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JoceGaly

 

 

Sur MEDIAPART 

 

 

 

 EXTRAITS:

Tout au long de la campagne présidentielle, cela a été le leitmotiv de François Hollande : lui président, la République serait « exemplaire », et la France gouvernée « autrement ». Las ! Cinq mois plus tard, les ministères des finances et du budget attestent que la promesse n’est pour l’instant pas honorée, au moins dans ce secteur de la vie publique. Fonctionnement clanique, mise à l’écart des journalistes dont les enquêtes déplaisent et surtout constitution de réseaux d’influence et d’affaires, pour l’essentiel autour d’anciens proches de Dominique Strauss-Kahn : sous la férule du ministre des finances, Pierre Moscovici, et de celui du budget, Jérôme Cahuzac, la puissante machine de Bercy connaît des dysfonctionnements qui laissent pantois, tant ils sont nombreux et portent jusqu’à des problèmes qui ont trait à l’éthique en politique.

Les deux ministres, qui sont deux anciens proches de Dominique Strauss-Kahn, de sensibilité sociale-libérale, ont constitué autour d’eux une petite task force qui fait beaucoup jaser dans les couloirs de Bercy, et jusqu’à l’Élysée. Elle regroupe des amitiés anciennes – ce qui n’a rien de répréhensible – mais aussi des intérêts dans la vie des affaires – ce qui est autrement plus problématique. Et c’est à ce mélange des genres entre intérêt général, que la puissance publique doit incarner, et jeu opaque d’intérêts privés, auquel Bercy semble s’être laissé aller.

Reconstituons la petite galaxie des amitiés qui s’est constituée au sein de ces ministères, on aura tôt fait de comprendre qu’elle est tout sauf anodine.

Au ministère du budget, Jérôme Cahuzac a ainsi pris à ses côtés comme conseillère pour la communication Marion Bougeard, qui vient de l’agence Euro RSCG (ici le cabinet du ministre). Voici ce qu’en disait récemment Marianne : « Tricarde à l'Élysée et à Matignon, l'agence Euro RSCG, qui s'était investie corps et âme dans la communication de Dominique Strauss-Kahn, se refait une influence dans les ministères. Au Budget, la conseillère en communication de Jérôme Cahuzac n'est autre que Marion Bougeard, ancienne directrice associée de l'agence. Marion Bougeard conseillait déjà Liliane Bettencourt au moment de l'affaire qui coûta sa place au ministre du budget sarkozyste, Éric Woerth... »

Et Marianne précisait : « Cette brune de presque 40 ans, ancienne directrice associée d'Euro RSCG, a en effet conseillé Liliane Bettencourt pendant la fameuse affaire mêlant fisc, financement politique et conflits d'intérêts – scandale à tiroirs qui coûta sa place au ministre du Budget sarkozyste Éric Woerth. O surprise, ô ironie : voilà que la même est désormais conseillère en communication de Jérôme Cahuzac, l'actuel ministre du Budget – autant dire : de “M. Impôts”. “On dirait une mauvaise blague”, grince un ministre... L'affaire n'a en tout cas pas fait rire Jean-Marc Ayrault, qui aurait demandé à Jérôme Cahuzac de se passer des services de ladite Marion Bougeard, lors de la constitution des cabinets – ce que Matignon ne veut pas commenter. Mais ce dernier, pour qui la communicante travaillait bénévolement depuis deux ans déjà, a décidé de passer outre... »

La consultante a donc conseillé Liliane Bettencourt, au cœur d’un immense scandale, dont l’un des volets porte sur une évasion fiscale massive. Et la voilà qui du jour au lendemain conseille le ministre du budget dont l’une des missions est de… réprimer l’évasion fiscale. On conviendra qu’au plan éthique, il est pour le moins surprenant que Jérôme Cahuzac n’ait pas mesuré que cela contrevenait aux engagements du candidat Hollande et que cela était de nature à choquer l’opinion – sans parler des militants de son propre parti.

 

Où l'on reparle encore de Matthieu Pigasse

Le rôle de cette conseillère en communication auprès de Liliane Bettencourt a été relaté, à l’époque, par toute la presse. On en trouvera par exemple une évocation dans cet article du Parisien, en date du 26 octobre 2010, ou encore dans cet article du Point, en date du 15 décembre 2011. Sous la plume de mon confrère Hervé Gattegno, ce magazine racontait dans ce numéro tout à la fois les récentes perquisitions opérées par la Brigade financière en même temps que certaines manipulations médiatiques :

« La brigade financière a ainsi perquisitionné, le 3 novembre, chez Laurent Obadia, le “conseiller en relations publiques” que s'était adjoint Pascal Wilhelm pour “contrôler l'image” de Mme Bettencourt – selon une convention signée en janvier 2011. Les policiers ont alors vérifié que sa rémunération se montait à 80 000 euros par mois. Une autre perquisition a été effectuée chez Marion Bougeard, elle aussi recrutée pour organiser l'encadrement médiatique de la milliardaire. Les traces des interventions du tandem de communicants ne manquent pas : de nombreux médias ont relayé, depuis l'été 2010, les protestations de Liliane Bettencourt face à de prétendues “attaques” de sa fille – serments lancés d'une voix faiblarde, mais qui ont entretenu le mythe d'une femme d'affaires minée par l'âge et pourtant sûre de ses choix. Le 22 septembre, un article du Figaro racontait que la mère et la fille ne se parlaient plus. La veille, elles avaient passé un long moment ensemble dans l'hôtel particulier de Neuilly... »

Mediapart a, par ailleurs, révélé récemment des échanges de SMS entre Laurent Obadia et Bernard Squarcini, l'ancien patron de la DCRI, qui intriguent le juge d'instruction chargé de l'affaire Bettencourt (lire ici).

Mais la vérité, c’est que Marion Bougeard n’a pas travaillé que pour Liliane Bettencourt. Son client le plus proche, celui pour lequel elle a le plus travaillé ces derniers temps et jusqu’à l’élection présidentielle, n’est autre qu’un banquier d’affaires maintenant bien connu de Bercy et qui est au cœur d’un scandale récent.
Il s’agit du banquier de Lazard, Matthieu Pigasse, propriétaire des Inrocks et copropriétaire du Monde, qui a obtenu de Pierre Moscovici, dans les conditions controversées que l’on sait, le mandat de banquier conseil pour la création de la Banque publique d’investissement (lire Les enjeux cachés du duel Moscovici-Montebourg). Quiconque veut le vérifier peut en trouver d’innombrables preuves : depuis plusieurs années, tous les communiqués de la banque Lazard (par exemple, celui-ci) faisaient mention que les « contacts presse » étaient assurés par Marion Bougeard.

 

Dans tout cela, il y a un mélange des genres, entre intérêt général et affaires privées. Mais il y a comme un fil d’Ariane : cette galaxie d’amitiés qui s’est installée à Bercy regroupe effectivement pour l’essentiel des proches de Dominique Strauss-Kahn.

Car si Euro RSCG a longtemps conseillé le patron déchu du FMI, jusqu’au Sofitel de New York, et même au-delà, Matthieu Pigasse est aussi un ancien du cabinet du même « DSK », du temps où il était ministre des finances dans le gouvernement de Lionel Jospin. Il a gardé ensuite un lien fort avec lui, du temps où il régnait en maître sur le FMI. Lequel Matthieu Pigasse a par ailleurs évidemment un très fort intérêt à faire savoir à tous ses clients, dans le privé, qu’il est un homme éminemment puissant et influent puisqu’il est le banquier d’affaires qui a l’oreille de Pierre Moscovici.

C’est comme un puzzle qu’il faut reconsti