« Au Mali, les menaces d’intervention américano-françaises [visent] à profiter de la déliquescence [de l'Etat] sous domination continue depuis les indépendances [afin de] réintroduire directement une présence militaire camouflée derrière des armées locales dont nul n’ignore l’insigne faiblesse».

Par Mireille Fanon-Mendes-France, experte à l'ONU et présidente de la Fondation Frantz Fanon.

 


L’écoute attentive du discours des deux candidats à la présidence des Etats-Unis a confirmé l’orientation stratégique de déclencher une nouvelle guerre, aux conséquences totalement imprévisibles, contre l’Iran. Dans ce but, l’establishment américain et ses médias n'hésitent pas à instiller l'idée que ce pays est sur le point de finaliser la bombe nucléaire. Dès lors serait un danger pour l'ensemble du monde mais particulièrement pour l’Etat d’Israël, dernier rempart moyen-oriental d’un Occident dont l’influence se contracte irrésistiblement et dont le modèle libéral est entré dans une crise terminale.

Les Etats-Unis se posent en gardien de la paix et de la sécurité internationales. Ainsi qu'on a pu le voir en Irak où leur intervention a été imposée à la communauté internationale par le mensonge, en Afghanistan où celle-ci a été justifiée au nom de la démocratie et contre la situation faite aux femmes,  les Etats-Unis ont bien l'intention d'attaquer l'Iran dès que leur calendrier sera en cohérence avec celui de l'Etat d'Israël. Mais, entretemps, Washington ne perd pas de vue son objectif principal: contrer la progression globale de la Chine dans la grande guerre pour les ressources de la planète. Et dans ce conflit encore feutré mais qui pourrait se transformer en guerre chaude, l’Afrique est le continent de tous les enjeux.  Le rapport «Horizons stratégiques» publié par le Ministère français de la Défense, avril 2012, anticipe cette éventualité et s’inquiète du face-à-face Chine-Etats-Unis: « enfin, sans conduire à une logique bipolaire, le format de la relation sino-américaine devient, qu’on le souhaite ou non, l’enjeu de la gouvernance de demain ».

C’est bien sous cet angle que doit être évaluée la situation du Mali et les menaces d’intervention américano-françaises. Il s’agit de profiter de la déliquescence d’Etats sous domination continue depuis les indépendances pour réintroduire directement une présence militaire camouflée derrière des armées locales dont nul n’ignore l’insigne faiblesse. Dans ce jeu géostratégique, le Mali devient otage d'une volonté des Etats impérialistes et de leurs soutiens. Ceux-ci souhaitent porter partout la guerre sans fin, de façon à interdire la progression d’une puissance adverse et, dans le même mouvement, d’éradiquer toute volonté des peuples à