Sur BABORDAGES

Le cœur en berne sur le ponton des larmes

Il n’est pas tâche plus difficile que de tenter de faire comprendre qu’il n’y a pas de retour possible après le passage du rubicon. Rester dans le respect des opinions d’autrui, poliment, calmement, avec patience.

Je lisais ce billet de Juan, invité là sur « 365 mots«  (oui je lis encore Juan. Ne me jette pas aux lions, ne me crache pas dessus, c’est déjà fait…). Pour être parfaitement transparente, je dois signaler 2 choses. Un, je suis au PG. Deux, j’ai déjeuné (et passé un moment délicieux) avec Juan et pourtant, je vais tenter d’être objective…

Dans ce billet Juan espère, encore, une réconciliation des « 2 gauches » car, dit-il : « L’histoire nous apprend que la gauche et la France n’ont jamais gagné par la division ».

Ce dialogue de sourds, qui existe un peu, vient d’un postulat de départ erroné. Pour bon nombre d’entre nous, la gauche du FdG pour simplifier, ce gouvernement n’est pas de « notre » gauche. Depuis un an, les trahisons, renoncements, reniements sont tellement légion que, oui, nous les avons fait basculer de l’autre côté de la barrière. Parce que, aussi, le paysage politique a bougé. L’extrême droite, bien que blonde et féminine, n’en reste pas moins le parti de la haine de l’autre. La droite qu’anciennement nous nommions « républicaine » grâce à l’infiltration des transfuges du FN, Buisson et Peltier, flirte aux frontières de l’extrême droite. Le MODEM… euh non rien… Il y a donc une place vacante entre cette droite extrême et la gauche dite « radicale ». Ainsi, au PS, le gouvernement se place à droite et quelques députés rebelles se placent à gauche. Ces derniers sont ridiculisés, méprisés, niés mais ce n’est pas grave. Au PS, il y a toujours un moment où la soupe devient bonne (cf. Montebourg, Hamon, Peillon. Tsé le « NPS ». J’en ris encore…)

J’expliquais à Juan (lors de ce déjeuner de « traitre à la Doxa ») que, pas encore précaire, juste « pauvre » mais c’est déjà pas mal, cette politique gouvernementale allait m’y mener tout droit. En politique, le symbole n’est pas à négliger. C’est ainsi que, se précipiter pour filer 20 milliards aux entreprises, voter l’ANI, refuser l’amnistie sociale aux syndicalistes, nous préparer une réforme de la retraite aux petits oignons sans envisager que la fraude fiscale te règle ça (et la sécu) en deux coups de cuillères à pot, ça me met en colère. Ça me radicalise. Ça me rend cynique et ironique. À défaut de me tirer une balle…

Il y a une réforme colossale à faire sur les aides sociales. Sais-tu, par exemple, que lorsque tu t’inscris au chômage et que tu pointes le bout de ton nez à la CAF pour quémander une aide au logement (sachant que, financièrement, tu subis une baisse non négligeable de revenus), la gentille dame te demande tes revenus d’il y a 2 ans. Oui,2 ans. Tsé, quand tu étais salarié et que tu cotisais pour tes compatriotes, sans rien demander à personne.

Sais-tu que, indemnisé par Pôle emploi, tu n’as pas le droit de faire plus de 15 mois de temps partiel au risque de perdre tes allocations ? Que tu n’as pas le droit de faire plus de 20h/semaine de ce même temps partiel sinon tu perds tout ? Que si tu as la chance de trouver un petit boulot de merde, toujours à temps partiel faut pas déconner, et que tes revenus dépassent ton RSA, soit on te sucre tout, soit tu rembourses le trop-perçu ?

Ça n’est pas, si ce n’est plus important, au moins aussi important que les 20 milliards et autres thunes distribuées aux Pigeons, Poussins et autres Dupés ??? Non ?

 

Voici ce passage du rubicon. Le politique. Mais il en est un autre. L’humain. L’affectif. Parce que, derrière notre « parler cru et dru », il y a un petit coeur qui bat, derrière nos paupières, un petit ponton de larmes. Depuis la campagne présidentielle, le PS n’a de cesse de poser un regard de mépris sur ce que nous sommes. On ne nous parle pas, on ne nous consulte pas, on nous raille, on ridiculise nos combats, nos propositions de solutions, nos militants. Il y a cette posture humiliante qui passe à la télé, cette opération « gros sabots » pour tenter de faire exploser le FdG, en chouchoutant l’un et en crachant sur l’autre, mais il y a, aussi, celle qui se répand partout sur la toile. Nous sommes des crétins, des trolls, des c……rds, des irresponsables. Et donc, bien sûr, il arrive le moment où les bornes sont dépassées. Les limites atteintes. Notre patience a son paroxysme.

Alors, je te le dis Juan, en toute amitié, oublie cette réconciliation. Elle ne viendra pas. Il est trop tard. Un jour, dans 40 ou 50 ans (c’est leur rythme de compréhension) le PS comprendra qu’ils ont fait une erreur politique gravissime en cirant les pompes d’une catégorie sociale qui ne votera jamais pour eux, jamais, et en crachant sur ceux qui les ont portés au pouvoir.

Ce constat n’empêche ni le respect des opinions de chacun, ni les amitiés complexes. La politique est le combat des idées et des convictions (quand on en a, bien sûr). Reste à chacun d’entre nous à ne pas tout mélanger, à accepter que nous sommes un bloubigoulba de paradoxes et de contradictions. Mettre du coeur dans son cerveau et vice-versa, c’est la recette de tata Corinne. Elle vaut ce qu’elle vaut…