Pour E&R par la revue Faits & Documents

 

 Qui est Edwy Plenel, patron de Mediapart ?

Publié le : lundi 17 novembre 2014

 

« Le trotskisme comme expérience et comme héritage fait à jamais partie de mon identité, non pas comme un programme ou un projet, mais comme un état d’esprit, une vieille critique faite de décalage et d’acuités, de défaites et de fidélités. »

Edwy Plenel, Secrets de Jeunesse, Stock 2001

 

« Le métissage, ce n’est pas une fusion, l’addition d’un et d’un, la rencontre entre deux identités dans l’illusion de leurs puretés originelles, encore moins un croisement d’espèces et de genres où la biologie aura sa part. Non, le métissage, c’est une politique. Et, plus précisément, une politique de résistance. »

Edwy Plenel, La Découverte du Monde, Stock, 2002

 

« Il jouit dans notre petit groupe d’un crédit très étrange […] Je me surprends à m’enquérir de ce que “Edwy” pense de ceci, de ce qu’il dit de cela. »

Bernard-Henri Lévy, Le Lys et la Cendre, Grasset, 1996

 

« Il faudra tout de même qu’on sache qui est vraiment ce monsieur Plenel. […] Il parlera moins haut quand on saura qu’il travaille pour une puissance étrangère. »

François Mitterrand, cité par Pierre Péan et Philippe Cohen, La Face cachée du Monde, Mille et Une Nuits, 2003

 

 

Les influences d’Edwy Plenel

Edwy Plenel est le 31 août 1952 à Nantes (Loire-Atlantique). À sa naissance, ses parents le déclarent sous le prénom d’Hervé Plenel, car l’État civil, à l’époque, n’acceptait que les prénoms du calendrier, or Edwy est un prénom païen. Ses parents ne souhaiteront pas qu’il soit baptisé dans la religion catholique. Par sa mère, Michèle Bertreux, décédée le 16 mars 1992, il est issu d’une famille protestante de la bourgeoisie bretonne (ce qui est rare) où son grand-père était un des dirigeants des ABC, les importants Ateliers et chantiers de Bretagne.

Mais c’est bien plutôt du côté de son père, Alain Plenel, né le 4 août 1922 à Lannion (Bretagne) et décédé le 18 novembre 2013 à Lausanne (Suisse), qu’il faut chercher les principales influences du jeune Edwy. Formé chez les frères eudistes (catholiques très réactionnaires) avant Vatican II à Rennes, Alain Plenel est reçu agrégé d’histoire en 1946. Plutôt mendésiste politiquement, il suit une carrière de haut fonctionnaire dans l’Éducation nationale, devenant, dès 1955, vice-recteur de l’académie Antilles-Guyane. Il jouit sur l’île de Martinique d’« un statut de quasi-gouverneur, avec résidence et chauffeur », étant « sans doute le plus gros employeur des Antilles » (Pierre Péan et Philippe Cohen, La Face cachée du Monde). Mais en décembre 1959, quand des affrontements embrasent l’île, Alain Plenel se découvre, à 37 ans, une passion anticolonialiste. Il prend fait et cause pour les émeutiers, s’engage au Mouvement patriotique martiniquais et siège au comité directeur de Libertés démocratiques aux Antilles, à la Guyane et à la Réunion.

Rappelé à Paris en janvier 1960, il sera rétrogradé par arrêté du général De Gaulle pour activités antifrançaises avec interdiction de sortie de métropole de 1963 à décembre 1965. « Le gaullisme policier dans ce qu’il avait de plus abominable », expliquera Edwy Plenel (Libération du 7 octobre 1997). Il sera toutefois recasé comme directeur des moyens audiovisuels de l’Institut pédagogique national, puis comme professeur à Clermont-Ferrand.

