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5 avril 2014

Ukraine, pivot de l’Eurasie

Sur REALPOLITIK

 

Ukraine, pivot de l’Eurasie

Publié par le 5 avril 2014
Ukraine, pivot de l’Eurasie
Ukraine, pivot de l’Eurasie. Conférence d’introduction générale (extrait) au 6ème festival de géopolitique de Grenoble le 3 avril, par Pascal Gauchon, co-organisateur du festival et Président d’Anteios. Source : www.revueconflits.com

Ce qui se joue en Ukraine, c’est la géopolitique de l’Europe et en tout premier lieu ses limites, mais aussi les relations entre la construction européenne et l’idée d’Eurasie.
Tout commence au lendemain de la Première Guerre mondiale, très exactement en 1921 et 1922. En 1921 Petr Savitsky publie Tournant ver l’Orient et invente l’idée eurasiste – il en est d’ailleurs le principal penseur. En 1922 le comte Coudenhove-Kalergi publie son premier manifeste européen qu’il prolonge l’année suivante par son ouvrage Paneuropa ; il lance l’idée d’une construction européenne qui se fera par des étapes qu’il décrit soigneusement.

Le courant eurasiste puise ses racines dans les idées slavophiles du XIXème siècle, mais il se développe dans l’émigration de l’entre-deux guerres et se montre profondément original. Il ne se confond pas avec le mouvement slavophile ni même avec l’impérialisme russe. Il considère que l’Eurasie s’arrête à la Pologne qui n’en fait pas partie, mais englobe l’Asie centrale et la Mongolie. Disons pour simplifier qu’elle s’identifie à la steppe plus tard associée à la forêt russe. En ce sens il s’agit d’une « idéologie géographiste » selon la formule de Marlène Larruelle. C’est aussi une idéologie profondément religieuse qui se réclame de l’orthodoxie. Pour elle l’Eurasie constitue un « troisième continent » profondément différent de l’Europe qualifiée de « romano germanique ». Ils vont même jusqu’à considérer que la Rus’, la première Russie centrée sur Kiev, était européenne et non eurasiste. Voilà qui pose d’une façon originale le problème de l’Ukraine.

Richard Nicolaus de Coudenhove Kalergi appelle à la construction d’une Europe unie qui devrait s’inspirer, selon lui, de la structure politique de la Suisse. Il n’est guère favorable à l’intégration du Royaume-Uni, trop lié alors à son Empire. Il refuse à plus forte raison l’intégration de la Russie qui, selon lui, « s’est placé en dehors de l’Europe en rompant avec le système démocratique ». Il craint que, faute d’unité, l’Europe soit « partagée entre sphères d’influence anglaise, russe et américaine ».

En apparence les choses sont simples si l’on en croit ses intellectuels fondateurs de deux mythes, l’Eurasie et la construction européenne. Mais il y a le problème des limites. Et la limite passe en Ukraine. Un pays qui n’a presque jamais eu d’existence indépendante, sinon entre 1918 et 1922, dans des limites qui n’étaient d’ailleurs pas ses limites actuelles […]
Symbole de ces identités multiples, l’Ukraine célèbre des fêtes contradictoires qui rappellent les différentes facettes de son passé – la Grande Guerre Patriotique et la guérilla nationaliste qui dura plusieurs années après 1945, les héros soviétiques et les partisans anticommunistes, sans oublier toutes les proclamations d’indépendance – il y en eut six entre 1917 et 1991 […]
Voilà ce qu’est l’Ukraine. Un pays à double ou triple identité. Une marge entre Union européenne et Union eurasienne. Une pomme de discorde et une source de contentieux durable. Mais peut-être aussi le lieu par lequel un rapprochement pourrait se faire.

Pascal Gauchon
www.revueconflits.com

À propos de l'auteur

Article mis en ligne par la rédaction de Realpolitik.tv

 

  1. Peat 5 avril 2014 à 11:08 · Répondre

    Toute la question est de savoir si, dans cet ensemble européen, constitué et toujours à reconstruire (“tel qu’en lui-même l’éternité le change”, eût dit Mallarmé), l’Ukraine est un espace de compromis, ou de compromission. L’obsession orthodoxe n’est qu’un fantasme de plus, ressuscité bien tardivement, sans doute pour unifier une nation russe qui venait de renoncer à un modèle idéologique qui avait cimenté toutes les Russies et ses satellites pendant quelque sept décennies. Le soviétisme avait su faire économie d’orthodoxie. Tout comme l’Eurasie peut en faire l’impasse. En revanche, une Eurasie des steppes est, sans conteste, une représentation plus conforme à la réalité, telle qu’on la peut projeter, même au nom d’une “idéologie géographiste”. L’Ukraine, riche de terres noires, lorgne et jette son dévolu vers une Europe, dont Coudehove-Kalergi a défini, non sans une certaine justesse, les espoirs et les faiblesses – même s’il est vrai que les Grands-Bretons ne sont plus qu’une faible ombre portée des États-Unis. Une Europe à laquelle, si l’on y pense bien, sans la Crimée, elle ne peut rien apporter de valable. Rien qui ne soit une… valeur ajoutée.

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