Sur  UNIV PARIS3

Conférence de Rafael Correa Président de la République de l'Equateur

Mercredi 6 novembre, le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne a accueilli une conférence exceptionnelle de Rafael Correa, Président de la République d'Equateur à l'occasion de sa visite officielle en France. Son discours s’est orienté autour de deux grands axes : rendre à l’économie son statut d’économie politique et lutter contre le capitalisme financier

 

le 6 novembre 2013

Presidente 3.JPG

 

Mercredi 6 novembre, le Grand Amphithéâtre de la  Sorbonne a accueili une conférence exceptionnelle de Rafael Correa, Président  de la République d'Equateur à l'occasion de sa visite officielle en France. Cette conférence a été donnnée en présence de François Weil,  Chancelier des Universités de Paris et Barthélémy Jobert, Président de l'Université Paris Sorbonne.

Il est prévu un échange avec les étudiants de l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine (IHEAL) en clôture de la conférence.
 

 

 

 

M.A.J le 14.5.2014

Le texte:

Conférence magistrale à l’université de la Sorbonne, Paris, le 6 novembre 2013
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine

Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde.

Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur avec de grandes universités françaises, pour atteindre l’excellence indispensable à nos jeunes et à nos professionnels.

Le précurseur Francisco de Miranda, le Libérateur Simon Bolivar, eux aussi ont vécu en France, t pratiquement tous les héros de notre indépendance se sont inspirés des idées françaises du Siècle des Lumières.

Dans ce cher pays un grand nombre d’intellectuels et d’hommes et de femmes politiques qui, dans les années 70 et 80 du siècle passé, ont dû fuir le joug dictatorial qui écrasait l’Amérique latine, ont reçu également un accueil franc et solidaire.

J’ai consacré une grande partie de ma vie au monde universitaire, c’est pour cela que je suis très ému, je sens mon âme renaître de me trouver ici dans cette alma mater, berceau et foyer d’importantes propositions révolutionnaires comme celles de Mai 68, qui a marqué un changement d’époque en France et dans toute l’’Europe et continue d’influencer des générations entières.

Vous dites avec raison que “Depuis le Treizième siècle, le nom de Sorbonne évoque au monde entier l’un des plus hauts lieux de l’intelligence et de la culture, des sciences et des arts, d’un savoir millénaire ayant traversé les siècles et résonnant jusqu’à nous comme une promesse d’excellence. Huit siècles après sa fondation, la « vieille Dame » reste le symbole prestigieux de l’esprit de tout un peuple, d’une histoire qui a forgé la France d’aujourd’hui.”

Je voudrais vous parler de la « Crise européenne et de l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latino-américaine ».

Nous, Latino-américains, sommes experts en crises, non que nous soyons plus intelligents que les autres, mais parce que nous les avons toutes subies, et que nous nous y sommes pris terriblement mal pour les affronter, et ce, parce qu’on agissait toujours en fonction du capital ; et nous observons avec préoccupation que c’est aussi ce qui se passe en Europe aujourd’hui.

CRISE DE LA DETTE LATINO-AMÉRICAINE.

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ce que vit l’Europe en ce moment, c’est du déjà-vu. L’Amérique latine a déjà souffert une longue « crise de la dette », et je crains que l’Europe ne soit en train de commettre les mêmes erreurs que nous avons nous mêmes commises.

Dans les années soixante-dix, et en particulier à partir de 1976, les pays latino-américains sont entrés dans une situation d’ « endettement extérieur intensif » (« agressif » en espagnol). L’ “histoire officielle” nous dit que tout cet endettement est seulement la conséquence des gouvernements irresponsables et qu’il est devenu insoutenable du fait des déséquilibres qui s’étaient accumulés en raison du modèle de développement suivi par l’Amérique latine après la guerre, connu comme l’Industrialisation par Substitution d’Importations, fruit, pour sa part, de l’École structuraliste latinoaméricaine.

Cet “endettement intensif” a été sacré, promu et même imposé par les organismes financiers internationaux de toujours, au prétexte que, au moyen du financement de projets à haute rentabilité, lesquels abondaient dans les pays sous-développés à l’époque, on parviendrait finalement au développement, tandis que le rendement de ces investissements permettrait de payer facilement les dettes contractées.

Cet “endettement intensif” a duré jusqu’au vendredi 13 août 1982 quand le Mexique s’est déclaré dans l’incapacité de continuer à payer le service de sa dette extérieure. Comme conséquence de l’insolvabilité mexicaine, toute l’Amérique latine a souffert de la suspension des prêts internationaux, en même temps que de l’augmentation brutale des taux d’intérêts de la dette, produit du plus grand risque lié aux prêts accordés dans la région, mais aussi résultat de la forte augmentation des taux, décidée dès 1981 par la “Federal Reserve” des États-Unis pour contrecarrer les pressions inflationnistes résultant des politiques du Président Ronald Reagan. C’est ainsi que des emprunts qui avaient été contractés à 4 ou 6% mais avec des taux fluctuants, ont atteint des taux d’intérêts allant jusqu’à 20%.

Mark Twain a bien raison de dire qu’un banquier est un type qui te prête un parapluie quand il fait grand soleil, et te le reprend quand il commence à pleuvoir…

C’est ainsi qu’a commencé cette fameuse “crise de la dette”. Durant la décennie des années 80, l’Amérique latine a opéré un transfert net de ressources de 195 milliards de dollars à ses créanciers (près de 504 milliards de dollars en valeur actuelle), et, cependant, la dette extérieure de la région est passée de 223 milliards de dollars en 1980 à 443 milliards de dollars en 1990, non pas à cause de nouveaux crédits, mais seulement à cause du refinancement et de la capitalisation des arriérés en intérêts.

L’Amérique latine a vu se terminer la décennie des années quatre-vingts avec les mêmes niveaux