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François Hollande et la question démocratique

|  Par Edwy Plenel

La rupture la plus décisive du président Hollande avec le candidat Hollande n’est pas celle que l’on croit. Qu’il ait en grande part renoncé aux promesses de ses discours électoraux sur les questions sociales, c’est une évidence qui, toutefois, reste cohérente avec ses convictions économiques, plus libérales que socialistes. En revanche, sa présidence fait le choix du pouvoir personnel, à rebours d’une nécessaire refondation démocratique de la République.

 

Tous ceux qui ont en mémoire la lente reconstruction de la gauche, discréditée et divisée, aux débuts de la Cinquième République, se souviennent encore de la ligne de partage tracée par celui qui finira par l’incarner, François Mitterrand : « Entre de Gaulle et les républicains il y a d’abord, il y aura toujours le coup d’État. » Faudra-t-il ajouter, cinquante ans précisément après cette mise en garde du Coup d’État permanent (Plon, 1964), ce post-scriptum : « Entre Hollande et les démocrates, il y a désormais le pouvoir personnel » ?

Tout comme la présence, aussi visible que subliminale, d’une tapisserie évoquant les amours du roi de Perse et de sa nouvelle favorite, image qui annonçait la répudiation prochaine de l’ancienne (lire ici cette trouvaille d’un confrère), c’est sans doute l’événement le moins discuté et pourtant le plus manifeste de la dernière conférence de presse présidentielle : l’affirmation définitive du pouvoir sans partage d’un homme seul qui décide et tranche, fixe les priorités et impose les choix, efface le Gouvernement et ignore le Parlement. Une accentuation présidentialiste qu’annonçaient déjà les vœux élyséens du 31 décembre 2013, où légiférer n’était plus qu’une formalité – « Une loi sera votée » (lire ici) – tandis que les ordonnances détrônaient la délibération parlementaire (lire là). Les différences de personnalités n’empêchent pas la similitude essentielle : à l’instar de la présidence sarkozyste, la présidence hollandaise se décline à la première personne du singulier.

Aux jours du deuxième anniversaire du discours du Bourget prononcé le 22 janvier 2012, tournant d’une campagne électorale soudain soucieuse des travailleurs et lucide sur leur adversaire anonyme – « la finance » –, il est logique de souligner combien la politique économique imposée à son gouvernement par François Hollande est à l’opposé de ses refrains électoraux. Tandis qu’elle est applaudie par le Medef, qui n’en espérait pas tant d’un pouvoir supposé de gauche, des économistes dont la lucidité n’exclut pas le pragmatisme, à l’instar de l’Américain Paul Krugman (lire là), avouent leur sidération devant cette volte-face dont Christian Salmon a,