Sur LE GRAND SOIR

 

Réflexion technique

"Hugo Chavez et la Pensée Critique", article suivi d’une liste de documents portant sur son parcours politique et intellectuel.

"Beaucoup de gens pensent et pensent et pensent...et agissent peu pour concrétiser leurs pensées ; certains hommes comme Bolivar et Marti ont pensé puis partirent se battre, moururent et donnèrent tout pour la liberté et pour amener à la réalité leurs idées révolutionnaires, leurs idées de justice, d’indépendance et de liberté. A notre tour maintenant d’aller vers les combats d’aujourd’hui, nous n’avons d’autre alternative que de nous nourrir de leur pensée, de nous préparer, de penser avec eux, par eux, pour eux et pour nos peuples, et de nous engager dans les batailles politiques, les batailles sociales, les batailles économiques, les batailles pour l’intégration, ces batailles que nous avons reprises avec force, ces batailles qu’ils nous avaient déjà indiquées alors..."

Le principal objectif de cet article est d’établir un recueil de références des paroles du Président Vénézuelien Hugo Chavez afin d’apporter une contribution à l’étude de son parcours politique et intellectuel tel qu’il s’est exprimé pendant plus d’une décade et élaboré pendant toute une vie.

Nous ne pouvons cependant laisser passer l’occasion d’émettre une brève remarque sur la transcendance de la pensée de Chavez, de par la manière dont il a compris la relation entre savoir et pouvoir au 21è siècle, du point de vue particulier du Sud Global.

Hugo Chavez est sans nul doute le premier grand représentant de la Pensée Critique latino-américaine du 21è siècle. Avec une sagacité exceptionnelle, il a su lier théorie, réflexion et pratique politique ; son aptitude à générer des actions gouvernementales animées par une vocation populaire, nationale, latino-américaine et humanitaire a été notoire.

D’autant plus que les années 1990 furent particulièrement difficiles pour la Gauche en tant qu’alternative idéologique, conduisant à des "inventions" comme la "Troisième Voie", méthode "douce" pour embrasser le néolibéralisme en plein essor qui engendra un processus de dénationalisations dans les pays qui y participèrent.

Durant ces années, en Bolivie ou en Argentine, en Espagne, en Grèce ou encore aux USA, la participation en matière de politique ou d’économie fut arrachée des mains des Peuples pour être octroyée aux agents des élites financières.

 

La crise systémique que vit actuellement le capitalisme mondial est la meilleur illustration de ce processus.

Entre temps fut adoptée au Vénézuela une Constitution consacrant la participation populaire dans toutes les affaires d’intérêt national et imposant l’obligation d’agir selon un Etat Démocratique et Social de Droit et de Justice, conception de l’Etat qui défie frontalement le fondamentalisme libéral et oblige l’Etat à se porter garant des droits fondamentaux des citoyens. Les uns après les autres, des Projets de Développement Economique et Social de la Nation se sont déployés, dont les lignes stratégiques visent à l’épanouissement intégral de l’être humain dans le cadre de la construction d’une souveraineté politique de la Nation et la création d’un système d’inclusion sociale.

L’émergence du concept de socialisme du 21è siècle a été le résultat d’une recherche visant à doter les actions du gouvernement d’un cadre théorique dans un contexte de vide idéologique généré par le néolibéralisme.

Mais ce concept est aussi l’expression d’une volonté de poser des actes politiques intimement liés à une logique différente, prenant davantage en compte les besoins et les aspirations des peuples plutôt que les impératifs du marché.

De sorte que l’idée de Socialisme Bolivarien est plus proche de la notion du "Bien Vivre" que de n’importe quelle dogmatique apparue au 20è siècle.

Hugo Chavez est l’un des plus importants représentants de la Pensée Critique parce qu’il sut percevoir que tous les domaines des activités humaines ont un sens politique et que l’être humain doit être l’objet central de toute réflexion. Ceci est primordial dans un contexte où les Centres académiques et de communication prétendent que nous suivons le chemin du fondamentalisme économique néolibéral avec la destruction du concept de citoyenneté et l’acceptation tacite d’une "globalisation" hégémonique en accord avec les valeurs et les intérêts de l’économie occidentale.

Tout au contraire, la pensée de Hugo Chavez se rapporte entièrement à sa propre époque et son propre lieu.