En 1965, la famille s’installe dans la nouvelle Algérie indépendante. 1965 est une année charnière pour l’Algérie, avec le renversement de Ben Bella et le putsch du colonel Houari Boumediene. Alain Plenel tient à l’époque des discours enflammés sur la lutte pour l’indépendance de la Martinique. Devenu conseiller pédagogique au Centre pédagogique de l’Office culturel à Alger, il « a joué un certain rôle dans l’Algérie bouillonnante des débuts de la révolution nationaliste […] Ses dirigeants souhaitaient aider les mouvements révolutionnaires de part le monde. Alger, devenue plaque tournante du tiers-mondisme, attira en particulier celui qui allait devenir l’idole d’Edwy Plenel : Che Guevara » (La Face cachée du Monde).

En Algérie, Edwy Plenel a intégré un mouvement de scouts protestants (unionistes) et a été inscrit au lycée français Victor Hugo où en mars 1969, il a animé une grève et a publié un journal militant, Le Tigre de papier (1968-1969). Entre temps, son père, Alain Plenel, a été réintégré, à la faveur de l’après-Mai 68, dans l’administration française par l’intermédiaire de Stéphane Hessel, qui avait créé pour lui un poste d’adjoint au conseiller culturel de l’ambassade de France en Algérie. Edwy Plenel ne rentrera en France qu’en 1970, à jamais marqué par ses périodes martiniquaise et algérienne. Après l’arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République, Alain Plenel bénéficiera d’une reconstitution intégrale de carrière (1982).

À Paris, Edwy Plenel entre à l’Institut d’études politiques (IEP). Il n’en sera jamais diplômé car a déjà commencé pour lui une période d’au moins dix ans pendant laquelle il se consacrera prioritairement au combat politique dans les rangs de la IVe Internationale, ayant rejoint, dès son retour en métropole en 1970, la Ligue communiste (LC), où il adoptera le pseudonyme de Joseph Krasny. « Krasny » signifie « rouge » en russe, ce qui représente pour lui à la fois « une histoire, une couleur, les bolcheviks, le drapeau, 1917, l’éternité » (Secrets de jeunesse, 2001).

 


 

Quand est prononcée la dissolution de la Ligue communiste en 1973, Plenel est responsable de la cellule du Quartier latin. On le retrouve ensuite au Front communiste révolutionnaire puis à la Ligue communiste révolutionnaire, véritables reconstitutions de ligues dissoutes. Ainsi, toujours en 1973, il participe, afin de protester contre l’interdiction d’un meeting de la LCR au Palais des sports, à l’occupation du bureau du président du Conseil de Paris, la gaulliste Nicole de Hauteclocque. À cette époque, Edwy Plenel tenta vainement d’engager une carrière littéraire en envoyant des poèmes à l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, qui lui répondra sèchement « crier n’est pas écrire ».

Ses attaches avec Alger le feront rapidement rejoindre le secteur « international » de la Ligue, en particulier pour le secteur « arabe » et ses premiers articles portent d’ailleurs sur la question coloniale, qu’il s’agisse de l’Algérie ou des Antilles. Il part d’ailleurs à l’été 1974 en Martinique collaborer techniquement au Groupe Révolution socialiste. Un amour qui dure toujours : Edwy Plenel participait encore à une conférence de ce parti indépendantiste martiniquais trotskiste (membre de la IVe Internationale) en octobre 2012.

Devenu le jeune protégé d’Alain Krivine, Jeannette Habel et Daniel Bensaïd, « son mentor » (Libération, 7 octobre 1997), il grimpe rapidement les échelons de l’organisation trotskiste, dont il sera membre du comité central et permanent salarié de 1974 à 1978 (cf. Louis-Marie Enoc et Xavier Cheneseau, Les Taupes rouges, 2002) en tant que responsable du secteur des collèges et de l’enseignement technique. À ce titre, il dirige à partir de 1976 le secteur éducation-jeunesse de l’organe de la LCR, Rouge, où il écrit :

« Pour nous, au contraire, il ne s’agit pas de réformer l’école, de l’améliorer, de la démocratiser, car, tout simplement, c’est un objectif utopique, irréalisable : l’école est par essence, par nature, par origine un appareil de sélection sociale, de diffusion de l’idéologie bourgeoise. Cette école-