Sur LE MONDE 

Nous avions soigneusement préparé notre pichenette, celle qui devait déstabiliser Jean-Luc Mélenchon, en lui reprochant, dimanche 9 juin sur France Inter, de n'être guère assidu au Parlement européen. "Les chiffres sont faux", répond le leader du Front de gauche, avant de mettre en cause notre Européen préféré : "J'ai un collègue jaloux qui s'appelle Daniel Cohn-Bendit qui raconte des conneries sur moi à longueur de journée." Nous voilà empêtré dans une querelle de chiffres, tandis que Mélenchon assure : "Je suis un bon et efficace député européen. Il n'y a que moi qui fais des campagnes permanentes pour expliquer ce qu'il se passe au niveau européen."

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Réflexion faite, Mélenchon n'a pas tort. Sans relâche, il combat l'Europe, peste contre l'austérité, dénonce les ravages de l'euro, fustige la Banque centrale européenne. LE député européen, c'est lui. Peu importe qu'il ne fiche rien de très sérieux au Parlement de Strasbourg : à un an des élections européennes, le héraut du Front de gauche a compris que le débat n'avait pas lieu à l'intérieur de l'Hémicycle – "ce Parlement n'est pas un Parlement, tout le monde le sait" – ou dans les conciliabules bruxellois avec la Commission et le Conseil. Non, la confrontation européenne a lieu sur les estrades, entre les tribuns et les populations désarçonnées par l'échec que l'on espère provisoire de l'Union européenne. L'Europe politique, pour l'instant, c'est Mélenchon qui la fait et espère bien la défaire.

Pour la première fois, les élections européennes pourraient ne pas servir d'exutoire contre les gouvernements en place mais contre l'Europe elle-même. En France, Mélenchon compte faire son one-man-show, tandis que Marine Le Pen espère que le Front national sortira du scrutin avec le titre de premier parti de France.

Pour les optimistes, voici un combat qui permettra peut-être de faire sortir les électeurs de leur apathie (57 % d'abstention en 2009). En réalité, il y a danger pour nos amis europhiles, qui partent à l'élection la fleur au fusil. Tel l'eurodéputé UMP Alain Lamassoure, ils voient dans l'élection l'occasion de "politiser" l'Europe et de la rapprocher des citoyens. Ils s'appuient sur une demi-phrase du traité de Lisbonne (2007), appliqué pour la première fois, qui dispose que les chefs d'Etat et de gouvernement proposeront un nom pour présider la Commission "en tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées". Les eurodéputés se sont empressés de lire trop vite les textes. Ils en concluent qu'ils vont inverser le rapport de force et imposer leur choix.... lire la suite