12/02/15

FONDATION Assistance Aux Animaux : un refuge lucratif pour ses dirigeants [Le Canard enchaîné]

 

Encore un article du Canard (mercredi 11 février 2015) consacré aux fondations véreuses.
Rappel :
la SPA du boulevard Berthier
la fondation 30 millions d'amis

Quand on pense aux associations qui quémandent 1 € sur Rescue...

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Le Canard enchaîné – mercredi 11 février 2015

La fondation ASSISTANCE AUX ANIMAUX AAA
un refuge lucratif pour ses dirigeants !


La fondation d'aide aux animaux qui se soigne sur la bête


Un magot de 49 millions, un parc immobilier impressionnant… Longtemps cajolée par l'État, la fondation Assistance aux animaux est dans le collimateur du fisc. La pâtée est bonne !


Depuis 11 heures, l'attroupement grossit. Nous sommes le vendredi 7 février, et, comme chaque jour,une foule de mamies flanquées de leurs chats ou de leurs toutous malades se presse à la porte de ce dispensaire parisien pour animaux, aux n° 23 de l'avenue de la République. L'intérieur n'a rien d'une clinique de luxe, même si une ex-Miss Paris assure l'accueil des visiteurs et des « patients ». Les salles d'attente et de soins sont décaties. Le sous-sol est encore moins ragoûtant. À gauche de l'escalier, les toilettes et un débarras. À droite, une porte grande ouverte sur un drôle de bloc opératoire : ni masques, ni bonnets, ni blouses...
Les employés vont et viennent entre les piles de dossiers, tandis qu'un chirurgien opère un gros clébard, les quatre fers en l'air et le ventre ouvert. « Ah ! C'est pas stérile comme pour les hommes ! » s'esclaffe le secrétaire général, Gilbert Mouthon, un personnage haut en couleur. Bienvenue au siège de la fondation Assistance aux animaux. Une maison qui gagne à être connue et qui va l'être : elle intéresse sérieusement la Cour des comptes et les Impôts…

Niches de luxe

Reconnu d'utilité publique depuis vingt-cinq ans, cette œuvre caritative soigne les bêtes dont les maîtres sont sans le sou. Un danger qui ne menace guère la fondation : elle affiche 49 millions de fonds propres et reçoit plus de 15 millions de legs immobiliers et de dons par an. Son carnet d'adresses non plus n'est pas pauvre. Le conseil d'administration siège dans de beaux locaux au cœur du parc du château de Versailles et compte parmi ses membres éminents l'ex-ministre UMP Jean-Jacques Aillagon, qui « adore les animaux ».
Mais cette richissime institution a surtout une particularité : elle gère quatre fois plus d'appartements et de villas que de dispensaires et de refuges pour animaux ! Pas moins de 74 biens immobiliers situés à Paris, dans les Hauts-de-Seine, dans la banlieue sud et sur la Côte d 'Azur...contre 17 établissements pour accueillir les toutous et les matous ! « Nous les investissons dans la pierre, car nous dépendons des dons, et nous n'avons que quatre années de trésorerie d'avance », gémit la présidente, Arlette Alessandri, 76 piges. Elle vient encore de faire l'acquisition de quatre appartements à Saint-Cloud.
Las ! Depuis peu, cet impressionnant patrimoine est passé au scanner par le Direction nationales d'enquêtes fiscales… Le fisc soupçonne les dirigeants d'Assistance aux animaux de profiter de son statut de fondation, qui l'exonère de tout impôt ou taxe (sur les sociétés, revenus fonciers, plus-values immobilières, T.V.A, etc.), pour bâtir une entreprise plus commerciale que caritative. Bref, de se goinfrer sur la bête, ce qui pourrait leur coûter « 10 millions de redressement sur trois ans », confie une bonne âme du ministère.


Droit de vétos

Les enquêteurs ont déjà répertorié pas moins de 16 comptes bancaires au nom de la fondation, dont deux comptes titres, et de plus de 15 millions de valeurs mobilières qui font des petits, à côté des rentrées de loyers (un demi-million par an). Ce remarquable sens des économies s'allie à celui de la famille. Jusqu'en décembre, le président s'appelait Jean-Noël Alessandri, le fiston d'Arlette, qui lui avait succédé avant qu'elle lui (re)succède.Il était défrayé 5 800 euros par mois. Il loge à La Celle-Saint-Cloud dans une villa appartenant à la fondation. « Il loue, et plus cher que le prix du marché », jure la maman. Une mère intraitable qui s'apprête à propulser son fifils au poste de directeur, cette fois, à la place d'une dénommée Luisa Ferrara, rémunérée … 6 600 euros mensuels.
« Oui, ce salaire est scandaleux ! » balance, impavide, le secrétaire général, Gilbert Mouthon. Lequel, en poste depuis des lustres, feint encore la stupéfaction sur un autre sujet délicat. Comment ? La gratuité des soins dans ses dispensaires n'est pas respectée ? Les mamies qui défilent l'attestent d'une seule voix : « On nous demande entre 12 et 18 euros. Mais ça reste trois fois moins que chez le vétérinaire, c'est pour ça qu'on vient. » Au mur, une affichette mentionne une demande de « participation aux frais ». Le fisc y voit un business déguisé et une concurrence déloyale aux vétos, dont les syndicats hurlent depuis des années. Mouthon, lui, poursuit son numéro : « Mais où est passée l'affiche mentionnant la gratuité ? » Pas de chance, elle a disparu juste le jour de la venue du « Canard ». « Elle était pourtant là, on va la remettre dare-dare ! »

Muselière fiscales

À la fondation, l'oseille paie aussi les billets d'avion d'Arlette Alessandri lorsqu'elle se rend dans ses résidences secondaires en Corse. « Seulement un voyage toutes les trois semaines », minimise Mouthon. « Non, c'est tous les trois mois, et pour me rendre au refuge de Bastelicaccia ! » rectifie la présidente… Dans cet univers pittoresque où bossent 110 salariés, dirigeants et personnel s'entendent comme chien et chat : des fiches sur la vie privée des uns circulent, des données piquées dans des ordinateurs des autres filtrent, les boules puantes et les plaintes se croisent. Gilbert Mouthon n'hésite pas à se vanter encore : « Cet été, nous avons été mis au courant du contrôle fiscal. J'ai appelé l'un de nos administrateurs, Bernard Gaudillère, pour qu'il intervienne auprès de l'agent. Ça a dérouillé ! »
Le Gaudillère en question, élu PS de Paris et ex-premier adjoint aux finances de Delanoë, se trouve être, à Bercy, le grand chef du contrôle général des fondations. À ce titre, il siège dans celle de la famille Allessandri. Joint par le « Canard », il admet : « J'ai appelé l'agent, mais pas pour lui dire de ne pas faire de contrôle fiscal. Je voulais juste vérifier si cet agent avait des relations étroites avec un employé de la fondation. » Représentant de l'État, son boulot consisterait plutôt à surveiller la fondation. Pour l'instant, rien n'a attiré son attention…
Son pote Mouthon a gardé le « plus grave » pour la fin : « Nous sommes la cible d'un règlement de comptes de salariés et d'anciens employés qui veulent mettre la main sur l'argent de la fondation pour financer le djihadisme. »
La défense est déjà au poil !

Le Canard enchaîné – mercredi 11 février 2015
Jean-François Julliard et Christophe Nobili


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Dernière modification par NdNc ; Hier à 16h51.
SOURCE: rescue...
Posté par : Jocegaly à - - Commentaires [0] - Permalien [#]