Par Ariane WALTER


Sur AGORAVOX

 

 

Plutôt que de les laisser mourir de froid ?

L’hiver, les pauvres meurent.

« L’été aussi, il ne faut pas croire. Plus même l’été. Le soleil, la déshydratation sont encore plus terribles. »

C’est une fille merveilleuse qui me dit ça.

Une fille merveilleuse qui aide les misérables. Elle.

Comme je l’admire, comme je me sens transie avec mes bouts de papier. Mes petits mots. Alors qu’elle, qui travaille toute la journée, le soir, surtout quand ça caille, elle est sur tous les fronts. Elle court sous les ponts des autoroutes et elle va les réconforter, ces malheureux dont personne ne veut. Ni Dieu, ni diable. Ni leur famille.

En ce moment, elle se bat comme une diablesse pour trouver une solution pour ces Roms chassés de leurs coins d’infortune, qui dorment avec leurs gosses sur des bords de trottoir. Ils ont été jetés par des voisins lassés de leur proximité crade parce que la misère, c’est sûr, ça ne fait pas de châteaux. Et comme ceux-là ne vendaient pas de drogue, ils n’avaient pas de fric. Pendant un mois, contre eux, c’était une vraie traque. Ils ne pouvaient se poser nulle part. Un jour les enfants étaient tellement crevés, glacés qu’un prêtre a fini par ouvrir son église. L’autre jour, elle les a laissés sous une tente, en pleine tempête, simplement retenue par le poids des corps et quand elle partie, des enfants sont venus l’embrasser. C’est ça sa récompense. Elle milite pour « Réseau Education sans Frontières » (RESF). Elle met à l’école ces enfants d’immigrés qui sont comme nos enfants : avides d’être entre eux et d’apprendre.

-Comment t’appelles-tu ?

La première fois que je l’ai rencontrée, c’était au Hameau, à l’Armée du Salut à Marseille, un petit village de dix huit maisons de bois, un havre de vie pour « grands abandonnés », ces SFD que l’on dit irrécupérables. Mais pas pour elle. Un projet incroyable mené de bout en bout par cette fille incroyable. Et réussi.

-Fati Jung.

Et quel nom ! Un nom genre « Meilleur des mondes » où toutes les nationalités, toutes les races se sont mêlées pour donner des noms étonnants roulés dans toutes les vies.

- Mon père est Kabyle et ma mère est Normande. Jung est le nom de mon ex-mari. Qui a des origines alsaciennes. D’où Fatima Jung. Fati.

Cette fille a un visage lumineux. Elle est belle. Une beauté naturelle, sans aucun artifice qui est avant tout dans le regard, dans la sérénité, dans la joie qu’elle dégage.

 Ce qu’elle a réussi, que j’ai sous les yeux, là, est énorme. Rencontrer dix-huit SDF dits irrécupérables, de ceux qui refusent obstinément de bouger de leur pont ou de leur banc, être en contact avec eux pendant un an pour les convaincre de venir dans un hameau qui serait fait pour eux, par eux, s’ils le souhaitaient. Aller jusqu’au bout de la difficulté en acceptant dans cette structure tous ceux qui sont refusés ailleurs, les drogués, les alcooliques, les mariés, les avec leur chien. (Drôle d’énumération !)Tous ceux à qui on dit « il faut choisir » et qui ne veulent pas choisir car ce choix ce serait leur fin. Elle finit par les convaincre. L’Armée du Salut lui fait confiance, lui offre un terrain, obtient des subventions pour la construction d’une dizaine de chalets de bois et elle amène là tout son monde, tous ces malheureux avec leur gueule tellement détruite, que s’ils paraissaient dans un film on jugerait qu’il a fallu vingt heures de maquillage pour en arriver là. Non. Simplement des années dans la rue…Et deux ans après, tout ceci existe et ces malheureux, certains après avoir dormi, les premiers jours, devant la porte de leur maison parce qu’ils avaient peur d’entrer, réapprennent à parler aux autres, à redécouvrir que l’homme est un animal so