Sur LE MONDE

vendredi 3 août 2012

 

Inopportun renforcement des relations entre l'Union européenne et Israël!!

 

Des jeunes de Ramallah squattent devant un batiment des Nations UNies pour dénoncer l’hyprocrisie de l’Union Européenne, qui décrit les atrocités commises par l’occupant israélien, tout en renforçant ses collaborations avec lui.

"En tant que jeunes Palestiniens, nous sommes las de l’hypocrisie de l’UE et de sa politique méprisante qui recourt aux programmes d’aide et de développement pour masquer sa lâcheté politique et sa complicité dans les crimes israéliens ; il convient de montrer clairement que tout le soutien financier qui va à l’AP est dérisoire lorsque l’UE offre inconditionnellement son soutien politique, commercial, universitaire et autre à Israël. La politique de l’UE n’a servi qu’à prolonger l’occupation israélienne et notre oppression. Le temps est venu pour les Etats membres de l’UE et pour l’UE dans son ensemble de décider – soit de prouver leur soutien aux droits de l’homme, soit de poursuivre leur soutien à l’occupation violente et au régime d’apartheid d’Israël et de risquer de perdre non seulement le peuple palestinien mais aussi les peuples arabes et tous les gens doués d’une conscience dans le monde entier.

Par la présente, nous appelons l’UE (1) à geler immédiatement la nouvelle relancée des relations avec Israël, (2) de suspendre l’Accord associatif existant entre l’UE et Israël tant qu’Israël ne se soumettra pas aux lois internationales et (3) d’examiner et de mettre un terme au travail de toutes les sociétés européennes tirant profit de l’occupation israélienne et de la politique d’implantation des colonies.

Hormis des actions réelles dans le sens des points précités, le mouvement des jeunes Palestiniens s’organisera en rue de protester contre cette manifestation toute récente de la complicité de l’UE et s’opposera à sa présence et à ses opérations en Palestine."

Palestinians for Dignity

30 juillet 2012, Ramallah occupée

Publié sur International Solidarity Movement. Traduction pour ce site : Jean-Marie Flémal.

 

 

 

 

 

Une décision européenne que Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH, commente ainsi dans LE MONDE  :

 

"C’est entendu, l’Union européenne (UE) ne va pas "rehausser" ses rapports avec Israël, elle va "seulement" renforcer ses liens par le biais de plus de 60 nouvelles activités très concrètes, comme le mouvement des personnes, l’agriculture, la sécurité ou encore la coopération, grâce à sept des agences les plus importantes de l’UE. Simultanément, elle va maintenir ses regrets, voire ses préoccupations concernant le blocage du processus de paix, les progrès de la colonisation, les entraves au développement de la Cisjordanie et de Gaza, tout en proclamant son attachement à résoudre le conflit israélo-palestinien.

Trois éléments caractérisent la politique européenne dans cette région du monde : le constat critique des errements de la politique israélienne, le refus ou l’incapacité de tirer les conséquences de ce constat et le rôle de pourvoyeur de fonds, pour se donner sans doute bonne conscience. En attendant, le drame continue.

De leur côté, les Palestiniens vivent depuis des décennies dans une situation insupportable et arbitraire. Ils sont confrontés à la violence, aux obstacles pour produire, apprendre, se soigner, se marier et être reconnus comme un peuple ayant droit à un Etat, avec des frontières aussi sûres et reconnues que celles d’Israël.

Inutile de s’étendre sur la véritable politique de prédation menée par les gouvernements israéliens qui se sont succédé, même si certains veulent l’oublier ou la dissimuler sous d’autres mots. L’immobilisme de la politique européenne est encore moins acceptable qu’auparavant parce qu’il semblerait que l’Union européenne n’ait toujours pas pris la mesure des bouleversements intervenus autour d’Israël et de la Palestine. En Tunisie et en Egypte, de la Libye à la Syrie, et même dans les monarchies du Golfe, les régimes sont tombés ou sur le point de vaciller.

Ce que l’on nous disait impossible - peut-être parce que l’on pensait que ces peuples ne partageaient pas la même humanité - est advenu : la dictature et le népotisme ont été refusés, l’aspiration à la dignité et à la liberté l’ont emporté sur la peur. Le modèle démocratique, avec les incertitudes qu’il comporte, est bien à l’ordre du jour.

Pourtant, l’Union européenne, décrédibilisée par son soutien quasi systématique aux dictatures et par une crise économique et sociale sans précédent, ne semble toujours pas avoir pesé les conséquences de cette situation. Le sort du peuple palestinien ne sera plus la variable d’ajustement sur laquelle jouaient les régimes conservateurs arabes pour calmer les impatiences de leur propre peuple. Pour que l’avenir des transitions en cours s’inscrive dans une perspective démocratique et que les mots de liberté, d’égalité des sexes et de liberté de conscience s’ancrent dans des sociétés qui ne demandent qu’à respirer, il faut cesser de tenir un double discours et restituer aux faits leur sens.

Comment justifier que la politique des différents gouvernements israéliens trouve toujours, au-delà de l’allié permanent que sont les Etats-Unis, une oreille complaisante auprès des Européens ? La culpabilité qui résulte de la destruction des juifs d’Europe par les Européens eux-mêmes ? Cette rhétorique culpabilisante n’a plus la même résonance aujourd’hui.

Parce qu’Israël serait un morceau de cette Europe pétrie de démocratie et de liberté, perdu au milieu de notre traditionnel ennemi que serait l’islam ? Ce serait renouer avec le choc des civilisations de la pire des manières qui soit mais, plus encore, ce serait faire croire à Israël qu’il peut vivre en dehors de son environnement.

Qu’elle porte le nom d’impératif moral ou d’intérêt géopolitique, en appelant à rendre justice au peuple palestinien, aucune raison ne justifie la politique abstentionniste de l’Union européenne.

L’"approfondissement" des rapports économiques et de coopération entre l’UE et Israël résonne dans ce contexte comme une légitimation. Il s’agit d’un permis délivré aux autorités israéliennes pour poursuivre une politique empêchant de résoudre le conflit, au grand bénéfice des plus radicaux, mais aussi au préjudice des transitions en cours dans toute la région. On peut s’imaginer, comme les dirigeants israéliens, que tout est bon à prendre tant que cela dure. Jusqu’à l’abîme ?"

Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH et Michel Tubiana, président du REMDH

http://www.lemonde.fr/idees/article...

CAPJPO-EuroPalestine