Sur LIBERATION

 

17 juin 2013 à 19:06

 

Cinq ans après le début de la crise financière, les Etats-Unis ont renoué avec la croissance. Le Japon est en passe de faire de même. Seule l’Europe semble durablement enfermée dans la stagnation et la défiance : notre continent n’a toujours pas retrouvé son niveau d’activité de 2007. Notre crise de la dette semble insurmontable, alors même que notre niveau d’endettement public est plus faible que dans le reste du monde riche.

Le paradoxe ne s’arrête pas là. Notre modèle social est le meilleur du monde, et nous avons toutes les raisons de nous unir pour le défendre, l’améliorer et le promouvoir. Le total des patrimoines (actifs immobiliers et financiers, nets de toutes les dettes) détenus par les Européens est le plus élevé du monde, loin devant les Etats-Unis et le Japon, très loin devant la Chine. Contrairement à une légende tenace, ce que les Européens possèdent dans le reste du monde est nettement plus élevé que ce que le reste du monde possède en Europe.

Alors pourquoi notre continent, malgré tous ces atouts sociaux, économiques et financiers, ne parvient-il pas à surmonter la crise ? Parce que nous continuons de nous diviser sur des détails, et que nous nous complaisons à demeurer un nain politique et une passoire fiscale. Nous sommes gouvernés par des petits pays en concurrence exacerbée les uns avec les autres (la France et l’Allemagne seront bientôt minuscules à l’échelle de l’économie-monde), et par des institutions communes totalement inadaptées et dysfonctionnelles. Après la chute du Mur et le choc de l’unification allemande, les dirigeants européens avaient décidé en quelques mois la création de la monnaie unique. Cinq ans après le déclenchement de la plus grave crise économique depuis les années 1930, on attend toujours un courage équivalent. Le défi à relever est pourtant clair. Une monnaie unique avec 17 dettes publiques différentes, et 27 politiques fiscales cherchant avant tout à siphonner les recettes du voisin, cela ne fonctionne pas. Or pour unifier les dettes publiques et mettre en place l’union budgétaire et fiscale, il faut revoir fondamentalement l’architecture politique de l’Europe.

Le cœur du problème est le Conseil des chefs d’Etat - et ses déclinaisons au niveau ministériel (Conseil des ministres des Finances, Eurogroupe, etc). On feint de croire qu’il peut tenir lieu de c