Sur RUE 89

 

Le Livre blanc de la défense entérine une doctrine bien peu démocratique

Tony Fortin | Membre de l'Observatoire des armements
Patrice Bouveret


Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, un simple document de cadrage budgétaire ? C’est l’impression donnée par un certain nombre de commentateurs, pour qui la principale critique concerne la diminution de l’effort de défense.

Pourtant, le Livre blanc, publié le 29 avril avec quatre mois de retard, n’est pas rédigé par Bercy mais bien par une commission composée de militaires, de parlementaires, et autres experts militaires, sous la tutelle du ministre de la Défense et de ses conseillers.

C’est un acte profondément « politique », car il définit la doctrine stratégique de l’armée pour les années à venir. On a oublié un peu trop facilement que le précédent Livre blanc (2008) avait suscité de nombreuses critiques en faisant entrer la « sécurité nationale » dans le répertoire français, un concept tout droit tiré de la politique « anti-terroriste » américaine.

 

Une doctrine bien pratique pour les politiques

Ce concept fait des militaires les auxiliaires d’une politique plus large, dont le président de la République est le maître d’œuvre, aux côtés de son ministre de l’Intérieur, qui devient presque un vice-Premier ministre en cas de crise grave (attaque terroriste, crise environnementale, émeutes urbaines...).

En pratique, la doctrine d’emploi des forces armées a été élargie au-delà de la seule réponse à une agression contre le territoire national ou les « intérêts vitaux » de la France. De fait, la doctrine de « sécurité nationale » donne au pouvoir en place les moyens de réagir contre toute « menace » ou « risque » qu’il estimerait susceptible d’affecter la vie de la nation.

A l’époque, de nombreux députés socialistes, alors dans l’opposition, avaient poussé des cris d’orfraie contre une doctrine qui sous couvert de lutte contre le terrorisme, venait concentrer tout l’arsenal répressif entre les mains du président de la République.

Or la réaffirmation de la pertinence de cette stratégie de sécurité nationale n’a fait l’objet d’aucune remarque de la part des commentateurs !

 

Une analyse plus policière que géopolitique

De même, sous bien des aspects, l’intervention française au Mali concrétise de manière clinquante la philosophie sécuritaire du Livre blanc de 2008. La précédente livraison considérait déjà le Sahel – intégré dans « l’arc de crise » qui s’étend de la Mauritanie à la Corne de l’Afrique » –comme une périphérie menaçante pour la France.

Le Nord du Mali présenterait toutes les caractéristiques de ces « zones grises » mettant en danger la sécurité hexagonale : présence de groupes « djihadistes » liés à Al-Qaida, plaque tournante du trafic de drogue, trafics d’armes légères…

On le vo