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Le syndrome Hanouna

Mercredi 4 Décembre 2013 à 05:00 | Lu 45727 commentaire(s)

 

Jack Dion
Directeur adjoint de la rédaction de Marianne et grand amateur de théâtre En savoir plus sur cet auteur

 

L’animateur de D8, Cyril Hanouna, a du mal à finir le mois. Avec un modeste salaire de 25.000€, sa vie est un calvaire.

 

GHNASSIA ANTHONY/SIPA
GHNASSIA ANTHONY/SIPA
Il est cash, Hanouna, même quand il évoque ses revenus. Interrogé par le JDD, l’animateur de D8 et d’Europe 1 commence par confier ses états d’âme. Il parle de tout et de rien, de sa femme Emilie et de leurs deux enfants, de son mobile (toujours à portée de main), du tennis (qu’il adore), de ses voitures (sa passion).  

Puis il lâche : « Je gagne 25.000 euros par mois. Ca peut paraître beaucoup mais par rapport à d’autres animateurs, c’est très peu. L’émission génère vraiment de la pub. A la fin du mois, il ne me reste pas grand chose ».  

Boum. Cyril Hanouna ou le Philippe Varin du PAF.  

L’animateur ne mettra pas longtemps à réaliser qu’il est parfois périlleux de parler plus vite qu’on ne pense. Il a donc tenté de rectifier le tir. Il s’est s’excusé. Il a reconnu qu’il avait dit une « connerie » (c’est un habitué de la chose). Il a expliqué que le journaliste du JDD n’avait rien compris (classique). Enfin, pour se faire pardonner, il a précisé qu’il allait lancer une cagnotte pour aider des téléspectateurs dans le besoin, bref des gens se trouvant dès le début du mois dans la situation où il dit être à la fin.   

C’est le cycle classique : je me lâche, je me loue, je me rachète. Pour un peu, Cyril Hanouna proposerait de sponsoriser une association humanitaire.  

Revenons sur terre. Dans cette affaire, le plus grave n’est pas tant le salaire de Cyril Hanouna que la manière d’en parler, cette légèreté traduisant une perte du sens des valeurs dans une société où règne l’argent décomplexé. 

L’animateur n’a pas tort de dire que dans l’univers de la télé, d’autres gagnent encore plus que lui. Au passage, précisons qu’il semble légèrement sous évaluer ses propres émoluments. Mais passons. Par rapport à ce que touchent les stars du Cac 40 -  sans parler des princes du foot business – c’est un gagne petit. Mais il agit comme un révélateur : dès lors que l’on en est immersion profonde dans l’océan du fric, la perte du sens commun est inévitable. 

Voilà comment, sans se rendre compte de rien, on peut évoquer des fins de mois difficiles en gagnant vingt fois le Smic. C’est le symptôme de Marie Antoinette conseillant aux Sans Culotte de manger de la brioche en cas de pénurie de pain.  

A vivre dans une bulle artificielle où tout n’est que paillettes ; à pratiquer l’entre soi ;