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Par Daniel Schneidermann le 17/10/2012

Le récepissé, vous vous souvenez ? L'obligation pour les policiers, après tout contrôle d'identité, de délivrer aux contrôlés un récepissé ? Cette promesse de Ayrault, promptement enterrée par le Premier ministre, je veux dire le vrai, le vice-président, Manuel Valls. Eh bien on pourrait l'expérimenter. Peut-être. Eventuellement. C'est le "défenseur des Droits", Dominique Baudis, qui le propose du bout des lèvres, dans un rapport, qui va peut-être sauver la mise du gouvernement, empêtré dans la jacquerie policière. Plus vraisemblablement, on se contentera de rétablir le matricule sur les uniformes, matricule supprimé dans des conditions obscures dans les années 80.

On ne peut pas dire que les rubricards chargés de la police, dans les grandes rédactions françaises, aient beaucoup insisté sur la nécessité, pourtant évidente, de cette réforme des contrôles d'identité. Car voilà. Il y a un déséquilibre, dans ces rédactions. On y trouve toujours des rubricards spécialistes de la police, c'est à dire des contrôleurs; mais très rarement des spécialistes des contrôlés. "Spécialiste de la banlieue" est généralement une forme raffinée de bizutage. On y affecte le dernier arrivé, qui n'a d'autre obsession que de se trouver une rubrique plus tranquille.

 

Manotti

Et voilà le souci: les rubricards police disposent de sources, permanentes, jamais taries, en la personne des syndicats de policiers, toujours disposés à donner des informations en sous-main sur chaque fait-divers. C'est l'auteure de polars Dominique Manotti, qui y revient ce matin, dans une tribune de Libé, à propos d'autre chose: le silence médiatique sur les dérives de la BAC de Marseille. C'est vrai, à propos: si toute la BAC des quartiers Nord de la ville était à ce point vérolée, et depuis des années, comment se fait-il que la nouvelle ait éclaté cet automne comme un orage dans un ciel serein, sans que rien, jamais rien, n'en ait jamais transpiré ? Pourtant, on ne peut pas dire que le lieu ait été sous-médiatisé. On en a vu, sur M6 et ailleurs, des reportages embarqués, sur les petits caïds de Marseille, sur les trafics, sur les zones de non-droit. Elles ont donc dû en voir passer, des journalistes, les voitures sonnantes et trébuchantes de la BAC. Manotti donne son hypothèse: il ne fallait pas se couper des sources, et tuer la brigade aux oeufs d'or. Ce n'est qu'une hypothèse, évidemment. Qui vérifie ?

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