Sur le blog de JACQUES SAPIR

 

Souveraineté et transcendance

23 avril 2014
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Les différentes notions d’Auctoritas, de Potestas et au-delà leurs équivalents modernes de légitimité et de souveraineté peuvent avoir un fort contenu religieux. De même, la notion de « loi naturelle » nous invite à nous interroger sur l’existence d’une « nature » humaine. Il semble donc difficile de traiter de ces questions sans tomber dans le piège des définitions transcendantes et du recours à des hypothèses saturantes. Pourtant, si l’on admet que le contenu symbolique de ces notions est important, et si ces notions ont été développées dans des temps où la religion, dans les différents sens de ce terme, était centrale on défend ici l’idée que non seulement de telles définitions sont en réalité inutiles, mais qu’elles sont même nuisibles et dangereuses pour établir la généralité de ces dites notions.

 Religion et transcendance dans les concepts politiques

La distinction, entre la légalité et la légitimité, autrement dit entre la justesse et la justice nous vient du mythe d’Antigone, et de l’interprétation qu’en donne la pièce de Sophocle[1]. C’est l’un des mythes fondateurs de la civilisation occidentale, amis au-delà on peut légitimement considérer que la généralité du type de conflit ainsi décrit fait de ce mythe l’un des fondements de la politique en général. Sophocle construit sa pièce dans le cadre de la cité grecque idéale[2]. L’histoire est connue : Antigone veut rendre les derniers hommages à son frère mort dans la guerre civile, ce que Créon, le roi, interdit expressément, et non sans quelques raisons[3]. Antigone, quant à elle, invoque une loi d’un degré supérieur, les Dieux imposant que l’on respecte les morts. Mais, un personnage tout aussi important est Hemon, fils de Créon et fiancé d’Antigone, qui développe devant son père la position de ce que doit être un Roi « juste », combinant donc justice et justesse. La tragédie est construite autour de l’hybris de Créon qui veut à tout prix imposer la solution politique (nous dirions aujourd’hui le « légal »). Mais, on peut aussi dire que l’obstination d’Antigone, non pas tant dans sa volonté d’enterrer son frère que d’avoir raison à tout prix contre Créon, constitue aussi une forme d’hybris. Une interprétation possible est que Sophocle veut nous dire que la seule position juste est celle de Hemon, que l’entêtement à faire prévaloir tant la légalité que la légitimité sans accepter que les deux sont li