Elle s’identifie surtout pleinement aux vicissitudes des masses sociales. De sorte que la voix de Chavez s’est fait l’expression des opprimés de la planète : elle émergea de ce qu’il a lui-même appelé "les catacombes du Peuple" et s’éleva pleine d’une force de clarification et porteuse d’un potentiel sens contre-hégémonique.

C’est d’ailleurs aussi pour cela que Hugo Chavez a été décrié par les Centres du pouvoir et que les entreprises de communication à leur service ont mis tout leur acharnement à le qualifier de "tyran" alors qu’en réalité il fut le grand instigateur d’un projet émancipateur.

Chavez généra une pensée fondée sur la géopolitique et à fort contenu latino-américaniste et anticolonialiste.

Sa proposition d’une Unité latino-américaine délivre une vision claire d’une Amérique Latine - et de tous les pays du Sud Global- formant une société géopolitique autonome et souveraine, seul moyen de s’intégrer au système international dans des conditions d’égalité. En contraste avec la pensée intégrationniste libérale qui crée des distinctions entre intégration économique et culturelle, lui conférant un caractère ainsi un caractère nettement néolibéral.

Donc, si la pensée unioniste de Bolivar rencontra celle, antagoniste, de la Doctrine Monroe, et celle de José Marti l’Amendement Platt, la pensée de Chavez s’incarne dans l’opposition à l’ALCA, la plus prodigieuse tentative de créer un marché unique dans la région, c’est-à-dire d’un débouché pour les produits marchands US.

Il est certain que l’intérêt unioniste se retrouve aussi dans la création d’un ensemble d’organismes comme l’ALBA, l’UNASUR...et surtout dans l’impulsion donnée à une rationalité significativement divergente dans les relations internationales car basée sur la complémentarité, la réciprocité et la solidarité.

Si on la compare avec l’insolent unilatéralisme US des débuts du siècle, la géopolitique de Chavez représente un soutien fort à la multipolarité et à un ordre global fondé sur la reconnaissance et le respect mutuels.

Si nous pouvons affirmer que Hugo Chavez est l’un des plus grands représentants de la Pensée Critique, c’est parce que sa conscience géopolitique d’intention anticoloniale est présente dans l’essence même des choix de Chavez en matière de science et de technologie.

De là son engagement à promouvoir des politiques scientifiques et technologiques destinées à apporter une réponse aux besoins sociaux. Comme il l’a dit lui-même un jour :"Nous devons avancer jusqu’à l’explosion massive des connaissances, de la technologie, de l’innovation, en fonction des besoins du pays et de la souveraineté nationale".

Quelques actions montrant cette orientation ont été l’impulsion données aux "Réseaux Sociaux d’Innovation Productive", la création du "Projet Info-Centre" et du "Projet Canaïma", entre autres, actions animées par l’intention de démocratiser les politiques éducatives et technologiques par le biais de la socialisation des ressources, des processus et des produits de développement.

Chavez a déployé une vision stratégique : "Pour que le peuple devienne une véritable force, il doit avant tout être conscient, et pour que le peuple possède cette conscience, il doit acquérir connaissance et culture".

C’est ainsi qu’il devint le promoteur de la connaissance et de la culture libre, formulant des décrets adoptant le software libre comme outil de l’Etat venezuelien, créant divers organismes destinés au développement et à l’investigation de politiques publiques basées sur la connaissance libre, mais toujours, comme nous l’avons déjà remarqué, par le biais de la démocratisation de la politique scientifico-technologique.

A une occasion, Chavez affirma : "La propriété intellectuelle n’est qu’une escroquerie des pays qui se sont développés et qui clament maintenant "Cela m’appartient". C’est l’expression même de l’égoïsme capitaliste. La connaissance ne peut être privatisée. La connaissance est universelle tout comme la lumière du solein. Personne ne peut affirmer "la lumière du soleil m’appartient, je la garde" ou "je garde le vent...ou l’eau des rivières". Il faut donc réfléchir à ces questions d’appropriation, d’adaptation de la connaissance - comment réaliser cela, comment allons-nous la restituer, la rendre, comment allons nous faire pour garantir l’accès à la connaissance ?"

Dans ses discours sur ce thème, Chavez se référait constamment à l’argentin Oscar Varsavsky qui, dans ses ouvrages, fait la critique du "scientifisme" comme forme d’organisation du travail scientifico-technique, dans les relations de l’Amérique Latine avec le monde, et qui propose, en contraste avec les modes néocolonial et developpemental de compréhension et de pratique des connaissances, un mode créatif, fondé sur la