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Volontiers intraitable lorsqu’il s’agit de pourfendre la corruption de droite, la gauche a souvent du mal à regarder en face les « affaires » qui l’éclaboussent. Il est certainement plus facile de dénoncer hier les Jacques Médecin, les Alain Carignon ou Charles Pasqua, de moquer les Jean Tiberi et autres Patrick Balkany, et d’égrener la liste des scandales du chiraquisme et du sarkozysme triomphants que de faire le tri parmi ses propres amis. C’est un fait, la gauche a du mal à traiter ses « affaires », et il existe plusieurs raisons à cela.

François MitterrandFrançois Mitterrand

Une fois arrivée aux commandes, la gauche a parfois donné le sentiment que l’alternance permettait de s’affranchir de certaines promesses, comme si le fait d’avoir chassé la droite d’un pouvoir qui lui appartenait depuis trop longtemps autorisait à la singer dans certains de ses travers. Le gaullisme immobilier, les bavures du SAC, les affaires Boulin, de Broglie et les diamants de Giscard, tout cela semble fini à jamais, quand survient enfin l’alternance de 1981. Et pourtant...

Est-ce dû à l’ivresse des cimes ? À un trop long sevrage ? Au vieil adage selon lequel le pouvoir tend à corrompre ? Lors du premier septennat de François Mitterrand, quelques affaires d’État vont en tout cas polluer le message de la gauche au pouvoir, et contribuer à brouiller son action : le Rainbow Warrior, les Irlandais de Vincennes, le Carrefour du développement, et le démarrage du scandale du sang contaminé, principalement.

Henri EmmanuelliHenri Emmanuelli

Par un effet retard dû aux lenteurs prudentes de notre justice, c’est aussi sous François Mitterrand que vont surgir les affaires de financement illégal des partis de gauche: le fameux système de fausses factures du Gifco (qui bénéficie alors au PCF), du groupe Urba et de la Sages (pour le PS).

L’affaire Urba finit par rattraper Henri Emmanuelli, ancien trésorier du PS, qui, entre-temps, est parvenu à la présidence de l’Assemblée nationale, et n’a pas de mots assez durs contre la justice et la presse. Recevant des journalistes à l’hôtel de Lassay (dont l’auteur de ces lignes), Henri Emmanuelli enrage, et assure alors que le juge Van Ruymbeke (déjà lui !) a des raisons personnelles de régler des comptes avec le PS...

Quant à Robert Hue, il sera relaxé dans l'affaire du Gifco en 2001, bien que les liens financiers illicites entre le bureau d'études et le PCF aient été établis par la justice. Le patron du parti réagit au canon: « Durant cinq années, j'ai subi avec mes amis le poids