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En France, la « vigilance » autour des manifestations pro-palestiniennes

Le Monde.fr | 14.07.2014 à 19h24 • Mis à jour le 15.07.2014 à 04h21 | Par

Bernard Cazeneuve et Anne Hidalgo après leur rencontre avec les représentants des organisations juives de France, lundi 14 juillet.

« Le conflit israélo-palestinien ne peut pas s'importer », a déclaré François Hollande, au cours de l'interview télévisée du 14-Juillet. « Il ne peut pas y avoir de dérives et de débordements, d'intrusion ou de volonté d'intrusion dans des lieux de culte, que ce soient des synagogues comme cela s'est passé hier, mais je dirais la même chose pour des mosquées, des églises, des temples », a souligné le chef de l'Etat. « L'antisémitisme ne peut pas être utilisé parce qu'il y a un conflit entre Israël et la Palestine », a-t-il ajouté.

« DE TELS ACTES SONT INADMISSIBLES »

Dans un communiqué, le premier ministre, Manuel Valls, a, lui aussi, condamné « avec la plus grande fermeté » les « violences », qui ont eu lieu « aux abords des synagogues ». « De tels actes qui visent des lieux de culte sont inadmissibles », a-t-il assuré. Après une rencontre avec les organisations juives, le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, a demandé aux préfets de « redoubler de vigilance » et d'interdire les manifestations en cas de « risques avérés de troubles à l'ordre public ».

Lire : Valls ne laissera pas « le conflit israélo-palestinien s'importer en France »

Au total, 7 000 personnes, selon la préfecture de police, ont manifesté dimanche à Paris, entre le carrefour Barbès-Rochechouart et la place de la Bastille, de 15 heures à 19 heures, à l'appel du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), et de diverses organisations et associations. Parmi eux, des groupes de « quelques dizaines » de manifestants ont été impliqués dans les incidents de la fin de l'après-midi, selon une source policière.

Vers 17 h 30, selon la même source, des incidents ont éclaté autour de la place de la Bastille, alors que quelques groupes tentaient de s'éparpiller dans les rues adjacentes. Les CRS et les gendarmes, qui s'interposaient pour protéger les synagogues de la rue des Tournelles (4e) et de la Roquette (11e), ont alors été la cible de projectiles.

Dans le 4e arrondissement, ils ont utilisé leurs grenades lacrymogènes pour repousser les assaillants. Peu après 18 h 30, les forces de l'ordre ont également dû séparer des membres de la Ligue de défense juive (LDJ) et des manifestants qui s'affrontaient aux alentours de la rue de la Roquette. Huit personnes au total ont été interpellées par les policiers en fin de manifestation, pour « violences volontaires » sur agent de la force publique. Deux gendarmes mobiles ont été légèrement blessés par des pétards.

« ÉVÉNEMENT D'UNE GRAVITÉ EXTRÊME »

Roger Cukierman, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), se déclare « inquiet » et « choqué » par cet « événement d'une gravité extrême ». « On est dans un climat antisémite jamais vu », juge-t-il, évoquant une « rupture du pacte républicain ». Le CRIF a officiellement demandé l'interdiction de ce type de manifestation. « Si les autorités laissent faire, il n'y a pas de raison pour que ça ne s'amplifie pas », souligne M. Cukierman.

« Interdire ce type de manifestation serait un remède pire que le mal », juge au contraire Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques et auteur de La France malade du conflit israélo-palestinien (Salavator, 2014). « Il ne faut pas confondre les violences individuelles et l'exercice de droits démocratiques », met en avant le chercheur, pour qui le conflit israélo-palestinien est « déjà importé » en France. « Le vrai défi, c'est que cela reste cantonné au stade politique et qu'il n'y ait pas de violence de part et d'autre. »

Dans un communiqué, cité par l'AFP, l'Union des mosquées de France réaffirme que « rien ne saurait justifier une action qui porterait atteinte à nos concitoyens juifs, à leurs institutions ou à leurs lieux de culte ». « Une telle action, fermement condamnable et moralement injuste et inacceptable, nuirait également aux intérêts du peuple palestinien et au soutien qu'il pourrait avoir dans l'opinion publique française », ajoute-t-elle. Les responsables du Conseil français du culte musulman et de la grande mosquée de Paris n'ont pas pu être joints lundi après-midi.

 Laurent Borredon
Journaliste