Le Monde.fr avec AFP | 06.08.2012 à 08h28 • Mis à jour le 06.08.2012 à 11h29

Le premier ministre syrien, Ryad Hijab, a été limogé, rapporte lundi 6 août la télévision d'Etat syrienne. Ancien ministre de l'agriculture, il avait été nommé en juin par le président Bachar Al-Assad à la tête du gouvernement, à la suite des élections législatives du mois précédent qui avaient été boycottées par l'opposition.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), il aurait quitté la Syrie."Il a fui la Syrie", a expliqué Rami Abdel Rahmane, chef de l'OSDH.
Lundi, un attentat à la bombe a secoué le bâtiment de la radio-télévision syrienne à Damas, faisant un nombre indéterminé de blessés, a déclaré le ministre de l'information syrien, Omrane Al-Zohbi. "Une bombe a explosé au troisième étage du bâtiment de la radio-télévision syrienne faisant des blessés", a précisé le ministre. L'explosion a eu lieu dans les bureaux de la direction générale, qui n'a pas interrompu les programmes. Le bâtiment se trouvant dans un quartier ultraprotégé de la capitale.
"Cet attentat montre combien sont vils ceux qui appuient les groupes conspirant contre la Syrie. Ils se trouvent au Qatar, en Turquie, en Arabie saoudite ou appartiennent au Mossad" (israélien), a dénoncé Omrane Al-Zohbi. La chaîne officielle d'information en continu Al-Ikhbaria a montré le ministre de l'information inspectant le troisième étage. Les murs sont éventrés, les chaises renversées, des fils électriques pendent du plafond, des canalisations d'eau rompues, alors que des secouristes évacuent un blessé.
Ce n'est pas la première fois que la télévision officielle est visée par une attaque. Les rebelles avaient attaqué sans succès samedi le bâtiment de la télévision d'Etat à Alep, et, le même jour, l'Observatoire syrien des droits de l'homme confirmait qu'un présentateur de la télévision Mohammad Al-Saïd, enlevé à la mi-juillet à son domicile à Damas, a été exécuté.
VINGT MILLE MILITAIRES, CONTRE 6 000 À 8 000 REBELLES
A Alep, l'armée syrienne a achevé son déploiement et continue à livrer bataille aux insurgés avant de lancer l'offensive décisive pour le contrôle de cette métropole du nord de la Syrie, enjeu crucial du conflit. Des bombardements et des tirs d'arme automatique été entendu lundi dans plusieurs quartiers de la ville, poumon économique de la Syrie, causant la mort de huit civils et d'un commandant rebelle, a indiqué l'OSDH. Les bombardements ont visé le palais de justice, dans le centre, et les quartiers de Char et de Marjé, dans l'est de la ville.
Des tirs d'arme automatique ont aussi été entendus le quartier de Salaheddine, dans l'ouest, bastion rebelle où un commandant insurgé a été tué, et dans le quartier de Bab Al-Nairab, dans le centre, où un civil a été tué par un tireur embusqué. Depuis le début de la journée, 28 personnes ont tuées à travers la Syrie, dont 21 civils et huit rebelles, selon l'OSDH.
L'armée a achevé l'envoi d'importants renforts à Alep, théâtre d'affrontements depuis le 20 juillet. "Tous les renforts sont arrivés et encerclent la ville. L'armée est désormais prête à lancer l'assaut décisif, mais elle attend les ordres, a affirmé une source de sécurité. Cependant la guerre risque de durer, car il va y avoir des batailles de rue pour déloger les terroristes." Selon un responsable de la sécurité, au moins 20 000 militaires ont été déployés sur le front d'Alep, où les rebelles comptent pour leur part entre 6 000 et 8 000 hommes, d'après le journal Al-Watan, proche du pouvoir.
Dans une interview à la radio Europe 1, Bassma Kodmani, responsable des relations extérieures du CNS a assuré qu'un "carnage" était annoncé à Alep. "Aujourd'hui, attendre une solution militaire, c'est catastrophique", a-t-elle assuré.

UNE QUARANTAINE DE CIVILS "MASSACRÉS" À HAMA
Le Conseil national syrien (CNS) a accusé lundi l'armée du président Bachar Al-Assad d'avoir commis un "massacre" ayant fait une quarantaine de victimes dans une localité de la province de Hama, dans le centre du pays. Selon le CNS, principale coalition de l'opposition, ce massacre commis à Harbnafsa, 8 000 habitants, dans une province sunnite "s'inscrit dans le cadre d'un exil confessionnel" forcé. Le communiqué précise que les troupes ont d'abord pilonné la localité à l'aide de chars pendant plus de cinq heures, avant de la prendre d'assaut, faisant une quarantaine de morts et quelque 120 blessés graves.
