Sur LE MONDE DIPLOMATIQUE

jeudi 19 juillet 2012, par Frédéric Lordon

 

Il n’y a généralement pas plus révélateur de quelque embarras de conscience que la comédie de la vertu outragée. Laurent Mauduit n’a pas aimé que, évoquant son dernier ouvrage dénonciateur de corruptions présentes, je lui fasse l’affront de lui rappeler quelques corruptions passées [1], à savoir l’itinéraire zigzaguant qui l’avait conduit jusqu’ici [2].

 De cette gêne lancinante, on pouvait déjà avoir un avant-goût à la réception passablement entortillée par Médiapart du documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat Les nouveaux chiens de garde : impossible de le traîner dans la boue, comme s’y étaient employés tous les médias (Le Monde en tête, oui celui d’Edwy Plenel à l’époque) en 1998 avec le livre éponyme de Serge Halimi [3], impossible donc sauf à s’aliéner un public auprès duquel on a maintenant décidé d’occuper vaillamment une ferme position de gauche ; mais impossible également de l’endosser, cette fois non par une délibération de la raison politique-marchande mais par un mouvement de répugnance proprement incoercible.
C’est que ces gens-là (au nombre desquels Acrimed ou la fine équipe du Plan B) n’ont jamais lâché d’une semelle Le Monde de la mondialisation heureuse, de la gauche molle qui trahit et du Traité constitutionnel européen, et pire encore : ils ont de la mémoire, ne sont pas des enfants de Marie, et ne croient pas plus aux effacements de l’ardoise magique qu’aux propriétés curatives des caramels mous.
Dit autrement, ils sont l’inaltérable rappel aux archives des convertis de trop fraîche date.


Edwy Plenel qui a toujours professé « mettre la plume dans les plaies » (des autres) n’a visiblement pas envie qu’on mette quoi que ce soit dans les siennes. Et pareillement Laurent Mauduit, dont on espère qu’il ne s’offusquera pas cette fois qu’on le présente comme son compagnon de route. Entre alter ego et trajectoires parallèles, il n’est pas difficile à comprendre que s’établisse tout un monde de complicités, jusqu’au contrat implicite d’assistance mutuelle dans l’auto-justification. C’est pourquoi, de même que tout rappel du passé de directeur du Monde d’Edwy Plenel (et surtout de ce qu’a été Le Monde sous sa direction) est voué à être reçu comme un attentat majeur, la violence des réactions qu