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Créé le 27/07/2012 à 09h31 -- Mis à jour le 27/07/2012 à 16h03
Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg quitte l'hôtel Matignon, le 26 juillet 2012

Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg quitte l'hôtel Matignon, le 26 juillet 2012 Bertrand Langlois afp.com

 

ECONOMIE - Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, demande à Jean-Paul Huchon de revoir sa copie...

C'est une décision qui fait désordre à l'heure où le gouvernement se bat pour que les opérateurs téléphoniques rapatrient leurs centres d'appels en France. Selon Le Parisienle Syndicat des transports parisiens, auquel appartient la région Ile-de-France appartient, envisage de délocaliser le sien au Maroc ce qui devrait se traduire par la suppression de 80 emplois en France.

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a indiqué vendredi avoir demandé au président de la Région de «reconsidérer» ce choix.  «J'ai dit à Monsieur (Jean-Paul) Huchon qu'il était utile de reconsidéréer la décision en remettant l'appel d'offres sur le métier», a expliqué Arnaud Montebourg sur Europe 1.

Une décision pas acceptable

Le Stif, autorité organisatrice des transports en Ile-de-France, présidé par le socialiste Jean-Paul Huchon, également président de la région IDF, a choisi, sur appel d'offres, pour ses relations clients, un prestataire disposant d'une plate-forme téléphonique au Maroc. Arnaud Montebourg a précisé qu'il souhaitait que «dans les services publics, dans la commande publique, nous ne soyons pas prisonniers de règles qui contribuent à délocaliser les emplois». Le gouvernement se bat «pour les relocaliser ce n'est pas pour accepter qu'on les délocalise», a-t-il poursuivi. 

 


Stif: Montebourg met la pression sur Huchon par Europe1fr

 

Une ligne également défendue par Valérie Pécresse, conseillère régionale qui fustige le double disocurs de la gauche en matière d'emploi. Elle rappelle dans un communiqué que le groupe Mouvement populaire avait voté contre la délibération visant à transférer à un nouveau prestataire dont les centres d’appel sont installés au Maroc, la gestion des cartes de la tarification sociale des transports en Ile-de-France, jusqu’à présent réalisée par une entreprise dont les emplois sont localisés en France, à Fontenay-le-Comte (Vendée) et Saint-Avold (Meurthe et Moselle). «Le groupe Mouvement populaire demande à nouveau à Jean-Paul Huchon de prendre toutes ses responsabilités et d’étudier immédiatement toutes les voies de droit pour relancer ce marché avec pour objectif de préserver l’emploi en France qui doit être la première priorité», souligne l'ancienne ministre.

Jusqu'à samedi pour changer d'avis

Philippe Jousset, co-président de Webhelp, la société qui détient ce marché jusqu'au 1er février 2013, a indiqué que la région avait jusqu'à samedi pour changer d'avis. Il explique que le conseil d'administratif du Stif a «suivi l'avis d'une commission technique de donner le marché à un confrère plus avantageux sur le prix». Cette entreprise a positionné un centre d'appel au Maroc où les coûts sont deux fois moins élevés qu'en France, souligne-t-il. Une heure de centre d'appels coûte 28 euros en France contre 14 euros au Maroc, selon Le Parisien. Dans les colonnes du quotidien, Philippe Jousset explique qu'il n'aura pas d'autre choix, que d'envisager un plan social: «Vu le contexte économique, nous n'avons quasiment aucune chance de trouver en l'espace de cinq mois un contrat qui nous permettra de compensser les deux à trois millions d'euros de chiffre d'affaires que nous générait cette activité». Du même souffle, il rappelle qu'aujourd'hui Webhelp et le plus gros employeur à Fontenay-le-Comte et Saint-Avold, deux villes de moins de 20.000 habitants.

De son côté, un élu administrateur du Stif, Philippe Sainsard (PS), a estimé qu'«aucun élément ne permet de revenir sur cette décision». «Je confirme que le marché a été pris en application du code des marchés publics», a-t-il expliqué. «Un débat a eu lieu en commission, mais aucun élément ne nous permet de revenir sur cette décision». «Nous avons alerté les services de l'Etat sur cette situation», a-t-il ajouté.

Xavier Bertrand, député de l’Aisne, demande lui solennellement à Arnaud Montebourg et Jean- Paul Huchon de revenir sur l‘appel d’offre: «Tous les raisonnements administratifs ne sauraient expliquer ou justifier une telle mesure néfaste pour l’emploi. D’autant que des clauses favorables à l’emploi peuvent être prévues dans les appels d’offre des marchés publics», explique-til dans un communiqué.

Pas de surenchère protectionniste, dit Hollande

Pour sa part, François Hollande a affirmé que les «règles en matière de marchés publics ont été respectés» par le Stif. Interrogé par la presse lors d'une visite chez Valéo, à La Verrière, dans les Yvelines, vendredi matin, il a exhorté les responsables publics à «faire prévaloir», autant qu'il est possible au regard des règles existantes, «le travail en France». «Il y a des règles en matière de marchés publics, elle ont été respectées dans ce cas», a déclaré le président Hollande. «Ensuite, c'est à chaque responsable public, en fonction des règles qui existent, des règles de la concurrence, à faire autant qu'il est possible prévaloir le travail en France», a-t-il ajouté. 

«Mais il y a aussi ces contraintes qui existent au plan européen et qui doivent être respectées», a-t-il répété. «Je ne suis pas favorable à ce que nous entrions dans une surenchère protectionniste», a souligné le président Hollande. «Je demande à tous les responsables publics, où qu'ils se situent, même s'ils ne sont pas dans la sphère étatique, et donc les collectivités locales, d'être très attentifs», a-t-il poursuivi. «Chaque fois qu'il est possible, en fonction des règles que nous connaissons et que nous devons respecter (...) qu'il y ait le choix de ce que tout ce qui peut être favorable à la fabrication en France ou au travail en France. Chacun doit entendre ce message», a-t-il conclu.

Jean-Paul Huchon, président de la région depuis 1998, a répondu que l'appel d'offres avait été passé dans les formes légales imposées au plan européen, qui interdisent de faire de la localisation des emplois un critère de choix. Il explique avoir écrit au gouvernement pour lui demander de modifier la loi et changer le code des marchés publics sur ce point, mais n'envisage pas de revoir la délocalisation. «Jean-Paul Huchon étudiera toutes les voies légales possibles pour faire face à cette situation. Il évoquera les suites à y donner avec l'ensemble des élus», écrit-il.

L'emploi dans les centres d'appels téléphoniques fait l'objet de discussions, France Télécom jugeant par exemple possible de rapatrier ses centres à condition de pouvoir les faire fonctionner 24 heures sur 24. Le gouvernement présentera à la rentrée des mesures de soutien aux opérateurs pour éviter les suppressions d'emplois dans le secteur et relancer l'investissement.

 

M.B. avec AFP