Un deuxième article de Diana Johnstone que je partage sur ce groupe.
Comme le précédent ("Ukraine rideau de fer" http://blogdejocelyne.canalblog.com/.../06/10/30049338.html ) je le trouve à la fois très lucide sur les "jeux" (des medias et politiciens atlantistes ), sur les enjeux (dans un occident plus ou moins influencé par les dirigeants US, qui ont désigné depuis des décennies la Russie comme entité à abattre), et sur les stratégies - de provocation et d'évitement - déployées de part et d'autre...
NB: Qui est Diana Johnstone : http://fr.wikipedia.org/wiki/Diana_Johnstone

Jocegaly

 

Sur LE GRAND SOIR

En Allemagne, ces jours-ci, de très nombreux citoyens sont très critiques de la campagne constante de dénigrement de la Russie par les grands médias alignés sur l’OTAN. Ils peuvent souligner que le changement de régime soutenu par les Etats-Unis à Kiev, en mettant au pouvoir un gouvernement de transition d’extrême droite prêt à adhérer à l’OTAN, a posé une menace claire à la préservation de la seule base navale russe en eau chaude, située en Crimée. Dans les circonstances, et dans la mesure où la population de Crimée l’a massivement approuvé, le rétablissement de Crimée dans la Fédération de Russie était une mesure défensive justifiée, et non pas une « agression gratuite ».

En Allemagne, quelqu’un qui dit une telle chose peut être dénigré comme une « Putinversteher » (quelqu’un qui comprend Poutine).

Tout est dit. Nous ne sommes pas censés comprendre. Nous sommes censés haïr. Les médias sont là pour ça.

Alors que l’Occident refuse obstinément de comprendre Poutine et la Russie, Vladimir Poutine, au contraire, semble comprendre les choses assez bien.

Il semble comprendre que lui et sa nation sont systématiquement attirés dans un piège mortel par un ennemi qui excelle dans l’art contemporain de la « communication ». Dans une situation de guerre, la communication de l’OTAN signifie que les faits importent peu. Ce qui importe, c’est de contrôler la narrative. Celle présentée par les médias occidentaux ne peut fonctionner qu’à condition de ne pas comprendre la Russie, et de ne pas comprendre Poutine. Dans la version Occidentale, Poutine et la Russie sont les méchants de l’histoire, simplement la dernière réincarnation de Hitler et de l’Allemagne nazie.

L’horrible massacre à Odessa le 2 mai l’a démontré. Les preuves photographiques, les témoignages de nombreux témoins oculaires, les corps fumants et les cris des tueurs, tout est là pour prouver ce qui s’est passé. Des tentes dressées pour recueillir des signatures en faveur d’un référendum pour introduire un système fédéral en Ukraine (aujourd’hui politiquement divisé, mais avec un pouvoir totalement centralisé) ont été incendiés par une milice de voyous fascistes qui ont attaqué les fédéralistes locaux comme des « séparatistes » (les accusant de vouloir se « séparer » de l’Ukraine pour rejoindre la Russie, alors que ce n’est pas ce qu’ils demandent). Les militants locaux se sont réfugiés dans le grand bâtiment syndical sur la place où ils ont été poursuivis, agressés, assassinés et brûlés par des « nationalistes ukrainiens », agissant pour le compte du régime illégitime de Kiev soutenu par l’Occident.

Peu importe la violence des assauts, les médias occidentaux n’ont vu aucun mal, n’ont entendu aucun mal, n’ont dit aucun mal. Ils ont déploré une « tragédie » qui s’est simplement déroulée, comme ça.

Odessa est la preuve que quoi qu’il arrive, la classe politique de l’OTAN, les dirigeants politiques et les médias, tous unis, ont choisi leur narrative et s’y conforment. Les nationalistes qui ont pris le pouvoir à Kiev sont les bons, les gens agressés à Odessa et dans l’Est de l’Ukraine sont « pro-russe « et donc les « méchants ».

Comprendre Poutine

Alors, malgré tout, essayons de comprendre le président Poutine, ce qui n’est vraiment pas très difficile. Derrière chaque action consciente il devrait y avoir un motif. Examinons les motifs. Aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, William Hague, qui donne certainement tous les signes de ne jamais rien comprendre - ou de ne jamais vouloir comprendre - ressasse la ligne de l’OTAN selon laquelle la Russie « cherche à orchestrer des conflits et des provocations » dans l’est et le sud de l’Ukraine.

Cela n’a aucun sens. Poutine n’a absolument aucune raison de vouloir une guerre civile dans l’Ukraine voisine, et toutes les raisons de faire tout son possible pour l’éviter. Il est confronté à un sérieux dilemme. Les attaques violentes en cours par des nationalistes fanatiques de l’Ukraine occidentale contre les citoyens dans l’est et le sud du pays ne peuvent qu’inciter les Ukrainiens russophones victimes à crier au secours, en demandant de l’aide de la Russie. Mais en même temps, Poutine doit savoir que ces russophones Ukrainiens n’ont pas vraiment envie d’être envahis par la Russie. Peut-être veulent-ils quelque chose d’impossible. Et il est parfaitement évident que tout usage de la force militaire par la Russie pour protéger les gens en Ukraine déclencherait une diabolisation encore plus féroce de Poutine en tant que « nouveau Hitler » qui envahit les pays « sans raison ». Et l’OTAN s’en servirait, comme elle s’est déjà servi de la réunification de la Crimée avec la Russie, comme « preuve » que l’Europe doit renforcer son alliance, établir des bases militaires dans toute l’Europe de l’Est et (surtout) dépenser plus d’argent pour sa « défense » (en achetant du matériel militaire américain) .

La mainmise de l’Ouest sur le gouvernement de Kiev est clairement une provocation pour attirer Poutine dans un piège que certains stratèges occidentaux (Zbigniew Brzezinski étant le théoricien en chef) espèrent provoquera la chute de Poutine et plongera la Russie dans une crise qui peut éventuellement conduire à son éclatement.

Poutine ne peut que souhaiter une solution pacifique à la pagaille ukrainienne.

Alors que Washington revient à la politique de guerre froide de « containment » pour « isoler » la Russie, Vladimir Poutine a tenu mercredi des entretiens à Moscou avec Didier Burkhalter, le président suisse et actuel président de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE ) dans l’espoir d’initier une sorte de médiation pacifique.

Poutine a-t-il déjoué un plan de provocation ?

A cette occasion, M. Poutine a annoncé qu’il avait retiré les forces russes de la frontière avec l’Ukraine. Il a indiqué que c’était pour apaiser les inquiétudes quant à leur positionnement, à savoir les affirmations selon lesquelles la Russie était en train de préparer une invasion. Il a également conseillé de reporter la tenue d’un référendum pour une plus grande autonomie des régions russophones jusqu’à ce que « les conditions du dialogue » soient créées.

Cependant, l’annonce de ce retrait militaire a soulevé de nouvelles inquiétudes chez des Ukrainiens de l’est qui craignent que la