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Dimanche midi, au cinquième jour de l'examen du texte sur le mariage pour tous, la gauche a tremblé. Depuis le Cambodge, Jean-Marc Ayrault venait de recadrer sa ministre de la famille Dominique Bertinotti, qui s'était aventurée à donner le calendrier d'une future loi incluant l'insémination artificielle pour les couples de femmes (lire notre article ici).

Christiane Taubira n'a pas bronché. Depuis des mois, la garde des Sceaux a toujours pris soin de laisser les sujets touchant à la famille et la santé (comme la PMA) hors du cadre du projet de loi sur le mariage pour tous. Ministre du code civil, elle sait que c'est d'abord elle qui restera dans l'histoire comme la ministre ayant ouvert le mariage et l'adoption aux couples de même sexe, même si sa collègue de la famille, à ses côtés, ne ménage pas sa peine.

L'ancienne candidate à la présidentielle de 2002 (sous la bannière du parti radical de gauche), entrée en mai dernier dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, a pris une dimension nouvelle à la faveur du premier (le seul ?) grand débat parlementaire du quinquennat. À coups de discours offensifs face à la droite, la ministre a semblé réveiller la majorité après un début de quinquennat bien morne. Elle a même réussi à la ressouder alors que, sur d'autres sujets, la rupture du PS majoritaire est consommée avec le Front de gauche, et que les relations sont détériorées avec les écologistes.

 

 

 

Tout a commencé le 29 janvier, avec son premier discours pour présenter cette réforme. En une demi-heure, sans lire ses notes, Christiane Taubira rappelle l'histoire du mariage civil, la longue marche vers l'égalité républicaine que parachève cette loi. Du droit, rien que du droit, et un soupçon de poésie. « Nous sommes fiers de ce que nous faisons. Nous en sommes si fiers que je voudrais le définir par les mots du poète Léon Gontran Damas : l’acte que nous allons accomplir est “beau comme une rose dont la tour Eiffel assiégée à l’aube voit s’épanouir enfin les pétales”. Il est “grand comme un besoin de changer d’air”. Il est “fort comme le cri aigu d’un accent dans la nuit longue”. » La gauche l'ovationne.

Les députés sont subjugués. « Sous la cinquième république, il y a eu trois grands discours, explique le socialiste Bernard Roman : Simone Veil sur l'IVG, Robert Badinter lors de l'abolition de la peine de mort. Et Christiane Taubira. » Le réseau social Twitter se pâme. Des internautes se cotisent pour lui offrir un bouquet « géant » et récoltent 7 500 euros, qu'elle décide de reverser à l'association d'accueil des jeunes homosexuels Le Refuge.

Aux suspensions de séance, les députés se bousculent pour la saluer ou l'embrasser. Vendredi soir, Claude Bartolo