Le CNS accuse les forces de sécurité et les "chabbihas", les nervis du régime, venus de villages voisins, d'avoir pourchassé les fuyards à l'aide d'armes à feu et d'armes blanches. L'opération se poursuivait encore lundi matin, s'étendant à d'autres localités de la province, selon le CNS, qui a dénoncé une "boucherie" visant, selon lui, à provoquer un "exil confessionnel clair". De son côté, l'Observatoire syrien des droits de l'homme a fait état de 11 civils tués dans un assaut des forces du régime sur cette localité.
UNE SITUATION FIGÉE AVANT L'OFFENSIVE
"La mission actuelle [de l'armée] consiste (...) à resserrer l'étau et à renforcer le contrôle des entrées de la ville afin d'empêcher [les rebelles] de fuir", selon ce quotidien qui affirme que des "centaines de terroristes ont été tués" à Alep. Les rebelles disent tenir la moitié de la ville et affirment que, malgré les bombardements, par l'artillerie et l'aviation, les soldats ne parviennent pas à avancer au sol.
Selon des journalistes de l'AFP sur place, dimanche, la situation semblait figée. L'Armée syrienne libre (ASL) et les troupes régulières s'affrontent certes violemment à Salaheddine, mais chacun attend encore la grande offensive. Sur l'autre grand front du conflit, celui de Damas, l'armée a affirmé samedi contrôler totalement la capitale après avoir repris le quartier de Tadamoun. Trois officiers des services de renseignement politique dans la capitale ont fait défection pour trouver refuge en Jordanie, a assuré à l'AFP Kassem Saad Eddine, porte-parole de l'ASL en Syrie.
QUARANTE-HUIT PÈLERINS IRANIENS ENLEVÉS
Selon Marwane Abdel Aal, de la section libanaise du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), les combats à Damas dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk ou autour a provoqué l'exode au Liban de 600 familles palestiniennes pendant le week-end.
Lire: Quelque 600 familles palestiniennes fuyant la Syrie sont arrivées au Liban
Dans la région de Damas, haut lieu du chiisme, 48 pèlerins iraniens qui se rendaient en bus à l'aéroport ont été par ailleurs enlevés samedi. L'Iran a demandé à la Turquie et au Qatar, qui soutiennent les rebelles, d'intervenir pour les faire libérer. Les rebelles ont affirmé que parmi ces otages figuraient des membres des gardiens de la révolution, armée d'élite du régime iranien, selon une vidéo de la télévision satellitaire Al-Arabiya.Mais un responsable de l'opposition syrienne a accusé le groupe extrémiste sunnite iranien Jundallah, qui, selon lui, a "un discours religieux basé sur la haine des chiites et des alaouites", d'être derrière ce rapt et le meurtre de 15 partisans du régime à Yalda dans le sud de Damas.
Le vice-ministre des affaires étrangères iranien Hossein Amir Abdollahian, a démenti lundi que les Iraniens enlevés soient des militaires. "Nous démentons catégoriquement les informations de certains médias affirmant que nos pèlerins enlevés sont membres des gardiens de la révolution", a déclaré M. Amir Abdollahian sur la chaîne de télévision de l'Etat. "Tous les individus sont des pèlerins qui s'étaient rendus à Damas pour visiter les sites sacrés qui s'y trouvent, a-t-il ajouté. Cette opération était planifiée à l'avance et ceux qui l'ont fait veulent faire pression sur l'Iran pour qu'il arrête de soutenir le peuple syrien."
Qatar, Arabie saoudite et Libye fourniraient des armes aux rebelles syriens
Dans une interview à la radio Europe 1, Bassma Kodmani, responsable des relations extérieures du Conseil national syrien, assure que "les rebelles sur le terrain cherchent désespérément des armes là où ils peuvent les trouver". Elle a évoqué "certains pays" qui fournissent "certains types d'armes" : des armes "légères et conventionnelles", selon elle.
A la question "Qui fournit aujourd'hui ?", elle a répondu : "C'est le Qatar, l'Arabie saoudite, c'est peut-être un peu la Libye avec ce qui lui reste de sa propre bataille. Mais on sait aussi qu'avec des sommes d'argent [les insurgés] vont aller chercher sur le marché noir, par tous les moyens, à acquérir ce qu'ils peuvent acquérir."
Elle a relevé que les rebelles étaient dépourvus du "type d'arme plus évolué qui permettrait d'affronter l'aviation". "C'est une décision politique que les grands pays doivent prendre, celle-ci n'est pas prise", a-t-elle dit.
Mon commentaire: Qatar, Arabie Saoudite, (pays riches et alliés de l'OTAN) assistent les "rebelles" (dont certains - j'ai lu ça quelque part, avaient un accent anglo saxon...) et fournissent des armes.Hummmm.
Et il se trouve (voir un précédent article) que le sous sol de Syrie (et de Palestine) regorge de gaz : une des plus grandes réserves mondiales. Re-HUMMMMM. C'est bien bizarre, tout ça... Non?




