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Les « antifa », révolutionnaires ou chiens de gardes de l’Ordre établi ? Analyse du fascisme aujourd’hui...

Les partis de gauche n'ont cessé d'appeler à manifester en hommage à Clément Méric pour faire barrage au "fascisme". Un combat antifasciste qui rappelle celui de la SFIO et du PCF dans les années 30, à l'époque de Mussolini, d'Hitler et de Franco. Mais aujourd'hui, un demi siècle après la mort du dernier de ces leaders, ce combat est-il toujours d'actualité ? à l'aube du XXIème siècle, la société française est-elle une nouvelle fois guettée par une menace "fasciste" ? Autrement dit, les "antifa", qui revendiquent la lutte contre le fascisme, nous défendent-ils d'une menace réelle ou se battent-ils contre un fantôme ?

Cet article évoquera brièvement l'antifascisme des années 30. Ensuite, il tentera de voir si le fascisme plane toujours au-dessus de nos têtes, en analysant le fascisme en Europe, et en étudiant les mutations sociales survenues depuis les années 30.
 
L'antifascisme des années 30
 
D'abord, un peu d'histoire. Il faut comprendre ce qui a poussé la SCFIO et le PCF à adopter une ligne "antifasciste" dans les années 30, qui aboutira à la création du Front Populaire.
 
Dans les années 30, Mussolini régnait sur l'Italie depuis une décennie, persécutait les socialistes et communistes, se préparait à attaquer l'Ehtiopie. Hitler portait au pouvoir un parti intolérant et dicatorial, et les perséuctions contre les juifs commençaient à prendre de l'ampleur. En 1936, Franco, quant à lui, refusait le résultat des élections démocratiques, et renversait la République espagnole pour instaurer un régime soutenu par Hitler et Mussolini. En France, les sympathies pour ces régimes n'étaient par rares au sein de la droite. Des Ligues antiparlementaires se multipliaient : les Croix de Feu, la Ligue des Patriotes, auxquelles plusieurs centaines de milliers de personnes adhéraient, menées par des intellectuels brillants (Barrès, Maurras...) aux journaux très lu (l'Action Française, Candide, Je suis partout...). Dans ces Ligues, on admirait souvent Mussolini et même Hitler ; on on considérait souvent tout ce qui suivait 1789 comme une erreur et une tragédie...Bref, ces Ligues étaient monarchistes, cléricales en plus d'être pro-fascistes et (cela va de soi) antisémites.
Leur force était réelle, les soutiens qu'ils recevaient, considérables.
 
Aussi purent-ils se réunir le 6 février 1934 pour attaquer le Parlement. Ils étaient 40.000, et furent repoussés à grand-peine par les policiers. 
 
Journée du 6 février 1934 : 40.000 fascistes français se ruent sur l'Assemblée nationale défendue par quelques policiers.
 
Spontannément dans toute la France, des forces populaires se rassemblèrent, et décidèrent de manifester en soutien à la République. Trois jours plus tard, les militants PCF et SFIO fraternisèrent entre eux lors d'un immense défilé, unis par leur haine commune du fascisme : ce furent les prémisses du Front Populaire.
En 1936, le FP avait remporté les élections. Il était antifasciste dans ses slogans : "pain, paix, liberté", ses promesses : dissolution des Ligues fascistes, et ses actes : les Ligues furent effectivement dissoutes une fois qu'il remporta les élections.
 
Répétons-le : le danger fasciste a bel et bien existé dans la France des années 30. Le 6 février, le Parlement avait failli être envahi par les Ligues d'extrême-droite. Celles-ci avaient alors des centaines de milliers d'adhérents, capables de se rassembler pour tenter un putsch. Si le réflexe républicain et antifasciste des Français avait été plus faible, peut-être un Mussolini français serait-il arrivé au pouvoir. Si le Front Populaire n'avait pas interdit les Ligues d'extrême-droite, peut-être la République aurait-elle été renversée plus tôt qu'avec Pétain...
 
Aujourd'hui, l'appel à l'antifasicsme est-il toujours légitime ?
 
Pour le comprendre, analysons le concept de "fascisme" tel qu'il s'est manifesté en Allemagne, en Italie et même en France. Et tachons de voir si un mouvement fasciste a une quelconque chance de renaître dans la France d'aujourd'hui.
Les sections ci-dessous, en cinq points, seront chacune dédiée à l'analyse d'un aspect du fascisme, que l'on mettra en perspective avec le monde d'aujourd'hui.
 
1) Le fascisme : un mouvement nationaliste
 
Le fascisme est un nationalismec, c'est une évidence, et c'est peut-être le coeur du sujet, car tous les autres aspects du fascisme en découlent. Le fascisme est souvent l'enfant d'une fracture au sein des nations, qu'il est censé résorber une fois au pouvoir ; il n'a pu émerger que grâce au climat de guerre qui régnait, à l'ultra-nationalisme d'une partie de la population, et au nationaliste ambiant d'une manière générale.
Ce nationalisme, survenait dans le contexte guerrier des années 30, à l'époque où les peuples se haïssaient pour s'être entretués en 1914-1918.
 
De gauche à droite : Mussolini et Hitler. Leaders fascistes en Italie et en Allemagne.
 
L'Italie ressortait ruinée et déchirée de la Première Guerre Mondiale. Elle conservait une haine profonde envers ses anciens ennemies. Les anciens combattants appelaient de leurs voeux une Italie puissante et fière, qui puisse devenir un géant militaire sur la scène internationale, menaçant pour ses ennemis ; c'est sur ce leitmotiv que Mussolini s'est largement appuyé pour parvenir au pouvoir : il prônait la renaissance Italie forte et belliqueuse, comme au temps de l'Empire romain ; la majorité des Italiens, patriotes, n'étaient pas insensibles à ces appels à la grandeur de l'Italie : c'est ce qui explique la popularité relative de Mussolini dans toutes les couches de la population, à une époque où l'idée républicaine était encore récente dans la mentalité italienne.
 
L'Allemagne, quant à elle, était humiliée dans son orgueil national par "le diktat de Versailles", qui la contraignait à la suppresion du service militaire, à la restitution de l'Alsace-Lorraine, et (comble du comble) à payer à la France une somme de 132 milliards de mark, considérable. Le patriote allemand haïssait les français non seulement parce qu'ils avaient vaincu et humilié l'Allemagne, mais aussi parce que leur diktat de Versailles condamnait celle-ci à des années de récession et de misère noire. Dans un tel contexte, un discours comme celui d'Adolf Hitler, qui rendait les Français responsables de la blessure infligée à Allemagne, et qui accusait les juifs et les communistes d'être responsables de la défaite (c'est le mythe du coup de poignard dans le dos