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La seconde mort de Saïd Bourarach

A quelques années d’intervalle, deux faits divers tragiques, deux hommes tués en raison de leur appartenance ethnico-religieuse. Deux faits divers racistes pratiquement similaires, et pourtant jamais le contraste entre le traitement politico-médiatique et judiciaire de deux crimes pourtant comparables n’a été aussi éclatant. Tandis que le décès d’Ilan Halimi, élevé au rang d’une affaire d’État, a provoqué un véritable séisme, celui de Saïd Bourarach a été accueilli dans un silence assourdissant : peu de titres dans la presse nationale (éludant soigneusement l’origine confessionnelle des agresseurs et balayant d’un revers de main l’hypothèse d’un crime raciste), aucune déclaration de responsable politique. Cette politique officieuse du deux poids deux mesures qui s’applique jusque dans la tombe fait l’objet d’un consensus politique tellement fort que le simple de l’évoquer devient synonyme de délit – le pouvoir n’aime pas être placé face à ses contradictions. Et pourtant, elle ne résiste pas une analyse, même rapide, des faits.

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Un crime sordide qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire : un jeune homme de confession juive, attiré dans un guet-apens un soir de janvier 2006 à Sceaux est retenu et torturé pendant trois semaines dans une cité de Bagneux. Ses ravisseurs, le supposant riche parce que juif, voulaient extorquer de l’argent à sa famille. Il sera finalement retrouvé agonisant le long des lignes de RER, près de la gare de Sainte-Geneviève-les-Bois. Tous les membres du "gang des barbares" seront rapidement arrêtés et condamnés à de très lourdes peines : la perpétuité pour Youssouf Fofana, 15 et 18 ans de réclusion criminelle pour ses deux principaux complices. Fait rarissime, sous la pression de plusieurs associations juives (le CRIF et l’UEJF), Michèle Alliot-Marie demandera au procureur général près la Cour d’appel de Paris de faire appel des condamnations inférieures aux réquisitions de l’avovat général,