons réfléchir", dit-il.

"LE SORT DE LA GAUCHE DU PARTI"

Le courant est en fait divisé sur l'attitude à adopter et l'opportunité de déposer une motion. Certains plaident pour un ralliement à la motion de la première secrétaire et du premier ministre, arguant que le score attendu lors du vote sur les motions risque d'être plus faible qu'en 2008.

D'autres estiment au contraire qu'il leur faut se faire entendre. "La vitalité du parti est en jeu et le sort de la gauche du parti aussi. On ne peut pas rester figé sur la déclaration de politique générale du premier ministre. Le parti a besoin de cette autonomie d'expression", plaide M. Guedj. "On a voté la confiance à Ayrault. Il n'y a pas de question sur l'unité du PS et tout le monde a envie que le gouvernement réussisse. Alors où est le problème maintenant ?", s'interroge M. Amirshahi.

Pour Henri Emmanuelli, pas besoin de se précipiter dans le "piège" tendu, le courant a jusqu'au 12 septembre pour se décider. La motion unique est compliquée à gérer : soit la gauche du PS la signe et participe au verrouillage qu'elle dénonce, soit elle fait la sienne et risque de se faire accuser de diviser le parti. "Il doit y avoir une place pour un débat raisonnable", conclut le député.

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Sylvia Zappi