Sur LES CRISES

Halte à la chasse aux “prorusses” !, par Roland Hureaux


Tribune de Roland Hureaux* du 28/11 dans Marianne

Il y a quelques jours, Libération annonçait en première page une grande « enquête sur les réseaux Poutine en France ». Disons tout de suite qu’il vaut mieux ne pas en être si on ne veut pas côtoyer Marine Le Pen, Aymeric Chauprade ou Alain Soral. Ou, si l’on tient à sa peau, Christophe de Margerie, disparu dans un accident d’avion, qui figure sur la liste noire de Libé. Comme Enrico Mattei en 1962, qui s’en était pris aux « sept sœurs », les grandes sociétés pétrolières américaines. Le pétrole est un métier dangereux, surtout si l’on s’avise de dire, comme le PDG de Total : « Nous ne devons pas nous laisser convaincre que la Russie est un ennemi. [...] Si les Américains veulent attiser le conflit pour des raisons historiques, c’est leur décision. Nous, Européens, devons résoudre cette crise [celle de l'Ukraine]autrement, sans prendre les choses en noir et blanc. » Circonstance aggravante, l’intéressé avait déclaré lors des dernières Rencontres économiques d’Aix-en-Provence (en juillet 2014) que le commerce du pétrole ne devait pas se faire seulement en dollars !

Le ci-devant journal maoïste, qui ne fera pas d’enquête approfondie sur les raisons du décès de Christophe de Margerie, préfère cibler des universitaires comme Hélène Carrère d’Encausse ou Jacques Sapir, des hommes politiques comme Jean-Pierre Chevènement ou Thierry Mariani, ainsi que Gérard Depardieu et Serge Dassault dont le journal n’est pourtant pas furieusement prorusse : l’avionneur a seulement eu le tort d’avoir accepté une invitation du président de la Douma de passage à Paris !

Les personnalités épinglées ont en commun de penser que l’intérêt de la France n’est pas nécessairement de faire la guerre, fût-elle économique, à la Russie. A aucun moment n’est envisagée la possibilité que les