Sur le blog de JP Chevènement

Européennes : "un vote d'exaspération"

 

Jean-Pierre Chevènement était l'invité du 22h de Public Sénat, lundi 26 mai 2014. Il répondait aux questions de Sonia Mabrouk.


Verbatim Express :

  • La question qui se pose, c'est comment redresser cette Europe, comment la réorienter, puisque tel était l'engagement de François Hollande. Chacun se souvient que le traité budgétaire européen, négocié par Sarkozy, a été adopté sans modification autre qu'une annexe portant sur la croissance. Qu'en reste t-il aujourd'hui ?
  • François Hollande est le Président élu par les Français en 2012, il faut quand même le rappeler. Il est encore là pour trois ans au moins. Il est souvent excessivement critiqué ou sous-estimé, compte tenu du fait que la ligne qu'il défend est celle de l'establishment français, de droite ou de gauche.
  • Ce que je constate, c'est que le corps électoral fait entendre clairement qu'il veut - au moins - une autre manière de faire l'Europe.
  • Au moment du traité de Maastricht, on nous a expliqué que l'euro allait nous apporter la croissance, le plein-emploi, la puissance par rapport aux Etats-Unis, et la paix. Nous n'avons rien de tout cela.
  • Ce qui a été sanctionné hier, c'est une suite de choix erronés de l'ensemble de nos dirigeants depuis 20 ans.
  • J'ai quitté le Parti Socialiste au moment du traité de Maastricht pour le combattre. J'ai cherché à infléchir la politique de la gauche. Y suis-je réellement parvenu ? Sur quelques points peut-être. Est-ce une raison pour abandonner ? Non !

  • Je ne regrette pas l'appel du MRC à boycotter les élections européennes, à cause du déni de démocratie qu'a été le refus de prendre en considération le choix du peuple Français en 2005, qui a voté contre le traité constitutionnel européen à 55%. Deux ans plus tard en 2007, on lui faisait adopter le traité de Lisbonne par la voie parlementaire. Donc je pense que les Français ont des raisons de considérer qu'on ne prend pas en compte leurs désirs.
  • Il faut regarder en face ce scrutin : c'est un vote d'exaspération.
  • La France n'est pas le Front National ! Le vote FN sanctionne ceux qui lui ont laissé la France, la Marseillaise, la République, qui n'en parlent plus ou qui en parlent mal, qui ne lui donnent pas de contenu.
  • Les Français ne se reconnaissent pas vraiment en Marine le Pen. Ils se servent d'elle pour émettre un vote d'exaspération.
  • Je pense que les Français ne veulent plus d'une Europe qui soit un substitut aux nations. Ils veulent bien de l'Europe, mais dans le prolongement des nations. Et moi c'est l'idée que je défends ! Je ne suis pas contre l'idée européenne, mais je voudrais que la France pèse de son poids dans cette Europe.
  • Un sondage affirme que 58% des Français n'ont pas voté pour sanctionner François Hollande, pour approuver ou désapprouver sa politique. Les élections européennes ont été un vote principalement sur l'Europe, les enjeux européens. C'est ce qui a déterminé les Français, et je pense qu'il faut savoir les écouter.
  • Toutes les élections depuis plus de vingt ans expriment un ras-le-bol vis-à-vis de ceux qui les gouvernent, et ces derniers ne veulent absolument pas entendre ce que dit le peuple français. Ce qui est frappant c'est la surdité des élites, la volonté de persévérer, perinde ac cadaver, (jusqu'à la mort), de faire que la voie choisie soit continuée, jusqu'au gouffre s'il le faut !
  • Les différents partis d'extrême-droite qui seront au Parlement européen sont une mosaïque, ils sont très différents les uns des autres. Certains sont ouvertement nostalgiques du fascisme.
  • On mélange souvent le Front National et le Front de Gauche : c'est inadmissible. Ce sont des partis très différents. Je crois qu'il faut savoir garder son sang froid.
  • L'Europe, telle qu'elle s'est construite, donne de moins en moins satisfaction. Et on le comprend, vu les résultats ! Donc il faut corriger la trajectoire.
  • Actuellement, Angela Merkel, qui est en position de force, s'oppose à une relecture des traités européens. L'Allemagne a un excédent commercial de 200 milliards et la France un déficit de 61 : à partir de là, le rapport de force est dégradé. Mais dans toute l'Europe, il y a quand même beaucoup de situations dégradées. Par conséquent, on devrait pouvoir, entre gens qui sont sincèrement européens, qui veulent quand même que notre continent soit vivable, trouver des correctifs.

    Sur l'affaire Bygmalion
  • Ils vont s'étriper là-dessus. Mais c'est l'indice d'une très mauvaise organisation de la part de Nicolas Sarkozy. Disons que son directeur de campagne a un peu perdu les pédales. Ou d'autres !
  • Des erreurs ont été commises et qui sont graves, car cela peut fausser le résultat du suffrage. En l'occurrence cela ne l'a pas faussé.


Rédigé par Chevenement.fr le Mardi 27 Mai 2014 à 18:19